Le budget alloué aux associations venant en aide aux femmes victimes de violences sexistes et sexuelles est loin d'être proportionnel à l'explosion des plaintes de ces dernières, condamne Anne-Cécile Mailfert, à la tête de la Fondation des femmes.
Anne-Cécile Mailfert est depuis neuf ans à la tête de la Fondation des femmes, qui regroupe 650 associations de lutte contre les violences faites aux femmes. Réputée pour être une efficace argentière, elle s'occupe de collecter des fonds et de les faire ruisseler.
Dans La Tribune Dimanche, elle lance un appel au gouvernement de François Bayrou et demande que soit sanctuarisé le budget alloué à la lutte contre les violences faites aux femmes.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous lancez un appel au gouvernement. Pourquoi ? ANNE-CÉCILE MAILFERT —Depuis MeToo, il y a trois fois plus de plaintes de femmes, et c'est très bien comme ça, les femmes parlent. Mais elles formulent ensuite des demandes, ont besoin de conseils, d'un suivi psychologique, d'un hébergement d'urgence, de choses très concrètes. Les besoins ont explosé.
L'augmentation du budget a été bien moindre que l'augmentation du nombre de femmes qui font appel aux associations. Cet écart représente 25 % de budget en moins par femme victime de violence. Entre 2017 et 2023, les petites augmentations n'avaient pas compensé l'explosion des demandes.
Depuis la fin 2024, la situation est très inquiétante, avec des subventions qui baissent de 10 à 20 % et parfois même jusqu'à 100 %. Le département de la Drôme a décidé d'arrêter de financer les centres de santé sexuels et reproductifs. Les sept permanences, qui accueillent les femmes dans les territoires ruraux, à deux ou trois heures des grandes villes, ont fermé. Cela augmente l'isolement de ces femmes.
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C'est dans ces territoires ruraux qu'il y a le plus de féminicides car il n'y a pas assez de structures. Il faut que les violences faites aux femmes restent une priorité sinon des femmes vont mourir, c'est mathématique. Toutes les personnes qui ont voté pour la fin des subventions seront responsables de ça. Non aux coupes budgétaires qui mettent les femmes en danger !
Le contexte budgétaire n'est-il pas très tendu dans tous les domaines ? Si, et c'est justement dans ces périodes que les priorités s'affirment de manière plus claire. Il y a toujours des décisions politiques derrière la réalité économique. Il y a des endroits qu'on ferme et d'autres auxquels on ne touche pas. Les droits des femmes font partie des aides rapidement coupées, alors qu'il s'agit en réalité de tout petits budgets. C'est une sorte de mesquinerie, ce n'est pas ça qui coule le budget.
Demain, ce sont des femmes qui ne trouveront plus personne. Quand elles chercheront de l'aide, le bureau sera vide
Celui du ministère du droit des femmes est le plus petit budget de l'État, soit 0,04 %, c'est ridicule. Il a cependant énormément augmenté en arrivant à la somme de 70 millions d'euros par an. À titre de comparaison, construire un lycée coûte aussi 70 millions d'euros. Il devrait être au minimum sept fois plus élevé, à 2,6 milliards, ce qui représenterait 35 euros par Français par an. C'est ce que nous demandons.
Le budget global de l'État, c'est 455 milliards d'euros. Nous sommes en lien avec 650 associations partout en France, qui sauvent des vies et qui sont aujourd'hui en grande difficulté. Ce sont souvent des petites associations avec trois ou quatre salariés où chaque euro compte. Quand une Ville ou une Région décide de couper 10. 000 euros de subvention, ça peut paraître anecdotique. Mais pour les associations, ça change tout.
Demain, ce sont des femmes qui ne trouveront plus personne. Quand elles chercheront de l'aide, le bureau sera vide. On ne peut pas laisser les associations mourir en silence.
Concrètement, que demandez-vous ? On constate une sorte de mépris, une vision très machiste, masculine, qui consiste à se dire qu'à la fin le budget consacré aux violences faites aux femmes n'est pas si important que ça. Nous demandons de sanctuariser le financement alloué aux associations d'aide aux femmes et aux enfants. Il faut nouer un pacte entre les conseils généraux, départementaux et l'État.
La virilité des hommes coûte un pognon de dingue
S'il y a un budget auquel on ne doit pas toucher parce qu'il n'y a pas de gras, c'est bien celui de la lutte contre les violences faites aux femmes. Les associations ont un rôle de service public. Sans elles, l'État ne peut pas mener une politique publique, c'est impossible. On promet des subventions aux associations mais on ne les a pas débloquées. L'État doit tenir ses promesses.
Sanctuariser le budget peut être économiquement très avantageux, on évite ensuite les frais d'hôpitaux, les frais d'aide juridique, etc. La virilité des hommes, comme l'avait démontré Lucile Peytavin [dans son livre Le Coût de la virilité], coûte un pognon de dingue.