Le nouveau martyre de Gaza
Antoine Malo

Les tanks Israéliens, samedi 17 mai, s'apprêtent à faire leur entrée sur une bande de Gaza détruite à plus de 70% après les nouvelles directives militaires de Netanyahou.
LTD/Jack GUEZ/AFP
Antoine Malo

Les tanks Israéliens, samedi 17 mai, s'apprêtent à faire leur entrée sur une bande de Gaza détruite à plus de 70% après les nouvelles directives militaires de Netanyahou.
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Benyamin Netanyahou sait parfois faire preuve de tact. Surtout quand il s'agit de ménager son allié américain. Le Premier ministre israélien avait ainsi prévenu : il ne déciderait d'un élargissement de l'offensive à Gaza que lorsque la tournée de Donald Trump au Moyen-Orient se terminerait.
Officiellement, il a respecté sa promesse. Hier matin, quelques heures après le décollage d'Air Force One d'Abou Dhabi, Tsahal lançait l'opération Chariots de Gédéon, reposant sur « des frappes d'envergure » et un « transfert des forces pour prendre le contrôle de zones » du territoire palestinien. Autrement dit, détruire ce qui reste encore debout dans l'enclave (70 % du bâti est déjà en ruine ou endommagé) et y reprendre pied.
En réalité, cela fait plusieurs jours que le territoire palestinien a renoué avec les carnages des premiers temps de la guerre, entamée il y a dix-neuf mois. Dès mercredi, l'aviation israélienne a préparé le terrain en pilonnant plusieurs secteurs, notamment Beit Lahia dans le Nord et Khan Younès dans le Sud. Au total, entre mercredi et vendredi, ces raids dévastateurs ont tué 280 Palestiniens, dont 45 enfants.
Les frappes se sont poursuivies dans la nuit de vendredi à samedi et hier matin, le ministère de la Santé du Hamas faisait état de 10 nouvelles victimes. Elles s'ajoutent aux 53 272 recensées depuis le 8 octobre 2023. Après cette phase de bombardements, les chars israéliens ont pénétré au moins en trois points du territoire : dans le Nord, le Nord-Est et le Sud-Est.
Les objectifs affichés de cette nouvelle phase des combats ne sont pas vraiment nouveaux. « La libération des otages et la défaite du Hamas », a expliqué l'état-major de l'armée israélienne. Les familles des Israéliens encore retenus à Gaza ont pourtant exprimé leur opposition à cette nouvelle offensive qui met en péril la vie de leurs proches. Quant à la défaite du Hamas, elle semble illusoire puisqu'un an et demi de combats n'a pas été suffisant pour l'obtenir.
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Mais l'exécutif israélien est convaincu que seule la voie militaire permettra de vaincre le mouvement islamiste. La nouvelle stratégie, dévoilée au début du mois par le cabinet de sécurité, consiste donc à occuper durablement l'enclave palestinienne et à déplacer les populations vers le sud « pour leur sécurité » (sic). Ce plan contient aussi le projet d'organiser le « départ volontaire » des habitants de Gaza, autrement dit de vider partiellement l'enclave de sa population.
Sur la scène internationale, ce jusqu'au-boutisme du gouvernement Netanyahou, le plus radical de l'histoire de l'État hébreu, ne passe plus. Hier, plusieurs leaders internationaux ont exprimé leur indignation. Il faut « intensifier notre pression sur Israël pour arrêter le massacre à Gaza », a ainsi plaidé le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez. « Nous devons dire au gouvernement israélien : ça suffit », a embrayé le ministre des Affaires étrangères italien, Antonio Tajani. Quant au haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, il a accusé l'État hébreu de vouloir un « changement démographique permanent à Gaza », ce qui « équivaut à un nettoyage ethnique », a-t‑il ajouté.
Ces condamnations ne semblent pas émouvoir le gouvernement Netanyahou, pour qui seul compte la réaction de Washington. Même si Trump a infligé plusieurs camouflets au leader du Likoud ces derniers jours, il ne semble pas encore prêt à le lâcher. Vendredi, la chaîne NBC a même affirmé que son administration travaillait à un plan visant à relocaliser de manière permanente jusqu'à 1 million de Palestiniens de la bande de Gaza vers la Libye. Le projet, nié par le département d'État, serait assez surréaliste quand on sait que Tripoli, la capitale libyenne, a été ces derniers jours le théâtre de violents combats entre milices armées.
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La Maison-Blanche approuve aussi le plan humanitaire concocté par Tel-Aviv. Alors que l'aide n'entre plus dans l'enclave depuis le 2 mars, qu'un désastre humanitaire est déjà en cours et que les ONG alertent sur un risque imminent de famine, le gouvernement israélien prévoit de passer par une organisation suisse aux origines troubles, la Gaza Humanitarian Foundation, dirigée par un ancien soldat américain. La distribution d'aide se ferait ainsi sous la supervision d'entreprises de sécurité privées dans des zones contrôlées par Tsahal. L'ONU a annoncé ne pas vouloir s'y associer.
Antoine Malo