Avec une soixantaine de maires, Mathieu Hanotin et Benoît Payan réclament un ANRU 3 qui intégrerait un volet spécifique en faveur de la lutte contre l’habitat indigne incluant notamment les copropriétés dégradées.
Nous, élus de collectivités locales engagés pour le droit à un logement digne, rappelons que la crise du logement abordable s'intensifie dans notre pays. Le dernier rapport de la Fondation pour le logement des défavorisés résonne comme un nouvel électrochoc : plus de 15 millions de personnes sont victimes du mal-logement. Dans son expression la plus dramatique, celle de l'habitat insalubre et dangereux, ce sont plus d'un million de personnes concernées avec 520.000 logements du parc privé potentiellement indigne.
À l'heure où il n'a jamais été aussi cher et difficile de se loger, cette crise touche à la vie quotidienne, mais surtout à la dignité de nos concitoyennes et concitoyens. Elle est marquée par une dégradation des logements privés dans les grandes copropriétés mais aussi dans les centres anciens, menaçant parfois effondrement. Dans les villes et quartiers populaires, c'est bien dans le parc privé que les personnes les plus précaires et les plus vulnérables vivent, en proie aux marchands de sommeil, face à une offre très insuffisante de logements publics abordables dans les territoires favorisés.
Aujourd'hui, les maires, avec leurs partenaires, accompagnent, sécurisent, relogent, rebâtissent ou réhabilitent, et exploitent tous les outils en leur possession pour résoudre ces situations. Quand nous le pouvons, nous mobilisons avec nos intercommunalités une ingénierie à la hauteur des enjeux de sécurité et de santé dans le logement.
Si nous saluons les avancées importantes sur les outils portés - à la suite du rapport Hanotin Lutz auquel nous avons collectivement contribué - par la loi Habitat dégradé du 9 avril 2024, nous mesurons au quotidien que les moyens limités proposés par l'État, la lenteur des procédures contre les marchands de sommeil et les difficultés d'intervention restent autant de freins à lever.
« Ce fléau frappe dans tout le pays »
Membres d'associations d'élus et du réseau des villes engagées dans la lutte contre l'habitat indigne fondé par Marseille et Saint-Denis en 2022 et réuni à Bordeaux récemment, nous sommes pleinement convaincus, aux côtés de parlementaires et acteurs de solidarité, de l'urgence à accélérer cette mobilisation nationale pour lutter contre l'habitat indigne où qu'il soit.
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Car il faut le redire avec force : ce fléau frappe dans tout le pays, des métropoles aux villes moyennes, des bourgs aux territoires ultra-marins. Nous constatons partout une accélération de la ségrégation socio-spatiale mettant à mal notre pacte républicain. Après le drame de la rue d'Aubagne à Marseille mais aussi dans d'autres villes, nous alertons sur le risque majeur de dégradation voire d'effondrement dans les centres anciens dégradés dans les prochaines années.
Ce fléau frappe dans tout le pays, des métropoles aux villes moyennes, des bourgs aux territoires ultra-marins.
La puissance publique doit se saisir encore plus fortement de l'habitat indigne. Dans un contexte d'instabilité politique, nous devons, dans la poursuite d'une approche transpartisane, inscrire à l'agenda politique le logement et la lutte contre l'habitat indigne pour qu'ils soient une priorité de nos politiques publiques.
Pour cela, des moyens financiers pour préparer l'avenir doivent être décidés maintenant. Nous devons obtenir un plan national pour répondre à l'enjeu majeur de refaire la ville sur la ville en réhabilitant ou en recyclant rapidement le parc privé très dégradé au service de nos projets urbains résilients et de nos habitants. C'est un enjeu social, c'est un enjeu écologique. Cela passe bien sûr par la poursuite des crédits de l'ANAH mais aussi en saisissant l'opportunité d'un troisième programme de rénovation urbaine porté par l'ANRU que nous appelons de nos vœux, dans la continuité de l'appel du 13 mars d'Epinay-sous-Sénart.
Outre des moyens essentiels à la rénovation urbaine dans un ANRU 3, ce nouveau programme national devra intégrer plus massivement un volet spécifique en faveur de la lutte contre l'habitat indigne incluant notamment les copropriétés dégradées. Ce volet devra être puissamment doté d'1,5 milliard d'euros, issus de financements nationaux, et se construire dans les prochains mois en lien étroit avec les collectivités.
