2011 et le spectre du "Big One"

Philippe Mabille, rédacteur en chef et éditorialiste à La Tribune.

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DR (Crédits : CAEN Albert)

Rally de fin d'année sur les marchés boursiers ; sentiment de reprise économique conforté par les cours record atteints par les matières premières ; croissance bien installée dans les pays émergents et renaissante dans les pays développés. Le tout s'adossant sur des profits (et des bonus) bancaires florissants et des grandes entreprises mondiales les poches pleines de cash...

Et si 2011, année du lapin dans l'astrologie chinoise, quatrième année après la crise, était celle de l'apaisement des tensions, d'un retour à la normale refermant la parenthèse ouverte en 2008 avec la faillite de Lehman Brothers ? Une erreur « systémique » majeure imputable à l'administration Bush, et que l'Europe s'efforce de ne pas rééditer en organisant, pour l'instant avec succès, la défense de la zone euro. Car si on mesure les dégâts de la chute d'une banque privée comme Lehman à l'aune des emplois perdus (30 millions entre le début 2008 et le début 2010 selon le BIT), on n'ose imaginer l'ampleur de la déflagration qu'entraînerait un défaut de l'Espagne ou de la Belgique. Les Chinois qui volent, non sans arrière-pensées, au secours de l'euro, l'ont bien compris, tout comme l'Amérique d'Obama qui s'inquiète des conséquences pour sa propre survie d'un éclatement de l'euro. À juste titre, parce que le grand événement de 2011 pourrait bien être le basculement de la spéculation de l'autre côté de l'Atlantique, où la situation économique et budgétaire n'est guère meilleure que chez nous.

Un économiste de la banque ING, Mark Cliffe, a « quantifié l'impensable » d'un retour aux monnaies nationales en Europe : récession de 10 % sur trois ans, explosion du chômage et déflation généralisée, y compris en Allemagne. Les États-Unis surendettés ne peuvent pas ne pas se sentir concernés par le sort de l'Europe. Et c'est cette interdépendance qui nous sauve.

Mais plus que le scénario d'un krach de la zone euro ou d'un krach obligataire par indigestion de dettes publiques, c'est surtout le spectre du « Big One » qui hante les marchés financiers. Le « Big One », c'est ce fameux tremblement de terre final qui pourrait un jour engloutir l'ouest de la Californie si la faille de San Diego venait à le déclencher. Le « Nouvel Économiste » consacre sa une cette semaine à cette hypothèse d'un « effondrement ravageur » de la sphère financière sur elle-même.

Cette peur millénariste, alimentée par le cinéma (le film « 2012 » est construit sur la mythologie du calendrier maya qui date l'apocalypse au 21 décembre 2012, ce qui nous laisse deux ans !), repose sur un constat implacable. Sous l'apparent confort du retour au « business as usual », rien n'a été fait pour corriger en profondeur les déséquilibres fondamentaux à l'origine de la crise. Au contraire, pour la surmonter, les États ont choisi la fuite en avant dans une boule de neige financière qui fait, c'est de saison, froid dans le dos. Les liquidités en circulation représentent près de douze fois le PIB mondial (700.000 milliards d'euros), s'inquiète le député socialiste et ancien banquier Henri Emmanuelli qui a présidé une commission d'enquête sur la spéculation. Comme l'écrit avec un humour grinçant le « Blog a Lupus », « la rechute des alcooliques anonymes » menace et prépare de nouveaux chocs financiers. Reste à savoir où serait l'épicentre du « Big One » : l'Europe, les États-Unis, la Chine ? Les failles ne manquent pas. Mais, le pire n'étant pas certain, nous ne céderons pas, nous non plus, à ce « journalisme d'épouvante »... tout en conseillant de lire ou de relire « le Cygne noir » de Nassim Nicholas Taleb, pour réfléchir, quel symbole pour Noël, à la « puissance de l'imprévisible ».

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