La suppression des lignes intérieures : une mesure contre les régions françaises

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(Crédits : Pixabay / CC)
OPINION. Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, les parlementaires ont récemment ciblé le transport aérien en proposant la suppression des liaisons aériennes domestiques au bénéfice du transport ferroviaire. Cela en dépit du rôle incontournable joué par le transport aérien dans le développement économique et social des régions françaises. Par Thomas Juin, président de l'UAF.

Des parlementaires ont pris récemment pour cible le transport aérien au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi certaines propositions de loi ou d'amendement visent-elles à réduire voire supprimer les liaisons aériennes domestiques au bénéfice supposé du transport ferroviaire.

Ces propositions sont surtout révélatrices de postures qui méconnaissent les réalités du transport aérien. Les responsables politiques doivent prendre acte de l'attente des Français en matière de mobilité aérienne et reconnaître enfin le rôle incontournable joué par le transport aérien dans le développement économique et social des régions françaises.

La mobilité aérienne est plébiscitée par les régions françaises

Le mode aérien attire aujourd'hui de plus en plus de voyageurs. Les aéroports français ont accueilli en 2018 plus de 206 millions de passagers dont 52 millions sur les lignes domestiques. Si le trafic domestique représente 27% du trafic passager au niveau national, le chiffre monte à 49% pour la région Occitanie ou encore 75% pour la Bretagne. Au sein de ce trafic domestique, les connexions région-région connaissent la croissance la plus forte. En 2018, les liaisons transversales ont crû de 9,9% contre une diminution de 1,72% pour les liaisons Paris-Régions.

Entre 2008 et 2018, les liaisons transversales ont augmenté de 64,4% contre une diminution de 2,4% pour les radiales. La France connaît, ces dernières années, un développement sans précédent d'ouvertures de lignes transversales par les compagnies low-cost. Ces nouvelles connexions permettent aux régions françaises d'être mieux reliées entre elles à un prix comparable à celui du TGV. Ces lignes répondent avant tout à une attente de mobilité rapide des Français à laquelle le TGV est incapable de répondre. Ainsi un Caen-Toulouse ou un Strasbourg-Marseille en avion peut se faire en 1h30 contre plus de 6h en train.

Le transport aérien est complémentaire des autres modes

Il est faux d'affirmer que l'avion est, sur les lignes intérieures, en concurrence avec le train. Le mode aérien est aujourd'hui complémentaire du mode ferroviaire. Là où le TGV existe, par exemple entre Lyon, Nantes et Paris, la part du trafic vers Paris représente moins de 20% des passagers. Et ces passagers aériens sont essentiellement des passagers acheminés vers les hubs parisiens de Paris- Charles de Gaulle et d'Orly pour poursuivre sur des vols internationaux. La suppression des liaisons domestiques aurait ainsi pour principale conséquence de compliquer pour les Français habitant en région l'accès aux liaisons aériennes internationales.

Elle rendrait aussi plus difficile l'acheminement des touristes étrangers vers les principales régions touristiques
françaises. La suppression des lignes intérieures affaiblirait donc le hub de Paris-Charles de Gaulle et tournerait paradoxalement à l'avantage des hubs étrangers et non du rail français. La suppression des liaisons domestiques entraverait enfin le développement des relations économiques entre les régions françaises alors même que les liaisons transversales permettent d'améliorer les relations entre les régions françaises sans construction de nouvelles infrastructures ferroviaires coûteuses et génératrices de pollutions supplémentaires.

Le transport aérien améliore de façon continue son efficacité énergétique

Les émissions de CO2 du trafic aérien domestique ne représentent que 1,1% des émissions de CO2 de la France en 2016. Chaque nouvelle génération d'avions consomme en moyenne 20 % à 30 % de carburant en moins que la précédente comme le prouve, une nouvelle fois, le dernier né d'Airbus l'A321. Ainsi, entre 2000 et 2017, les émissions de CO2 par passager/km ont-elles baissé de 25,7% soit de 1,7% par an.
Pour l'avenir, le transport aérien a également su prendre des engagements forts : croissance carbone neutre à partir de 2020, en dépit de l'accroissement prévisible du trafic, par le biais du dispositif CORSIA et réduction de 50 % des émissions de CO2 d'ici à 2050 par rapport à leur niveau de 2005.

De réelles possibilités s'offrent à nous de réduire l'empreinte carbone du transport aérien sous réserve de l'appui des pouvoirs publics. Affaiblir le transport aérien français par la suppression des lignes intérieures ou par la taxation franco-française est un contre-sens alors qu'il faut plus que jamais mobiliser des fonds pour accélérer la transition écologique du transport aérien. Il est plus que temps aujourd'hui de mettre en place la filière biocarburant et d'accroître le financement pour la recherche en vue d'amplifier et d'accélérer les ruptures technologiques favorables au développement durable.

