Le coût du travail n'explique pas tout ! L'appel de 76 industriels pour une autre compétitivité

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A quelques jours de la remise du rapport Gallois et dans un contexte de crise qui nécessite un véritable « choc de compétitivité », des industriels du secteur se joignent à Jean-Camille Uring, président du SYMOP (Syndicat des machines et technologies de production) et posent un constat très clair : le coût du travail n'explique pas tout ! En dix ans la France a perdu 750 000 emplois industriels et 900 usines. Notre pays s'est vu rétrogradé au sixième rang des pays exportateurs. Des PME-PMI ferment leurs portes. Il y a urgence. La prise en compte de la compétitivité coût direct, coût du travail, ne peut être la seule réponse à apporter pour accroître notre compétitivité. Les entreprises françaises accusent un grave retard dans l'adaptation et la modernisation de leur appareil de production qui ne leur permet plus d'aborder la concurrence européenne et des pays émergents. C'est désormais une réalité connue pour les retards de la robotisation. Ainsi, l'innovation et la modernisation de notre appareil de production, l'adoption de nouvelles technologies de production représentent une réponse concrète et immédiate. Des industriels se mobilisent pour faire entendre une voix différente et complémentaire. Alors qu'une baisse radicale des charges sur les salaires semble remise en cause à court terme, les industriels spécialistes des machines et technologies de production veulent élargir le débat sur la compétitivité. Selon eux, il faut désormais parler des chocs de compétitivité, au pluriel.

Le débat sur la compétitivité a eu l'effet salutaire d'imposer la question de la baisse des charges pesant sur le travail. Cette idée juste a cependant monopolisé le débat au détriment de toute autre. Ecartant de fait l'exigence d'un choc de compétitivité sur l'outil et les process de production. Un choc notamment indispensable pour que la France dépasse à nouveau la  barre des 100 000 entreprises exportatrices. Un choc essentiel pour relever le défi de notre déficit commercial et conquérir 75 milliards d'euros de marché à l'international.

Machines-outils datant du plan Marshall

Parce que certains remettent en cause cette nécessité, nous voulons, tout d'abord, dévoiler des données objectives et ... accablantes. Souligner, ainsi, que l'âge moyen des machines-outils en service en France était de 17 ans en 1999, contre 10 en Italie et 9 en Allemagne. Et que depuis lors, la situation s'est aggravée avec la crise. Aujourd'hui encore, sans tomber dans la caricature, des machines financées par le plan Marshall fonctionnent toujours dans notre industrie nationale ! Rappeler qu'en 2009, notre pays a subi une baisse de 21% de son investissement productif et que depuis lors, ce retard n'a jamais été rattrapé ! Insister sur la faiblesse du taux d'investissement dans les moyens productifs qui est l'un des plus faibles des pays de l'OCDE avec 6,1% du Produit National Brut.

Le retard français dans l'investissement des machines, process et technologies de production n'est pas nouveau, ni totalement méconnu. Avéré dans la robotisation (la France a deux fois moins de cellules robotiques  que l'Italie et plus de quatre fois moins que l'Allemagne), il touche aussi la vision industrielle, l'automatisation, l'assemblage, le soudage, les activités de mesure et de contrôle de la production, l'utilisation des logiciels de conception et fabrication assistées par ordinateur (CFAO), mais aussi l'emploi des machines d'emballage et de conditionnement ou de travail du bois... Alors que la crise ne freine pas les investissements des pays émergents qui, ne se contentant pas de l'avantage compétitif procuré par leurs bas salaires, font le choix de se doter d'équipements et de technologies de production à la pointe, Chine en tête.

Changer la donne productive française

Pour pouvoir agir, l'Etat doit connaître la situation exacte de l'outil de production des PMI françaises. Il est indispensable d'identifier et de localiser régionalement les secteurs où notre industrie est distancée par  rapport à ses concurrents du fait d'un outil de production inadapté ou obsolète mais pour lesquels le potentiel est intact. De savoir exactement quelles technologies, quels process et quels équipements de production font défaut. Voilà pourquoi, nous demandons à l'Etat de réaliser au plus vite une étude objective et impartiale sur la situation de l'appareil productif des PMI-ETI françaises.

