OPINION. « Revenir au PS quand le PS revient à lui-même », par Eduardo Rihan Cypel, ancien député PS de Seine-et-Marne
Député socialiste entre 2012 et 2017, Eduardo Rihan-Cypel a rejoint un temps Territoires de progrès, parti social-démocrate du camp macroniste. Deux ans plus tard, il annonce à « La Tribune Dimanche » qu’il revient au PS, au sein de la « vieille maison » qui a, selon lui, « réorienté » sa ligne en prenant ses distances avec la radicalité du parti de Jean-Luc Mélenchon.
Eduardo Rihan Cypel
L'ex député PS Eduardo Rihan-Cypel annonce revenir au parti, pour une gauche unie, loin de la « radicalité » du parti de Jean-Luc Mélenchon.
LTD/DR
Rejoindre le gouvernement de François Bayrou n'est pas la seule voie possible aujourd'hui pour une personnalité de la gauche démocratique et républicaine. Un autre chemin est possible, c'est le chemin du retour au Parti socialiste. C'est le chemin que j'ai choisi.
Depuis la campagne pour les élections européennes de juin 2024, le PS a réorienté sa ligne comme sa stratégie politiques, assumant une plus grande autonomie de pensée et d'action, notamment dans son rapport à la France Insoumise, prenant ainsi ses distances avec la radicalité structurelle et identitaire du parti de Jean-Luc Mélenchon. Cette réorientation du PS en direction de son cœur d'identité politique social-démocrate n'est certes ni définitive ni complète ; elle est encore en gestation et demande à être clarifiée, développée et affermie.
Mais ce début de réorientation, qui sonne comme un retour aux sources socialistes françaises, est bien réel et c'est la raison pour laquelle j'estime que le moment est venu de joindre tous nos efforts pour aider le parti de Jaurès et de Blum à retrouver la place qui a toujours été la sienne dans la vie politique nationale : au coeur de la gauche, pour la conduire au pouvoir en France.
Depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017, le Parti socialiste est cassé au moins en trois morceaux. Entre les socialistes qui ont rejoint le camp macronien, les socialistes qui ont quitté le PS en créant leur propre organisation (à l'instar de Benoît Hamon ou de Bernard Cazeneuve) et les socialistes qui ont choisi de rester au PS — dans la majorité ou la minorité du Parti —, les divisions et les mésententes n'ont que trop duré. Elles doivent et méritent d'être surmontées.
Chacun sait en son for intérieur et rationnel que la radicalité et le populisme représentent des obstacles massifs pour la conquête du pouvoir par la gauche.
C'est possible, et c'est nécessaire. Le temps est en effet venu de rassembler toute la famille socialiste dispersée, et bien plus encore. Nous devons élargir, rassembler et souder toutes celles et tous ceux qui cheminent aux côtés des socialistes, comme Raphaël Glucksmann qui a tant contribué à peser en faveur de l'identité social-démocrate du PS, ou comme les Radicaux de gauche de Guillaume Lacroix, très attachés aux fondements républicains et laïcs de la gauche française à laquelle notre longue histoire commune nous rattache. C'est la seule stratégie possible si nous voulons donner des chances objectives à la gauche de se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle et d'être en mesure de l'emporter.
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Chacun sait en son for intérieur et rationnel que la radicalité et le populisme représentent des obstacles massifs pour la conquête du pouvoir par la gauche. Chacun sait aussi que nous ne réussirons pas en reproduisant les recettes du passé. Nous devons tirer les leçons de nos échecs politiques et inventer une voie nouvelle et gagnante. La situation l'exige et l'attente populaire est forte au moment où l'extrême-droite national-populiste menace d'accéder au pouvoir d'ici 2027.
