Tour de France : face à la domination de Pogacar, le poison de la résignation
Mickaël Caron

Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, lors de l’étape reliant Pau à Luchon-Superbagnères, samedi 19 juillet.
LTD/LUCA BETTINI/BELGA
Mickaël Caron

Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, lors de l’étape reliant Pau à Luchon-Superbagnères, samedi 19 juillet.
LTD/LUCA BETTINI/BELGA
Si l'on s'amusait à convertir les écarts de temps en distance, Tadej Pogacar aurait 3,1 kilomètres d'avance sur Jonas Vingegaard (4'13''). Cela situe mieux le gouffre qui sépare le Slovène de son premier poursuivant au général et des 165 autres survivants, tous condamnés à un régime sans selle pour boucler les étapes de haute montagne que « Pogi », seul et assis, a survolées. Deuxième à Luchon-Superbagnères, derrière Thymen Arensman (Ineos Grenadiers), après avoir triomphé à Hautacam et à Peyragudes, le maillot jaune a encore grappillé 6 secondes dans les derniers mètres, frais comme un gardon des Pyrénées.
Cuit dès le pied du col du Tourmalet, Remco Evenepoel avait jeté l'éponge, cédant sa troisième place à Florian Lipowitz (Bora-Hansgrohe). Un an après ses Jeux olympiques triomphaux, le petit cannibale avait cette fois des dents de lait. Le Belge est trop tendre pour livrer bataille, mais qui ne l'est pas ? Équipier de Vingegaard, Sepp Kuss affirme que son équipe déploie des tactiques « plutôt intelligentes » mais aucune n'a encore désarçonné Pogacar.
Sûrement pas la brève accélération du Danois à 4 kilomètres de l'arrivée. Chaque fois que le vainqueur des éditions 2022 et 2023 appuie fort sur ses pédales, cela semble être davantage pour se rassurer que pour enquiquiner l'intouchable leader, qui pourrait aussi revêtir sur le podium final les maillots vert et à pois.
On compte beaucoup sur Lenny Martinez, en tête du grand prix de la montagne après son numéro au Tourmalet, pour nous faire encore vibrer sur les pentes du Ventoux ou de la Loze.
On comprend que Vingegaard se satisfasse d'être « le premier des autres », comme l'a formulé son directeur sportif Grischa Niermann. Il revient de si loin... De même, l'émergence rafraîchissante des culottés Oscar Onley et Kévin Vauquelin semble se dérouler à un autre échelon de la course - ils sont pourtant quatrième et cinquième. Dans ce Tour, un coureur dicte sa loi et, chaque fois que cela s'est produit, de Miguel Indurain à Christopher Froome, l'ennui a jailli.
Que faire ? Attendre que ça passe. La semaine prochaine. Puis l'été prochain et tous ceux que le résident monégasque passera sur les routes françaises. S'il va jusqu'au bout de son seul en scène, Pogacar aura gagné son quatrième Tour de France à 26 ans. Soit un an plus tôt qu'Eddy Merckx et Bernard Hinault. Va-t-il effacer le record de huit victoires d'étapes sur une édition ? La moisson peut être fertile dans les Alpes. À moins qu'il se décide à contrôler, comme samedi 19 juillet. Avant de s'engager à la Vuelta, le seul grand tour qui lui manque ?
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La brume attendait les coureurs à Superbagnères mais s'il n'y a plus de saisons, c'est que l'été cycliste est moins amusant désormais que le printemps. Pogacar en avait décidé ainsi en défiant Mathieu van der Poel sur les pavés de Paris-Roubaix. En juillet, le poison de la résignation semble accabler les plus forts. Ou présumés tels. La liste des vainqueurs d'un grand tour, au départ de Lille, était pourtant fournie. Est-il raisonnable d'espérer que Cian Uijtdebroeks (22 ans, Belgique) ou Paul Seixas (18 ans, France) se mettent un jour en travers de sa route ? D'ici là, pour le Slovène, ce ne sont plus des routes jusqu'aux Champs-Élysées. C'est un boulevard.
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