Un rapport du Sénat, un livre et une émission de télévision. En moins de trois mois, la polémique sur les « aides aux entreprises », un terme aux contours et aux contenus très variables en fonction des auteurs et des données utilisées, enfle en France. Le projet d'économies budgétaires (44 milliards d'euros) présenté par l'ex-Premier ministre François Bayrou le 15 juillet et la dégradation de la note financière de la France par l'agence Fitch le 12 septembre contribuent à l'amplifier encore davantage.
« La recherche de boucs émissaires est un réflexe millénaire en cas de crise », note, désabusé, Philippe Corrot, le fondateur et dirigeant de la licorne française Mirakl, opposé comme tous les entrepreneurs et la majorité des chefs d'entreprise à la taxe Zucman - dont l'essor dans le débat public reflète exactement celui de la controverse sur les aides de l'État aux entreprises.
Selon le rapport des sénateurs Fabien Gay (PCF) et Olivier Rietmann (LR), publié en juillet, ces aides auraient atteint 211 milliards d'euros en 2023, un montant repris par l'émission Complément d'enquête (« Multinationales, les [vraies] assistées de la République ? »), diffusée le 18 septembre sur France 2. Pour Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre, qui ont publié ce mois-ci l'essai Le Grand Détournement (Allary Éditions), un livre sur le même sujet, ce montant s'élèverait même à 270 milliards d'euros en 2023, voire 300 milliards, en incluant certaines niches fiscales. Un véritable « hold-up », estiment les deux auteurs. Pour sa part, dans une note publiée en juillet, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan estime le total des aides aux entreprises en France à près de 112 milliards d'euros.