OPINION. Pour répondre à cette question, qu’il est d’autant plus légitime de se poser au regard du changement de paradigme que nous vivons dans notre utilisation de services cloud, il est nécessaire à la fois de regarder ce que le passé et l’expérience nous apprennent, et d’analyser les tendances futures. Par Jérémie Peuf, alumni et esponsable de la majeure 5A cloud et infrastructures à l'ESIEA*.Ces derniers mois ont forcé bon nombre d'entreprises à opérer une transformation digitale brutale - sans transition, sans "Change Management" - via le renforcement ou l'implémentation d'outils majoritairement cloud. Transformation qui aurait pris des mois, à grands coups (coûts!) de prestations de conseil pour un résultat probablement moins abouti. Les services cloud, au sens large, permettent en effet de limiter l'impact économique de la crise liée au coronavirus pour nos entreprises, assurant ainsi une continuité de leur business.
Il y a quelques années encore, nous aurions qualifié cette réalité de pure utopie, face aux manques d'infrastructures, de logiciels, et aux méfiances des directions des systèmes d'Informations réticentes à s'engager sur ces technologies. Mais à l'heure de ce changement structurel dans nos manières de fonctionner, et face également aux enjeux environnementaux auxquels nous sommes plus attentifs, n'est-il pas légitime de s'interroger sur l'impact écologique de ce transfert massif de données vers le cloud? De l'utilisation intensive de logiciels et services hébergés sur ces infrastructures?
Une décennie d'optimisations logicielles et matérielles
Prenons les choses dans l'ordre. Il convient dans un premier de temps de rappeler que les technologies inventées ces 10-12 dernières années permettent une utilisation optimisée des ressources en datacenters. Si avant la virtualisation, l'utilisation moyenne des processeurs des serveurs en entreprise avoisinait les 15%, cette dernière a permis d'atteindre des seuils autour de 80-85% via la mise en commun des ressources et le surprovisionning (qui permet d'allouer virtuellement plus de ressources qu'il n'en existe physiquement).
L'axe matériel a également connu son lot d'optimisations, même s'il est souvent oublié, via l'implémentation en datacenters de serveurs aux alimentations plus efficientes (les 80% de rendement sont loin derrière nous), et la montée en puissance des processeurs, tout en réduisant leurs besoins en énergie. Certains scientifiques évoquent une efficience énergétique multipliée par quatre sur la dernière décennie, ce qui signifie que les serveurs sont capables d'effectuer quatre fois plus d'opérations pour la même consommation électrique.