Mohammed VI, notre nouvel ami
Bruno Jeudy Directeur de la rédaction

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Sous la Ve République qu'a incarnée le général de Gaulle, la politique étrangère constitue par excellence le domaine réservé du président. Ce constat a trouvé sa plus parfaite illustration lors des cohabitations vécues par François Mitterrand et Jacques Chirac. Alors, à défaut d'être fort à l'intérieur, le chef de l'État peut toujours apparaître comme grand de l'extérieur. Le Jupiter élyséen pense le monde tandis que l'antihéros de Matignon rame pour endiguer les dépenses de la France ! Pour Emmanuel Macron, confronté à une impopularité record, 2024 aurait pu être synonyme de renaissance avec le faste des commémorations du Débarquement, la réussite des JO et la réouverture de Notre-Dame.
Mais ce qui aurait dû être l'acmé du second quinquennat s'est transformé en annus horribilis. L'échec cuisant de la majorité aux européennes, la dissolution hasardeuse avec ses désastreuses conséquences - vacance du pouvoir, laisser-aller financier, laborieuse formation du gouvernement, sans parler d'une actualité internationale tragique, ont mué le temps de la réhabilitation en celui de l'autodestruction. Pour retenir la nuit d'une fin de règne annoncée et retrouver un oxygène politique, il reste à Emmanuel Macron la scène diplomatique. Mais la tâche s'avère délicate au regard des revers subis depuis l'été : la gifle adressée par Ursula von der Leyen avec la non-reconduction du commissaire européen Thierry Breton; un Sommet de la Francophonie à Paris passé inaperçu; la voix de la France à la peine au Liban et, enfin, l'incompréhension croissante avec Israël née de paroles jugées offensantes.
La diplomatie du président suscite beaucoup d'interrogations. Sans compter la concurrence naissante avec Michel Barnier. L'ex-patron du Quai d'Orsay entend prendre la lumière notamment sur les dossiers européens, qu'il maîtrise parfaitement. Dans ces conditions, la visite d'État qu'entame demain Emmanuel Macron revêt une importance capitale. Paris et Rabat veulent enterrer une brouille de six ans. En cause : une succession de couacs, la perte de marchés économiques et un désaccord profond sur la question migratoire. Ce voyage doit permettre de renouer les liens entre deux pays amis, mais aussi de lever les incompréhensions entre Mohammed VI et Emmanuel Macron.
S'il refuse de l'admettre, le président semble avoir renoncé au « et en même temps l'Algérie et le Maroc ». Par cette visite, le chef de l'État entreprend donc une sorte de normalisation. Bien sûr, il ne sera jamais le « précepteur » que fut Jacques Chirac pour le fils de son ami Hassan II. Il ne sera pas non plus le « copain » du roi à l'image de Nicolas Sarkozy, qui passait ses vacances dans les propriétés de celui-ci. Au président français de prouver son attachement au royaume chérifien en faisant sienne l'épitaphe figurant sur le tombeau du maréchal Lyautey : « Plus je connais les Marocains, plus je suis convaincu de la grandeur de cette nation. »
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