Axelle Saint-Cirel : « Maintenant, en récital, je m'autorise l'afro »
Alexis Campion

Axelle Saint-Cirel avait interprété La Marseillaise drapée en Marianne lors de la cérémonie d'ouverture des JO.
LTD/ Sophie Kilian
Alexis Campion

Axelle Saint-Cirel avait interprété La Marseillaise drapée en Marianne lors de la cérémonie d'ouverture des JO.
LTD/ Sophie Kilian
S'ouvre, ce dimanche, la 4e édition du festival Les Étoiles du classique, à Saint-Germain-en-Laye. Point fort de ce rendez-vous musical dont les maîtres mots sont -l'inclusion, la médiation et la solidarité : la participation dûment rétribuée de 200 jeunes talents, dont 70 solistes, tous fraîchement diplômés de grandes écoles d'Île-de-France (Conservatoire national supérieur, école Cortot, Centre des musiques Didier Lockwood, -Maîtrise de la Légion d'honneur).
En tête d'affiche du concert symphonique d'ouverture, ce soir au gré d'œuvres de Saint-Saëns, Poulenc ou Massenet, on retrouve Axelle Saint-Cirel, la mezzo-soprano propulsée dans la lumière au soir de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, sur le toit du Grand Palais, telle Athéna défiant la pluie...
Alors inconnue du grand public, la chanteuse y interprétait La Marseillaise drapée en Marianne et fière de sa coiffure afro assumée, digne descendante des pionnières -Jessye Norman, Christiane Eda-Pierre, Grace Bumbry et, plus près de nous, Pretty Yende. Un moment de grâce suspendu dont l'intéressée peine encore à mesurer toutes les conséquences, elle qui, au quotidien, préfère bien visser son chignon banane.
« Pour ma grand-mère antillaise, quand j'affiche mon afro, j'ai juste les cheveux en pagaille. Tirer ses cheveux à quatre épingles, lisser son apparence, j'ai ça en moi. Mais grâce à Daphné Bürki, qui a supervisé les costumes de la cérémonie, ça change. Maintenant, en récital, je m'autorise l'afro comme une marque de fabrique, je savoure. »
Elle rembobine : « Ce jour-là, le temps s'est arrêté jusqu'en Chine et à Times Square, m'a-t‑on dit. Moi, juste avant, je stressais. Dans un climat social alors très compliqué en France à cause des élections, je me disais qu'il y avait une chance sur deux pour que ça se passe mal, sans compter que là-haut, sur le Grand Palais, j'avais deux hélicoptères au-dessus de la tête ! »
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In fine, de l'avis de tous, ce fut un sans-faute. Depuis, la chanteuse enchaîne les projets les plus variés, passe sans transition de la tournée des Enfoirés à l'émission Prodiges où on lui demande de remplacer Julie Fuchs au pied levé, mais s'attelle avant tout à garder le cap de son ambition lyrique. Elle se prend même à rêver d'interpréter, un jour, un premier rôle à l'opéra : « Carmen, qui m'a fascinée dès l'enfance, c'est sûr, ou alors Dalila, et pourquoi pas Médée. Bref, une femme puissante. »
Mais la route est longue et la jeune artiste, aujourd'hui de retour de Genève où elle a chanté avec l'Orchestre des nations en marge de la Journée internationale de l'environnement, « parce que ça avait du sens », s'y prépare avec humilité tout en affirmant, aussi, sa polyvalence, son identité bigarrée. Née en région parisienne, elle a grandi au gré des affectations professionnelles de ses parents - père ingénieur automobile, mère linguiste - d'abord à Kuala Lumpur, en Malaisie, puis à Montbéliard, en Franche-Comté, où elle a validé son DEM (diplôme d'études musicales), sésame requis pour intégrer les conservatoires supérieurs. Elle y a aussi passé son bac option chinois, langue qu'elle a apprise quand elle était scolarisée à Kuala Lumpur et qu'elle compte bien continuer à explorer.
« La musique a toujours fait partie de ma vie comme une fenêtre sur le monde, dit-elle. Zouk, jazz, classique, chanson, mes parents nous ont ouvertes à tous les styles, moi et mes sœurs, y compris les musiques chinoises et indiennes puisqu'on vivait en Asie. Aujourd'hui, dans ma playlist de Parisienne qui n'a ni plante ni chat dans son logis car je voyage trop, il y a aussi Linkin Park, Kalash et Cardi B. Cette curiosité vient de ma culture antillaise. »
Soucieuse de toujours glisser des standards du jazz dans ses récitals, elle ne craint pas non plus de reprendre des tubes de Sylvie Vartan ou de Jean-Jacques Goldman. « Avec la cérémonie des JO, je suis passée par plein de questionnements sur qui j'étais réellement à la veille de mes 30 ans. J'en suis venue à la conclusion que je suis une chanteuse lyrique multidisciplinaire, noire, et que tout ce qui m'arrive est positif et inédit même si l'exigence est dingue. J'ai une vie de nonne. »
Elle se prépare aujourd'hui à passer l'été en Autriche à Salzbourg, où elle a été choisie pour participer à la prestigieuse académie des jeunes chanteurs (Young Singers Project), pour laquelle elle devra jouer un premier rôle en allemand dans Musketiere !, opéra contemporain de Sebastian Schwab. À l'automne, elle sera aussi à l'affiche du Wexford Opera Festival, en Irlande (consacré aux opéras oubliés ; elle y interprétera, en anglais, du Frederick Delius), et du Festival international de musique Saint-Georges, en Guadeloupe, devenu l'un des plus grands raouts du classique aux Caraïbes.

Puis elle jouera dans une Flûte enchantée attendue pour 2026 à Bordeaux et à Pékin, où elle incarnera l'une des trois dames. « Être une chanteuse lyrique ouverte à tous les styles, poursuit-elle, c'est aussi affirmer que le classique n'est pas un privilège réservé aux têtes blanches et à ceux qui touchent 10.000 euros dans le mois, c'est un art pour tous et plein de vertus, bon pour les nourrissons, bon pour la concentration. »
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Cependant, elle le dit : « Avec les coupes budgétaires actuelles, on ne peut pas dire que le milieu se porte si bien... C'est une folie de suivre cette voie sachant que j'ai plein de copains qui n'ont même pas fini de rembourser leur instrument. » Positive envers et contre tout, elle se réjouit que le sien soit gratuit. « Sauf que si je le pète, je suis mal ! »
Alexis Campion