La promesse de « dépassement politique » n'a pas été tenue par Emmanuel Macron. Depuis sa réélection en 2022, et notamment depuis la réforme des retraites, la balance est clairement penchée à droite, tandis que la dissolution de juillet dernier, au lieu de clarifier le champ politique, n'a produit qu'une plus grande confusion avec la fragmentation des forces représentées à l'Assemblée nationale. La chute par la censure du gouvernement Barnier n'est qu'un effet parmi d'autres de l'instabilité générale qui s'est instaurée au plus haut niveau de la vie politique nationale.
La gauche démocratique incarnée par le PS a dans ce contexte une responsabilité éminente. C'est de permettre une clarification politique au sein de la gauche et le camp du progrès en redonnant de l'espoir à des millions et des millions de Françaises et de Français qui attendent plus de justice, plus de démocratie et une vie meilleure pour eux et leurs enfants.
Les rapports de force politiques au Palais Bourbon restent les mêmes que sous le court mandat de Michel Barnier.
Dans le monde compliqué, instable et dangereux où nous sommes entrés, avec la réélection de Donald Trump et les défis vitaux qui se posent à toute l'Europe, le Parti socialiste a l'opportunité de bâtir un projet rassembleur qui réponde aux enjeux de civilisation qui se présentent en ce début de XXIe siècle pour la France et le Vieux Continent. Ecologie, climat, nouvelles industries, emploi, énergie, révolution numérique, bataille commerciale et normative, démocratie, sécurité, éducation, culture, recherche, innovation, justice sociale, agriculture, migrations : les chantiers sont nombreux qui appellent une vision aussi claire que lucide, forte et crédible, à même de susciter une espérance nouvelle sous le ciel gris et inquiétant du monde tel qu'il va.
Aujourd'hui, un nouveau Premier ministre et son gouvernement ont été nommés par le président de la République. Un gouvernement de « bloc républicain », « technique » ou « d'intérêt national » n'a pu être formé. Les rapports de force politiques au Palais Bourbon restent les mêmes que sous le court mandat de Michel Barnier. La fragilité est déjà là pour François Bayrou et son équipe alors que l'on attend de connaître la feuille de route concrète de son gouvernement. Dans cette situation, le PS a décidé à juste titre d'être dans l'opposition.
Mais être dans l'opposition ne signifie pas nécessairement contribuer à la chute du gouvernement par un nouveau vote de censure. La France a besoin de stabilité et il faut souhaiter pour cela que le gouvernement Bayrou dure dans l'intérêt du pays. Précipiter une nouvelle censure du gouvernement contribuerait à créer davantage les conditions d'une élection présidentielle anticipée qui ne ferait que répondre aux choix stratégiques prioritaires et de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen. À quoi bon ?
L'opposition, oui. La censure, non. Telle pourrait être l'attitude du PS ces prochains jours ainsi que l'a exprimé Lionel Jospin le 16 décembre dernier (France Inter). Le PS se donnerait ainsi, par le même mouvement, le temps comme les conditions pour préparer son projet, sa stratégie et ses alliances politiques tout en assurant sa part dans la nécessaire stabilisation de la vie politique nationale. Clarté et responsabilité sont les deux attitudes que les socialistes peuvent incarner dans un moment où l'instabilité gouvernementale chronique menace la France avec son cortège de très mauvais effets en cascade.
C'est ce qu'attendent, je crois, une très large majorité de Français, y compris de gauche. Ne les décevons pas au risque de les voir davantage s'éloigner de la confiance déjà mince qu'ils peuvent accorder à leurs représentants politiques. Nous ne connaissons que trop le lourd prix à payer d'un tel affaissement de la confiance générale. Les socialistes, comme tous les esprits républicains et démocrates, ne peuvent être complices de l'aggravation de la situation. Un sursaut politique est nécessaire et le PS peut et doit être à l'initiative de ce sursaut.
Les volontés, les énergies et les talents, jeunes et moins jeunes, ne manquent pas au sein de la Vieille Maison et de ses vastes alentours. Rassemblons nos forces. Un chemin nouveau est possible, dans la fidélité de notre histoire et de nos valeurs.