Soyons réalistes : pour défendre leurs positions nationales et chercher à conquérir de nouveaux marchés à l'international, nos entreprises devront s'appuyer sur un appareil productif ultra-performant, capable de répondre à toutes les demandes et exigences liées à des marchés volatiles en constante évolution et situé au meilleur niveau de l'art. En effet, les coûts d'approvisionnement de matière et de composants sont  désormais mondiaux, les marchés ne peuvent être conquis qu'à la condition de pouvoir compenser nos coûts de main d'oeuvre élevés par une mécanisation aussi poussée que possible qui de par sa flexibilité et sa fiabilité permet de progresser simultanément en qualité et performance.

Pour changer la donne, il faudra aussi inciter et lever bien des obstacles : la qualité et la fiabilité ne se décrètent pas mais s'organisent. Qu'il s'agisse de la vieille culture d'investissement de certains patrons français, habitués à utiliser leurs équipements bien après leur amortissement et parfois au-delà de l'obsolescence ; ou des besoins d'un accès plus aisé aux financements pour les entreprises ou bien encore de l'accès à l'expertise en termes d'information, de diagnostic et d'accompagnement pour l'adaptation et l'optimisation des procédés industriels.

Une nouvelle définition de l'Innovation pour une industrialisation compétitive

Nous considérons que cette incitation passera par une nouvelle définition de l'Innovation. Concentrée sur sa R&D, favorisée par un crédit d'impôt essentiel, la France a oublié que pour la très grande majorité de ses entreprises, l'innovation passe essentiellement par l'investissement dans l'outil de production. Or, quand les entreprises françaises investissent 32 milliards d'euros dans la R&D car elles y trouvent un avantage fiscal, elles mobilisent à peine 9 milliards d'euros dans l'innovation, très majoritairement dans l'achat d'équipement, de technologies et de machines de production, parce qu'aucune incitation n'existe. Or, innover dans une  PMI, c'est très concrètement faire progresser l'entreprise en la dotant, par exemple, d'un système d'automatisation qu'elle n'avait pas, d'un dispositif de contrôle des produits pour parvenir au zéro défaut, augmenter la productivité en installant une cellule robotisée pour accomplir des tâches extrêmement répétitives et souvent pénibles, se doter d'une machine d'emballage nouvelle qui permet de conditionner efficacement les produits...

Plusieurs voix, dont celle du Sénateur Berson, auteur d'un rapport sur l'évolution du Crédit Impôt Recherche, ont émis l'idée que la Banque Publique d'Investissement prenne à sa charge ce volet innovation. Selon nous, une incitation plus directe doit aussi être trouvée. La création d'un Crédit d'Impôt Innovation, limité à certaines catégories d'entreprises, peut être la bonne solution pour donner un véritable élan à la modernisation et à  l'innovation de notre appareil productif.

Quelle qu'elle soit, la mesure incitative adoptée pour faire entrer les PMI dans une politique de l'offre, par des process et des équipements de production au meilleur niveau, ne peut plus rester au stade de l'idée. Elle n'est plus seulement essentielle, elle est maintenant devenue vitale pour que nos entreprises fassent au moins jeu égal avec leurs concurrents européens et étrangers. Qu'elles cessent de se recroqueviller sur le  territoire national et partent à la conquête de nouveaux marchés à l'international. C'est à ce moment-là que l'on pourra parler de redressement productif.

 

Liste des entreprises signataires (membres du Symop - Syndicat des machines et technologies de production)

