Pandémonium arabe

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L'attentat terroriste de Marrakech jette une ombre sanglante sur le « printemps arabe ». Non pas qu'il soit imputable aux mouvements populaires contre les régimes dictatoriaux du nord de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Mais il témoigne, tout comme la répression en Syrie, de la grave instabilité qui se développe dans la région. Jusqu'alors, le Maroc était un pays relativement préservé, où le développement économique, fût-il inégal et inégalitaire, allait de pair avec une marche précautionneuse vers l'ouverture, sinon la démocratie. Et voici qu'un kamikaze fait exploser une bombe en plein coeur de l'oasis. Il y a peu, cette région hétérogène était déterminée par d'anciennes fractures, le conflit israélo-palestinien ou la rivalité entre les musulmans sunnites et les chiites. Fractures plus ou moins contenues par des régimes autoritaires surarmés - pour le plus grand profit de nos industries militaires. Le renversement de ces dictatures révèle des sociétés fragiles et désorientées, comme éblouies par l'apprentissage brutal qu'elles doivent faire de la liberté. Même en Tunisie ou en Égypte, où le bain de sang a été évité, rien n'est joué. Pour ne rien dire de la Libye où la guerre civile laissera un pays dévasté, sans infrastructures et sans institutions. En clair, le monde arabe risque de devenir un pandémonium. Il y a quelques semaines, l'« effet domino » - la propagation des soulèvements d'un pays à l'autre - rappelait l'extraordinaire poussée libertaire de 1989, en Europe de l'Est. On mesure aujourd'hui une différence importante entre les deux époques et les deux continents. Les pays de l'Est disposaient, à leur porte, d'un modèle d'organisation politique et économique, l'Europe, qui les a aimantés parce qu'elle était accessible et désirable. En moins d'une génération, la révolution était faite. Rien de tel dans le monde arabe. Raison de plus pour que l'Occident démocratique ne limite pas son aide à un soutien militaire ponctuel. flenglet@latribune.fr

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