ENTRETIEN EXCLUSIF — Thomas Jolly revient pour « La Tribune Dimanche » sur le fol été français. Le directeur artistique des cérémonies des Jeux olympiques et paralympiques livre son état des lieux du pays.Après la furie des Jeux olympiques et paralympiques, dont il a tissé les quatre cérémonies, Thomas Jolly, 42 ans, a voyagé à l'autre bout de la planète. A reposé le corps et l'esprit, bien essorés par la machine JOP 2024. À l'heure de refermer une année qui l'a fait entrer dans les foyers français, le revoilà dans la lumière.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Qu'est-ce qui est passé le plus vite, les deux ans de travail ou les cinq mois qui viennent de s'écouler ?
THOMAS JOLLY — Quand on est dedans, ça va très vite. Même entre la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques le 26 juillet et celle de clôture des Paralympiques le 8 septembre. Depuis, il y a comme une distorsion du temps. Il se dilue. Le corps se relâche, l'esprit et la pression aussi.
Aviez-vous conscience de cette pression qui pesait sur vous ?
Non, car j'étais au-delà de la fatigue et du stress. Il fallait faire et je faisais. Et puis il y a eu cette pluie qui m'a remis dans l'instant présent. À 19 h 30, le show démarre et on ne sait pas ce qu'on gardera. On va devoir l'adapter en direct. Résultat, je ne suis plus dans la projection : je ne me demande pas comment les gens vont le recevoir, puisque je ne sais même pas ce qu'ils vont voir. Ça ne va pas se passer comme prévu depuis deux ans. On va tous vivre le présent absolu. C'est assez vertigineux. Quelque part, c'est un cadeau. Au théâtre, j'avais déjà vécu des coupures de courant au milieu d'un spectacle... Une fois, à Sceaux, l'alarme incendie s'était déclenchée alors qu'il restait quarante-cinq minutes à jouer sur les huit heures de la première partie de Henry VI. On avait fini la pièce à la lumière de service et sans son. Personne n'était parti. Ça nous avait rapprochés, avec le public. Il y a eu quelque chose de ça : une mise en commun, sous la pluie.
Solen Cherrier et Armelle Héliot (propos recueillis)