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a écrit le 19/06/2019 à 23:40 :
JCML@.Avant d'émettre des opinions il faut se renseigner
Le train en Europe,est hyper subventionné.L'ouverture à la "concurrence",va faire que les nouveaux entrants sur le marché français du rail,vont se disputer les subventions publiques,entre eux, et avec la SNCF.D'un point de vue capitaliste le transport par rail n''est pas rentable.
Cela étant dit, l'avion est encore plus subventionné que le train,puisque il ne paie pas de TVA sur les billets,lors de vols internationaux.Pas de taxes sur le kerosène d'avion et des déductions fiscales pour les entreprises,qui paient des billets à leurs cadres et dirigeants.
Le train,par contre,paie des taxes sur l'électricité consommée et la TVA sur les billets.
a écrit le 19/06/2019 à 14:38 :
Encore une publicité du lobby de l'aérien!.Pour pousser les fabriquants d'avions et de moteurs d'avion à innover,sous la pression des compagnies aeriennes, il faut taxer fortement les vols intérieurs et légalement c'est possible.
Le reste c'est de la littérature.
a écrit le 19/06/2019 à 12:34 :
En tant que contribuable, je suis pour la fermeture de tous les aéroports non-rentables sans les subventions publiques. L'aérien est largement subventionné, le train n'est pas en reste, le contribuable trinque. Entre les 2, je choisirais de ne subventionner que le train. Ce qui sauve l'aérien aujourd'hui, ce sont les nombreuses grèves du train.
Réponse de le 19/06/2019 à 17:39 :
Le mise en place des éoliennes très largement subventionnée aussi ne vous dérange pas en tant que contribuable. Le train ne va plus être subventionné à cause de la concurrence voulue par Bruxelles. De même est-il normal de subventionner les partis politiques, les syndicats, l'AME, la CMU, etc..?. D'autre part, qui a autorisé la construction d'aéroports non rentables, les ce même type de parlementaires que les actuels, comme tout ce qui se fait dans ce pays, uniquement pour satisfaire leur égo.
a écrit le 19/06/2019 à 11:05 :
M. le president de l'association de l'union des aéroports francais, ce publipostage est particulièrement malhonnête.
1- le projet de loi présenté concernait essentiellement le trafic radiaire, de simples amendements l'auraient rendus un peu moins difficile à vivre pour les cadres qui utilisent ces lignes quotidiennement, et le développement, à priori simple, rapide et peu couteux, des infrastructures pour les correspondances aurait permis d'attrapper son vol paris singapour sans grande difficultés
2- réduire l'empreinte écologique de l'aviation industrielle à une simple consommation de carburant est une omission mensongère grave pour un professionnel du secteur: bruit, infrastructures au sol, effet de serre extra CO2 qui en explose le cout en fonction des études.
3- c'est un peu hors sujet mais je ne peux m'empêcher de parler de votre projet d'agrocarburants: déjà qu'on ne voit plus que du maîs pousser partout en france pour nourrir nos vaches et nos cochons, alors la betterave et le colza industriel ne vont pas probablement pas améliorer la qualité de nos sols et de nos cours d'eau...
a écrit le 19/06/2019 à 11:03 :
Tout ce qui facilite le régionalisme handicape la nation et facilite la main mise de l'administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles!
a écrit le 19/06/2019 à 10:42 :
Il faudra appeler un chat un chat et combattre au même titre que le stalinisme jadis les idéologies de l’extrémisme écologique . C'est la capacité de la France a relevé les défis d' aujourd’hui qui se trouve mise à mal par cette idéologie mortifère.
a écrit le 19/06/2019 à 10:29 :
le contresens c'est de supprimer des lignes de train au profit de l'avion. Aucun des engagements du secteur de l'aviation en matière de réduction de CO2 n'a été tenu jusque la. L'urgence climatique nous impose de baisser de 10% par an notre consommation de CO2, pas de les augmenter comme c'est le cas dans l'aviation (la baisse de 1,7% est par passager.km, pas au global).
Réponse de le 19/06/2019 à 11:32 :
Poser la question en terme d'empreinte carbone c'est clore le débat tout de suite. Un voyage en TGV produit 60 fois moins de Co2 que son équivalent en avion.

On ne voit pas comment l'avion pourrait ne serait ce qu'approcher le bilan carbone du train.

Si le gouvernement voulait décarboner les transports, il fermerait les aéroports et doublerait le kilométrage des voies ferroviaires disponibles. A l'évidence c'est l'option inverse qui a été choisie avec la réforme du ferroviaire du début de quinquennat.
a écrit le 19/06/2019 à 10:26 :
sans compter la possibilité de développer des liaisons long courrier au départ de province, avec des pré-acheminement d'autres villes de province, mais sans passer par paris !!!
Ainsi, un Lyon-NewYork pourrait offrir un Bordeaux-Lyon-NewYork, et un Nantes-Martinique pourrait être proposer via toulouse !!!
même les parisiens seraient parfois intéressés de transiter par la province plutôt que de se taper une traversée de Paris pour aller un coup sur Orly, un coup sur CDG et cela réduirait même la pollution dans la région parisienne !) Accessoirement, un parisien proche d'Orly qui aura plus intérêt de faire un orly-Lyon-NewYork plutôt que de se taper les bouchons sur le périph, en même temps, remplira mieux les vols Paris-Lyon a des horaires où les avions sont plutôt plein dans l'autre sens ...!
a écrit le 19/06/2019 à 9:59 :
"au bénéfice supposé du transport ferroviaire."

:D

J'ai appris hier qu'ils supprimaient la liaison "Perigueux-Brive" par train...

Au secours.

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