OPINION. « Le socialisme doit relever le défi d’une nouvelle utopie », par Hélène Geoffroy, Nicolas Mayer-Rossignol et Carole Delga (PS)
Par Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin, présidente du Conseil National du PS, Nicolas Mayer-Rossignol, maire PS de Rouen, premier signataire du texte d’orientation Changer pour gagner, Carole Delga, présidente PS de la Région Occitanie
Pour Hélène Geoffroy, Carole Delga et Nicolas Mayer-Rossignol (de gauche à droite), les citoyens du monde sont traversés par une crise identitaire majeure.
LTD / Quentin Top / Hans Lucas via Reuters - DR - Stephane Le Tellec / ABACA
Est-il trop tard pour construire une utopie qui transformera notre société ? Les socialistes Hélène Geoffroy, Nicolas Mayer-Rossignol et Carole Delga s’interroge sur l’identité et les valeurs de la France, entre métissage, universalisme et laïcité.
Notre France est métissée, elle l'a en réalité toujours été. Il ne s'agit pas d'un concept marketing mais de faits. Il faut que nous, Françaises et Français, nous regardions tels que nous sommes et que de ce que nous sommes nous fassions désormais une force, celle d'affirmer que toutes et tous fondamentalement, nous portons des aspirations communes. Telle est la réponse des socialistes aux populismes qui prospèrent.
Les citoyens du monde sont traversés par une crise identitaire majeure. À l'heure où l'Europe est prise en étau entre le bloc impérialiste de la Chine et de la Russie qui instrumentalisent l'histoire coloniale des peuples et le bloc erratique formé par les États-Unis ; à l'heure où le conflit du Proche-Orient aggrave les fractures sur notre continent, les identités nationales s'exacerbent, alimentant la montée des nationalismes et des populismes dont les discours mortifères exploitent la peur de l'effacement et le rejet de l'autre.
En France, même les plus convaincus de l'universalisme doutent de notre capacité à faire société. Nous sommes frappés par les attentats de façon régulière, commis par des Français, y compris au cœur de nos écoles depuis dix ans. Le mouvement des Gilets jaunes, les émeutes de juin 2023 qui ont dépassé les seules banlieues, les manifestations agricoles ont montré une colère latente dans le pays.
France traumatisée
Le récent meurtre d'un fidèle musulman dans une mosquée et son traitement ont relancé le débat de la considération accordée aux victimes d'attaques antireligieuses ou anticroyants. Les rassemblements et marches blanches s'enchaînent pour condamner les agressions ou meurtres, contre les personnes de confessions juive et musulmane, contre les profanations de lieux de culte ou de tombes musulmans, juifs ou chrétiens. Notre pays est traumatisé.
Ainsi le socialisme ne transformera la société que s'il répond aux questions suivantes : quelle est notre identité ? Nos colères qui semblent diverses n'ont-elles pas les mêmes racines ? Ne pouvons-nous pas partager une utopie commune ?
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Partout, nous sommes profondément attachés aux services publics et au besoin de justice sociale, mis à mal par les politiques néolibérales
Il faut impérativement sortir de l'assignation à résidence qui s'installe, à la fois dans les quartiers populaires et dans le monde rural avec des électorats que les populistes opposent en jouant les « eux » et « nous ». Les clivages entre Français sont encore superficiels, le front républicain aux élections législatives de juillet 2024 l'a démontré, mais ils s'aggraveront si seuls parlent les séparatistes. Partout, nous sommes profondément attachés aux services publics et au besoin de justice sociale, mis à mal par les politiques néolibérales.
Société de métissage
Nous pourrons emprunter un chemin universaliste si nous répondons que nous sommes une France métissée dans une Europe qui l'est tout autant. Nous sommes une société de métissage. La France, en assumant son histoire, est en capacité de proposer un chemin dans les désordres actuels du monde. Notre France est celle qui assume que nos histoires avec le Maghreb et l'Afrique subsaharienne mais aussi avec l'Asie sont étroitement mêlées.
