La chronique de Douglas Kennedy. Du triomphe de Trump au danger de l’AfD
Par Douglas Kennedy
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LTD/Fabien Clairefond
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Voici un souvenir quelque peu douloureux : en 2017, j'ai pris le train depuis Berlin pour aller assister à une représentation du Crépuscule des dieux en matinée à l'Opéra de Dresde. Et, bien que je ne sois pas un de ces wagnériens fanatiques qui se prosternent devant l'autel de sa métaphysique musicale teutonique, je dois dire que je n'ai pas vu passer les cinq heures et demie de cet épique dernier volet du cycle du Ring.
Mais, avant le spectacle, en traversant la splendeur baroque reconstruite de la Theaterplatz de Dresde, je suis tombé sur une manifestation réunissant plusieurs centaines de personnes autour d'un type sur une estrade qui rugissait dans un micro : « Wir wollen Deutschland für die Deutschen! » Traduction : « Nous voulons l'Allemagne pour les Allemands ! »
Ce qui rendait cet incident encore plus glaçant pour moi, c'est qu'il touchait à quelque chose d'intime dans mon ADN familial : ma mère est juive, ce qui fait de moi un Juif, et je suis très fier de mon héritage maternel. Qui plus est, j'ai grandi avec deux grands-tantes allemandes, Amelia et Minnie, et mon grand-oncle Josef qui avaient fui Munich pour trouver refuge à New York en 1938, après la « nuit de cristal » (quand les nazis brûlèrent toutes les synagogues et les commerces juifs).
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Régulièrement, lorsque j'étais enfant, mes parents m'amenaient les voir dans leur appartement de Brooklyn. Leur langue était l'allemand. Les meubles et la déco fleuraient bon le XIXe siècle bavarois. Amelia s'est éteinte en 1961, à plus de 90 ans. Comme je regrette de ne pas avoir été plus âgé quand Josef et Minnie ont quitté ce monde à leur tour, quelques années plus tard ! J'aurais pu leur poser des questions, et notamment : que sont devenus les membres de la famille qui étaient restés à Munich en 1938, d'autant que c'est dans la proche banlieue de cette ville, à Dachau, que fut construit le premier camp de concentration nazi ?
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