ABB France - Division Robotique ; ACTEMIUM ; APEX TOOL GROUP ; ASAHI DIAMOND INDUSTRIAL Europe ; ACTEMAA PACKAGING ; AXE-METROLOGIE ; BA SYSTÈMES ; BERTHIEZ ; BIESSE France ; BLASER SWISSLUBE ; BLUM-NOVOTEST ; Carl Zeiss ; CERI ; CGTECH ; CINETIC ; CODEM ; COMAU France ;
DE-STA-CO France ; DIXI POLYTOOL ; DMG MORI SEIKI France ; DUFIEUX INDUSTRIE ; EGA ; EMCI ;
ENGMAR ; ESCOFIER ; EU Precision Tooling ; FANUC FA France ; FIDIA France ; FISCHER INSTRUMENTATION ELECTRONIQUE ; FOREST LINE INDUSTRIE ; FOREZIENNE MFLS ; FRONIUS France ; GAUBERT S.A. ; GCE ; GF AGIE CHARMILLES ; GIPS Vision ; HAMPIAUX ; HOMMEL-ETAMIC France ; HUGUET INGÉNIERIE ; IFM ELECTRONIC ; INDEX France ; INSTITUT DE SOUDURE ; KEMPPI France ; KUKA Systems GmbH ; LASER CHEVAL ; MAGAFOR ; MAPE RGA ; MARPOSS ;
MEM (Mécanique et Engrenage Modernes) ; MESURE-SYSTEMS3D ; NEW MAT ; NIKON METROLOGY ;
NODIER EMAG INDUSTRIE ; NUM France ; OMNITECHNIQUE ; ORBATECH ; PCI (PROCESS CONCEPTION INGÉNIERIE) ; RENISHAW ; ROHM ; SCHENCK ; SCM GROUP France ; SEVMO ; SFH ; SLEEVER INTERNATIONAL ; SOUDOMETAL ; STAUBLI ; STEINER ; TECHNOMARK ; TECHPLUS ; THIMON ; THIMONNIER ; TOUTE LA SOUDURE (T.L.S.) ; TPL VISION ; VISIONIC ; WENZEL France ; YASKAWA FRANCE

 

 

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Commentaires
a écrit le 20/04/2013 à 9:20 :
c est vrais qu il faut modernise l outil de travail mais je sait que cela coute tres chere et pas toujour rentable j connais 2 exenples une usine pres de chez moi l avais fais mais malheureussement il n avais pas assez proteges leurs produits et c est un autre pays qui ont fais fortune avec leur produit; 2exenples des hopitaux ont pendant des annees changes leurs appareils medical pour quoi tout sinplement parcequ il devais depense largent annuel pour avoir une autre enveloppe des collectivites l annee dapres?
3augmentes le chomages avec largent de la collectivite se n est non plus rentable car ca feras encore augmente les charges sur le travail
a écrit le 02/11/2012 à 16:27 :
Un article très intéressant sur l'importance de l'innovation dans la compétitivité, aussi nécessaire que l'effort sur la R&D. Ce retard "culturel" sur le manque de renouvellement et de modernité des outils et machines est particulièrement vrai. L'inflexion du coût du travail ne se fera que marginalement par la baisse des charges salariales: le différentiel de coût du travail avec l'Allemagne est le fait du secteur des services et de l'agriculture et non pas de l'industrie, de l'énergie ou des transports.
a écrit le 02/11/2012 à 12:02 :
La semaine dernière j'étais dans une PME de peinture qui souhaite mécaniser un poste de travail très pénible : des sacs de 25kg à soulever toute la journée, plus de 3 tonnes manutentionnées par jour par l'opérateur, plus que Schwarzenegger !

Le dirigeant de cette PME veut investir, mais exprime deux problèmes qui le freinent :
1e la gestion du changement : les salariés ont peur que l'augmentation de la productivité leur fasse perdre leur emploi. Ce discours est largement amplifié par les syndicats.
2e : la montée en compétences : les nouveaux outils mécanisés nécessitent de nouvelles compétences (électronique, etc.) non présentes dans l'entreprise actuellement.

J'ajoute que l'expérience montre que l'automatisation seule n'apporte pas les gains de productivité, car ce n'est pas quand l'ingénieur appuie sur le bouton que la montée en cadence se fait.

Les entreprises qui réussissent leur automatisation, comme Toyota ou les PME allemandes, accompagnent les investissements techniques par des nouveaux modes d'organisation très concertés, qui permettent de reconnaître les craintes légitimes de tous les acteurs de terrain (opérateurs, managers, techniciens), et de construire avec eux les solutions efficaces et humaines.

Avez-vous des exemples d'investissement technologique réussis ? Quels en ont été les facteurs de succès ?

Merci à la Tribune et au Symop de proposer des points de vue plus concrets que politiques sur le débat important de la compétitivité.
Réponse de le 03/11/2012 à 7:07 :
@Lean manager : votre commentaire est fort pertinent.
a écrit le 01/11/2012 à 21:09 :
Il suffit de lire les commentaires pour comprendre qu'avec autant d'ignorance on n'est pas prÚs de s'en sortir! Seul espoir : ceux qui commentent ne sont pas un échantillon représentatif de notre pauvre pays.
Réponse de le 01/11/2012 à 22:35 :
Et dans les commentaires d'ignorants, il y a celui de Cloclo.

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