"L'élection d'un nouveau président doit s'accompagner de changements structurels"

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A la veille de la journée d'action nationale interprofessionnelle du mardi 11 octobre, que les salariés du secteur public soutiennent à 70% et ceux du privé à 67%, selon un sondage Harris Interactive, Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, donne sa vision de la crise économique et précise les attentes de son organisation.

Après la manifestation, jeudi, des retraités qui a réuni plus de 5.000 personnes (3.200 selon la préfecture), c'est au tour des salariés du privé et du public d'être appelés mardi à se faire entendre lors de la journée d'action nationale interprofessionnelle contre le programme d'austérité du gouvernement. Une initiative boudée par FO, la CFE-CGC et la CFTC, qui donnera lieu à des actions et à des manifestations dans toute la France. Plusieurs syndicats de la RATP et de la SNCF ont ainsi appelé à la mobilisation, mais sans appel à la grève pour la quasi-totalité d'entre eux.

Les plans d'austérité se multiplient en Europe. Quelle est la réponse du mouvement syndical européen face à cette déferlante ?

En mai, la Confédération européenne des syndicats (CES) a dégagé une unanimité sur le diagnostic et sur les solutions proposées, notamment sur le pacte Euro plus. Nous avons ensuite manifesté ensemble à Wroclaw (Pologne) lors du sommet européen pour porter ce message : "Non à l'austérité". Car, depuis, la situation s'est encore aggravée. Nous sommes convaincus qu'il faut conjuguer des interventions syndicales nationales et des actions coordonnées en Europe.

Comment analysez-vous les difficultés actuelles de la construction européenne ?

Je l'ai dit au congrès de la CES : l'Europe est très malade sur un plan économique parce qu'elle est très malade sur le plan politique. Le défaut primordial de la construction européenne réside dans le fait que les différents traités n'ont jamais consacré l'objectif social comme partie intégrante du projet européen. Sur les droits sociaux, on ne fait référence à l'Europe ou aux comparaisons européennes que pour justifier des régressions. Le dernier exemple en date étant la déclaration de François Fillon sur l'âge de départ à la retraite qui devrait s'aligner sur les 67 ans prévus en Allemagne.

Comment jugez-vous la gestion de la crise par les gouvernements européens ?

Le pacte Euro plus montre une forme d'impuissance. Mais cette impuissance est aussi le fruit du choix politique qui a consisté à accepter que les agences de notation et les marchés dessinent l'horizon des citoyens. Il est frappant de constater que, depuis des semaines, les agences de notation font l'ordre du jour des gouvernements européens. La réforme des retraites en France s'est du reste faite sous la pression des agences de notation.

Comment réduire les dépenses de l'Etat et la dépendance vis-à-vis des marchés ?

Nous proposons un autre partage des richesses. Dans les dépenses de l'État et des collectivités locales, la masse financière attribuée aux exonérations de charges des entreprises atteint 172 milliards d'euros, sans aucune disposition pour apprécier le bien-fondé de ces aides. Nous proposons des critères. Peut-on par ailleurs utiliser l'argent public pour faire travailler plus ceux qui sont déjà au travail en encourageant les heures supplémentaires, alors qu'un des fléaux de la France est que l'on fait reposer la création de richesses sur une partie réduite de la population, les 30-50 ans ? Ceci nous condamne évidemment à des impasses sur le plan social.

Quel regard portez-vous sur le projet de budget 2012 ?

Le budget reprend les mesures d'austérité annoncées fin août. Des mesures prises à toute vitesse pour rassurer les marchés financiers. C'est significatif de la période que nous traversons. Ces mesures se traduisent par de nouvelles ponctions. Ainsi, alors qu'un rapport officiel montre qu'un ménage sur trois se prive de soins pour des raisons économiques, le gouvernement ponctionne-t-il de 1,2 milliard d'euros les complémentaires santé, donc les mutuelles. Il va donc y avoir davantage de gens encore - notamment les jeunes - qui vont renoncer à une complémentaire santé parce qu'ils n'en auront pas les moyens financiers. Autre exemple, les hausses de TVA, c'est-à-dire des impôts indirects, ce qui est à l'opposé de ce que l'on revendique depuis des années : une remise à plat de tout le système fiscal - de l'impôt sur le revenu à l'impôt sur les sociétés en passant par le financement de la protection sociale. Tout le monde sait que le coût de la protection sociale va augmenter, mais la question est de savoir si cela se passera dans un cadre collectif autour de la Sécurité sociale ou si, au contraire, ce sera à chacun de se débrouiller avec une dose d'assurance privée.

Dans ce contexte, qu'attendez-vous de la journée d'action de demain ?

C'est un message de refus de cette austérité qui, si on laisse faire, peut prendre des proportions beaucoup plus lourdes. Car il y a encore une part de rigueur rentrée en raison de la prochaine élection présidentielle. Après, nous serons dans la lignée de ce qui se passe en Grande-Bretagne. La journée se présente plutôt bien avec 193 manifestations prévues, dont plus de 160 dans la plus large unité, et 69 % des salariés qui soutiennent le mouvement, selon une enquête Harris. Nous ne nous fixons pas d'objectif en termes de nombre de manifestants. D'autant plus que nous sommes dans une séquence où ce qui fait l'actualité est de plus en plus orienté vers l'élection présidentielle. Pourtant, il y a urgence sur le pouvoir d'achat, avec un salarié sur deux qui gagne moins de 1.600 euros et avec la souffrance au travail qui ne fait qu'augmenter. À nous donc de convaincre de l'intérêt d'une telle journée.

A plus long terme, quelle sera votre attitude durant la campagne électorale ?

Nous aurons une expression syndicale sur le bilan. Bilan qui va être lourd, ce qui ne surprendra pas grand monde, même au-delà des rangs de la CGT. Mais j'alerte quand même celui ou celle susceptible de remplacer l'actuel président de la République sur une éventuelle posture qui consisterait à se présenter comme étant le mieux à même de faire passer une rigueur plus équitable. La CGT va travailler à montrer que l'élection d'un nouveau président doit s'accompagner de changements structurels. Il ne faut pas entretenir l'illusion que seul le changement d'un homme suffit. Je rappelle aussi que la démocratie ne se limite pas à l'élection du président de la République. Dans les entreprises, il faut aussi parvenir à la reconnaissance de la parole des salariés et de leurs représentants. Par exemple, trouvez-vous normal que les institutions représentatives du personnel n'arrivent même pas à avoir connaissance et n'aient aucun moyen de contrôle sur les aides publiques versées aux entreprises ? L'idée de représentants salariés siégeant dans les conseils d'administration reste donc aussi d'actualité.

Comment voyez-vous les élections professionnelles dans la fonction publique le 20 octobre ?

C'est un rendez-vous important pour 3 millions de personnes et, point crucial, pour la première fois les non-statutaires vont pouvoir voter. Pour moi, c'est simple : quel est le sigle syndical qui peut le plus nettement exprimer la colère des salariés face au pouvoir actuel si ce n'est celui de la CGT...

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