N'attendons pas de nouveaux drames de l'habitat indigne. Les attentes des Françaises et des Français doivent être entendues. Notre volonté est là.
Michèle Lutz (LR), maire de Mulhouse, co-rapporteure avec Mathieu Hanotin du rapport sur les outils pour accélérer la lutte contre l'habitat indigne (octobre 2023)
Johanna Rolland (PS), maire de Nantes, présidente de Nantes Métropole
Nathalie Appéré (PS), maire de Rennes, présidente de Rennes Métropole
François de Mazières (DVD), maire de Versailles, président de Versailles Grand Parc
Jean-Luc Moudenc (DVD), maire de Toulouse, président de Toulouse Métropole
Eric Piolle (LE), maire de Grenoble
Nicolas Meyer-Rossignol (PS), maire de Rouen, président de la Métropole Rouen Normandie
Patrick Haddad (PS), maire de Sarcelles Luc Carvounas (PS), maire de Alfortville
Marc Gricourt (PS), maire de Blois,
Mathieu Klein (PS), maire de Nancy, président de Métropole du Grand Nancy
Thierry Repentin (DVG), maire de Chambéry, président du Grand Chambéry
Michel Bisson (PS), maire de Lieusaint, président CA Grand Paris Sud
Olivier Bianchi (PS), maire de Clermont Ferrand, président de Clermont Auvergne Métropole
Bertrand Kern (PS), maire de Pantin
Cédric Van Styvendael (PS), maire de Villeurbanne
Yann Galut (DVG), maire de Bourges
Benoit Arrivé (PS), maire de Cherbourg
Michaël Delafosse (PS), maire de Montpellier, président de Montpellier Méditerranée Métropole
Mohamed Gnabaly (LE), maire de L'Ile-Saint-Denis
Michel Fourcade (PS), maire délégué de Pierrefitte-sur-Seine,
Gilles Poux (PCF), maire de La Courneuve
Dieunor Excellent (PS), maire de Villetaneuse
Azzedine Taïbi (DVG), maire de Stains
Pierre Hurmic (LE), maire de Bordeaux
Irène Félix, présidente de Bourges Plus
Joaquim Pueyo (PS), maire de Alençon, président de la CU d'Alençon
Jean-Paul Jeandon (PS), maire de Cergy, président de la CA de Cergy Pontoise
Damien Castelain (SE), maire de Péronne-en-Mélantois, président de la Métropole Européenne de Lille
Christophe Ferrari (PP), maire de Pont-de-Claix, président de Grenoble Alpes Métropole
Fabian Jordan (SE), maire de Berrwiller, président de Mulhouse Alsace Agglomération
Katy Bontinck, adjointe au maire de Saint Denis, vice-présidente de Plaine Commune
Grégory Doucet (LE), maire de Lyon
Didier Laguerre (DVG), maire de Fort-de-France
François Astorg (DVG), maire de Annecy
Cécile Helle (PS), maire d'Avignon
Anne Vignot (LE), maire de Besançon, présidente de Grand Besançon Métropole
Lionel Benharous (PS), maire des Lilas
Djamel Nedjar (DVG), maire de Limay
Stéphanie Von Euw (LR), maire de Pontoise
Christine Bost (PS), maire de Eysines, président de Bordeaux Métropole
Emile Roger Lombertie (DVD), maire de Limoges
François Cuillandre (PS), maire de Brest, président de Brest Métropole
Gaël Perdriau (DVD), maire de Saint Etienne
Georges Mothron (LR), maire d'Argenteuil
Renaud Payre, vice-président de la Métropole de Lyon
Abdelaziz Hamida (SE), maire de Goussainville
Nathalie Maquoi, conseillère de Paris
François Morton (DVG), maire de Guyancourt
Virginie Varlet, vice-présidente de la CU de Dunkerque
Fabrice Loher, président de Lorient Agglomération
Jeanne Barseghian (LE), maire de Strasbourg, présidente déléguée de l'Eurométropole de Strasbourg
Danielle Dambach (LE), maire de Schiltigheim, présidente déléguée de l'Eurométropole de Strasbourg
Suzanne Brolly, adjointe à la maire de Strasbourg, vice-présidente de l'Eurométropole de Strasbourg
Par Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis et Benoît Payan, maire de Marseille et 60 autres élus