Stockage de l'aluminium : le nouvel eldorado des financiers

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Avec la crise, le marché des métaux non ferreux a évolué, créant des conditions de stockage radicalement différentes. Si les règles de marché n'ont pas été revues, la liquidité a été très altérée par les mécanismes de refinancement des stocks.

L'aluminium est un métal utilisé un peu partout dans les articles de la vie quotidienne, à commencer par les emballages et les canettes, les articles culinaires (poêles, casseroles, autocuiseurs, friteuses...), les luminaires (lampadaires, spots...) mais aussi pour les marchés du bâtiment (gouttières, toitures, bardages...), du transport (containers, carrosserie industrielle, plaques minéralogiques...) et de l'automobile (jantes, accumulateurs de freinage...). Les industries de transformation de l'aluminium sont donc particulièrement sensibles à la santé globale de l'économie.

Pourtant, le cours de l'aluminium n'est pas monté en flèche durant le cycle actuel en raison d'une restructuration profonde du marché des producteurs d'aluminium, avec une croissance des capacités de production. Le composant essentiel dans la fabrication de l'aluminium reste le coût de l'électricité qui entre pour 30 % à 40 % dans le prix final. Depuis son point bas en février 2009, à 1.288,5 dollars la tonne, le cours de l'aluminium a repris plus de 60 %, pour osciller depuis un an dans la zone des 2.300-2.500 dollars. Compte tenu de l'impact du coût de l'électricité dans la production, les alumineries situées en Europe et aux États-Unis ferment au profit d'usines situées à proximité de sources d'énergie bon marché. C'est le cas en Russie, avec le développement des usines de Rusal sur le site hydroélectrique du fleuve Ienisseï et de son affluent l'Angara.

C'est ce que l'on peut également constater dans les pays du Golfe où les capacités installées ont bondi et pourraient atteindre 10 % de la production mondiale avec la construction d'usines à Oman, au Qatar et à Abu Dhabi. En effet, ces usines utilisent l'énergie issue des gaz, sous-produit peu coûteux des raffineries. Enfin, la Chine continue à accroître ses capacités (36 % de l'offre mondiale en 2009) malgré une faible rentabilité : près de 40 % des alumineries chinoises perdraient de l'argent à des cours inférieurs à 2.000 dollars la tonne.

Cet accroissement de la production a conduit à un accroissement des stocks d'aluminium dans les récentes années dans les entrepôts LME [London Metal Exchange, première place mondiale d'échange pour les métaux non ferreux, Ndlr]. Les stocks de LME sont, en temps normal, prêts à être cédés.

Mais, avec la crise, le marché a évolué, créant des conditions radicalement différentes. Certes, les règles de marché pour le stockage n'ont pas été revues. Afin d'assurer la liquidité des marchés, le LME impose un taux de rotation minimum des stocks et une grille de prix maximum. Le LME fournit par ailleurs une liste de compagnies agréées pour le stockage. Or, les stocks sont passés d'un niveau de 1 million de tonnes en 2007 à 4,3 millions de tonnes en 2010. La taille des entrepôts est proportionnée aux volumes en jeu et les délais de sortie des stocks se sont mécaniquement allongés, ne serait-ce que pour des raisons techniques de délais de chargement des camions. En revanche, la liquidité a été altérée par les mécanismes de refinancement des stocks. La valorisation des métaux en fait un collatéral intéressant pour les banques qui souhaitent financer ce type d'activité. Forts de ces financements, les investisseurs peuvent négocier des coûts de stockage préférentiels avec les magasins du LME, moyennant une durée minimum de stockage de plusieurs mois. En fonction de la structure de la courbe sur le marché à terme de l'aluminium, il est alors possible de faire une opération de portage sans risques en achetant du métal, en le revendant à terme sur le LME et en allant à la livraison physique. Ce type d'arbitrage accessible aux acteurs financiers implique une immobilisation des stocks de métal...

Dès lors, le rachat des entrepôts par les traders ou les banques d'affaires peut s'avérer très lucratif. L'évolution de la réglementation bancaire sur les dérivés, et en particulier les discussions qui ont prévalu aux États-Unis en début d'année, concernant l'exemption des nouvelles contraintes de fonds propres pour les métiers utilisant les dérivés comme une couverture pour des activités adossées à des activités physiques, ont poussé les banques à s'intéresser tout particulièrement à ces nouveaux domaines. Mais c'est surtout la rentabilité des entrepôts où les stocks restent immobilisés sur des durées longues, générant des rentrées régulières, qui ont poussé des acteurs financiers à investir dans ces nouvelles activités. Pour ne rien gâcher, les revenus sont contracycliques puisque les stocks restent d'autant plus longtemps que l'activité économique est en berne.

Aujourd'hui, les activités physiques traditionnellement dédiées aux industriels et tout ce qui les entoure, y compris la logistique, sont passées dans le monde financier avec son approche spécifique et ses règles du jeu. C'est un changement profond de nature pour ce marché qui peut en affecter le comportement et qui va nécessiter un renforcement des contrôles du LME et une vigilance accrue de l'ensemble des acteurs.

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