À l’approche d’un vote crucial pour sa direction, le PS apparaît plus divisé que jamais. Jean-Christophe Cambadélis dénonce l’atonie et l’absence de cap d’un parti devenu, selon lui, « un astre mort » dans le paysage politique.
Talleyrand caractérisera de demi-victoire la bataille d'Eylau où Napoléon resta seul maître du terrain avec des pertes colossales. Le résultat du vote d'orientation du PS - 42 % pour O. Faure, 41 % pour N. Mayer-Rossignol - n'est même pas une demi-victoire. Ce n'est surtout pas le KO que le premier secrétaire du PS attendait pour être le candidat incontesté de son parti dans la primaire de «Glucksmann à Ruffin» qu'il appelle de ses vœux. Cette primaire, refusée par les locomotives de la gauche dans les sondages - Glucksmann, Hollande, Mélenchon - dont le programme serait celui du NFP, et donc le legs idéologique du mélenchonisme à cette gauche non mélenchoniste.
Cette gauche unitaire pour deux, qui se dispute déjà pour les municipales où les candidatures se multiplient contre les socialistes sortants. Et pourtant, le PS fait semblant de rien voir et de croire que cette primaire aura lieu, alors que Glucksmann ne veut pas de Mélenchon et Ruffin le souhaite. Comment voulez-vous que la gauche s'y retrouve ? On imagine mal, dans ces conditions, qu'elle puisse avoir lieu, et si c'était le cas, que les sociaux-démocrates en soient. Comment, dans ces conditions, les socialistes espèrent-ils l'emporter ? Il ne resterait au PS qu'une présidentielle par procuration.
Les problèmes assaillent le monde, la France et les Français, et les socialistes ne se sont pas tournés vers eux, occupés qu'ils étaient par la présidentielle. Cette absence de débat débouche sur une situation où O. Faure fait son plus mauvais score depuis 7 ans. Il perd la majorité relative au CN (le parlement du PS) et maintenant près de 60 % du Parti socialiste refuse de le suivre. S'il était réélu, il se retrouverait dans la situation peu enviable du président Macron après la dissolution ratée, sans majorité dans les instances du PS.
Réélection d'ailleurs non assurée, vu la poignée de voix qui le sépare de Nicolas Mayer-Rossignol, qui met en ballottage la direction du PS. Et dans un vote où seulement 24 000 socialistes se sont déplacés pour départager les trois orientations. Le plus faible taux de participation depuis la 2ᵉ guerre mondiale, voire depuis 1920. Le PS est à l'OS. Il est en voie de SFIOisation, où les socialistes étaient réduits à des élus entourés d'apprentis élus. Et, comme à l'époque de Guy Mollet, le gauchisme des mots est au service de la notabilisation des places. Bref, tout ce que François Mitterrand avait réussi à briser après le congrès d'Épinay, ouvrant la voie au renouveau du socialisme français.
Un PS aphone
Le paradoxe du PS est là. Il est devenu un nain en termes militants, et reste un colosse en termes d'élus locaux. Il a perdu sa centralité électorale à gauche dans les élections nationales, à l'exception notable des européennes, où, se présentant seul, il est arrivé en tête de la gauche. Le reste du temps, il est tout à la fois sans force propulsive, ne matrice aucun débat et incontournable à gauche.
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C'est un astre mort dont les Français perçoivent encore la lumière de son passé. On peine à connaître ses réponses sur les déficits, le pouvoir d'achat, la sécurité, l'immigration ou les retraites, ni même quel est son projet de société. Sur chaque sujet, la réponse est invariablement « unité ». À force de déléguer à d'autres son identité, le PS est devenu passe-muraille. On est effaré de lire, dans un récent sondage sur les 18-24 ans, qu'O. Faure recueille 2 %.
Le PS est divisé entre deux orientations : « identitaires » et « unitaires ».
Si le PS est aphone, il est atone en interne. 24 000 votants, c'est moins que ce que faisaient les Bouches du Nord (les fédérations du Nord et des Bouches-du-Rhône) dans le vieux Parti socialiste. On aurait pu imaginer une campagne d'adhésions pour le congrès à l'instar des «Républicains» ; là, on se contenta de 38 000 adhérents, c'est-à-dire en recul par rapport aux basses eaux du précédent congrès à Marseille. Depuis, le PS est divisé entre deux orientations : « identitaires » et « unitaires », entre les réformistes et la gauche de rupture crypto-populiste.
La gauche de rupture perd à chaque congrès des positions, car J.-L. Mélenchon, « cornerisé », ne peut plus l'alimenter. Le courant réformiste avance lentement sur ce délitement tout en perdant des adhérents qui n'en peuvent plus. Sans changement de direction, c'est le lent effacement, comme ce fut le cas pour le Parti radical ou le Parti communiste français. L'élection du 1er secrétaire, qui va intervenir le 5 juin, dépendra du sursaut de participation. On comprend que O. Faure préfère en rester là, refusant tout débat public proposé par Nicolas Mayer-Rossignol.
Sans débat ni changement, dans le silence - et pire, l'indifférence - la controverse qui traverse le PS se dénouera vraisemblablement après la présidentielle dans une incontournable refondation. À moins, bien sûr, que des événements - censure, dissolution, municipales ou primaire - viennent percuter ce parti en lent déclin, qui a bien du mal à être au rendez-vous des Français et de l'Histoire, au moment où le monde bascule dans l'illibéralisme et les guerres, la France dans la crise budgétaire, et la droite française s'extrémise, entraînant la France dans les bras de l'extrême droite et sa préférence nationale. Les Français risquent de se lasser d'attendre et, à nouveau, se tourner vers des votes utiles, quoi qu'on en dise, quoi qu'il en coûte.
Par Jean-Christophe Cambadélis, ancien premier secrétaire du PS