L'extrême droite se nourrit encore de la nostalgie de la puissance coloniale passée de la France et de celle d'une France fantasmée monocolore blanche et chrétienne. Nous le combattons : le phénotype des invités au mariage a changé. Et alors ? Notre histoire coloniale nous donne à la fois une obligation à agir contre les discriminations et une capacité à comprendre. La France est désormais la France monde avec les outre-mer, pour lesquels elle doit continuer à inventer des relations d'émancipation.
Nous devons sortir d'une autre essentialisation, celle du relativisme. Cette théorie insidieuse à l'œuvre dans nos quartiers populaires qui explique aux enfants de notre République que non seulement celle-ci ne les aime pas mais qu'ils doivent se séparer de ses idéaux pour retrouver fierté et dignité. On oublie par là même que la vraie victoire doit être la place de tous partout, et notamment dans les strates de décision du pays. C'est la bataille par essence.
Laïcité et justice
Autrement dit, nous ne nous résignons pas à ce que les populistes nous ramènent en permanence à une couleur de peau ou à une religion, que certains considèrent que les prénoms Mohamed ou Fatima n'ont pas droit de cité, que d'autres traitent « d'Arabes de service » ou de « Bounty » ceux qui font le choix de défendre notre République. Nous ne nous résignons pas à ce que d'autres, dans la douleur du conflit israélo-palestinien qui ravive toutes les haines, fassent mine de croire qu'être juif fasse de vous un soutien à la politique menée par Benjamin Netanyahou et qu'être musulman, vous rende complice du Hamas.
Toutefois, pour que notre universalisme soit pleinement incarné, il doit s'appuyer sur deux piliers, la laïcité et la recherche constante de justice. La laïcité, dont les principes sont toujours d'une totale modernité et ne nécessitent pas d'ajustements. La justice est le moteur qui permet de réaffirmer notre capacité à agir sur le monde, notre détermination à le transformer.
Édouard Glissant disait de nos identités : « La racine unique tue tout ce qu'il y a autour d'elle. Elle est sectaire et intolérante. Il faut remplacer l'idée de la racine unique par l'idée de l'identité-Relation ou rhizome. Le rhizome, la racine qui s'étend, qui va vers d'autres racines [...]. Mais sans renoncer à être elle-même. »
Nous ne devons pas renoncer à l'ambition de faire un peuple français, doté d'une volonté farouche, celle de construire un destin commun. C'est l'utopie du XXIe siècle : l'universalisme est mis au service d'un projet collectif. Voilà la vision des socialistes, une République sociale, démocratique, laïque et métissée.
Hélène Geoffroy, Maire de Vaulx-en-Velin, Présidente du Conseil National du Parti Socialiste
Nicolas Mayer Rossignol, Maire de Rouen, premier signataire du texte d'orientation Changer pour gagner en vue du Congrès du Parti Socialiste
Philippe Brun, Député
Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie
Karim Bouamrane, Maire de St-Ouen
Lamia El Aaraje
Justin Amiot
Christian Assaf
David Assouline
Mathieu Cahn
Jean-Christophe Cambadélis
Colette Capdevielle
Marie-Arlette Carlotti
André Chapaveire
Kamel Chibli
Thierry Cozic
Gilbert-Luc Devinaz
Philippe Doucet
Jean-Luc Fichet
Claire Fita
Sandrine Floureusses
Loïc Gachon
Stéphane Gomez
Jérome Guedj
Antoine Hoareau
François Kalfon
Murielle Laurent
Vincent Le Meaux
Angèle Louviers
Jean Mallot
Baptiste Ménard
Patrick Mennucci
Alexandre Mennucci
Frédéric Monteil
Brigitte Nabet
Michel Neugnot
Valérie Rossi
Laurence Rossignol
Laurence Rouède
Christine Tafforeau-Hardy
Adel Ziane
Par Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin, présidente du Conseil National du PS, Nicolas Mayer-Rossignol, maire PS de Rouen, premier signataire du texte d’orientation Changer pour gagner, Carole Delga, présidente PS de la Région Occitanie