Bonnets rouges, le message fort des cahiers de doléance bretons

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Les bonnets rouges ont décidé la rédaction de cahiers de doléance, reflétant des revendications trans-partisanes, avant tout bretonnes. Le signe d'une méfiance retrouvée, entre la Bretagne et Paris. Par Jean-Christophe Gallien*, professeur à Paris 1 Sorbonne

On retrouve en Bretagne comme ailleurs, et plus encore, les expressions des signes devenus forts d'une crise de confiance à l'adresse des institutions, de la représentation, et des corps intermédiaires de notre système. Le message breton est clair: on veut davantage de maîtrise de notre destin. Si vous pouviez le faire, ce serait mieux. Vous n'en n'êtes plus capables, on va s'en charger. La spécificité bretonne, par rapport à d'autres populations, c'est une déclaration collective et transversale.

 

Homogénéité sociétale

 Face aux vents de la mondialisation et dans les creux de la crise, comme dans les provinces espagnoles ou dans d'autres pays avant elle, la plateforme des bonnets rouges bretons parvient à homogénéiser les différences des positions politiques, sociales, géographiques, générationnelles, confessionnelles, … Elle s'appuie sur des caractéristiques que nous ne détaillerons pas mais qui alimentent les spécificités bretonnes. Entre racines fondatrices, combats historiques, éloignement durable des centres de pouvoir et des institutions, industrialisation récente, identité et appartenance puissantes, … la Bretagne fabrique une homogénéité sociétale très peu partagée en France, même au cœur de l'Alsace et de ses bonnets noirs.

 Solidarité directe néo-tribale

 Quand la crise survient, quand les instruments de la solidarité institutionnelle craquent petit à petit, les individus et les communautés cherchent à compenser et inventent ou réinventent d'autres formes. On le voit partout dans le Monde et donc aussi en France. C'est le mélange moderne d'internet et des circuits courts, entre local et global, la solidarité directe, la proximité territoriale, une communauté de destin et un lien identitaire.

Nous voyons naître une solidarité de nature presque néo-tribale. Elle allie la dimension traditionnelle qui associe la permanence des comportements d'avant la création des institutions de solidarités du modèle social français et les très contemporaines solidarités des réseaux digitaux et du 2.0.

 

Localisation des décisions

 Il y a comme une affirmation collective puissante : nous Bretons, nous sommes mieux armés pour faire face aux difficultés nées de la crise et de la mondialisation. Mieux armés que qui ? Autres populations divisées et assistées, partis politiques impuissants, corps intermédiaires, syndicats, notamment ouvriers, contestés, institutions de la solidarité dépassées ?

Traduction concrète, la plateforme ne dit pas "j'ai la solution", mais elle exprime une demande, notamment la « localisation des décisions », ou la « localisation des emplois ». Dans la crise, c'est l'expression d'un espoir, pas une proposition alternative de système. Pour l'instant, n'affleurent pas à trop la surface des revendications politiques ou institutionnelles précises. On voit des drapeaux, mais on n'entend peu d'expressions autonomistes dans les rassemblements. Demain sera peut-être plus complexe.

 

Cahiers de doléance 

 Quel que soit le résultat très aléatoire des luttes engagées pour limiter la casse économique, (plus optimiste en ce qui concerne les objections fiscales, car Stéphane Le Foll annonce déjà que l'entrée en vigueur de l'écotaxe sera repoussée à janvier 2015), le mouvement va se poursuivre sous la forme des cahiers de doléances. Le terme est fort et choisi. Un programme du peuple breton ? L'annonce d'un face à face institutionnel avec les autorités ?

Étrange parallèle au moment où l'Écosse va discuter de son avenir autour de son Livre Blanc. 670 pages sur l'indépendance dévoilées le 26 novembre. Les Écossais vont avoir 10 mois pour se positionner avant le référendum du 18 septembre 2014 qui déterminera si l'Écosse se séparera de l'Angleterre, une union qui remonte à 1707, ou restera dans le Royaume-Uni.

Il n'y a pas de rupture entre la Bretagne et la France mais une méfiance retrouvée. La suite devra éviter la radicalisation politique pour s'écrire entre apaisement économique et invention institutionnelle. Sinon....

 

*Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne

Président de j c g a, membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

 

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Commentaires
a écrit le 13/12/2013 à 20:47 :
30 à 40000 personnes à Carhaix +10000 drapeaux Bretons et pas un seul Français, cela veut dire ce que ça veux dire !
a écrit le 30/11/2013 à 18:46 :
Bon prince... je t'offre un bonnet rouge, vert, noir ,violet comme tu veux ! ;o))))))))))
a écrit le 30/11/2013 à 18:44 :
Jean-Chri... c'est pour toi : "PARIS (Reuters) - La moitié des Français (49%) jugent probable que la France connaisse une explosion sociale dans les mois qui viennent et plus d'un quart (27%) estiment qu'elle est même certaine, selon un sondage Ifop pour Ouest France Dimanche publié samedi.

L'institut de sondage souligne que la proportion de personnes interrogées (76%) qui jugent certaine ou probable cette éventualité n'a jamais été aussi importante.

Elle se compare avec des taux de 64% en janvier 1998, en plein mouvement des chômeurs, de 66% en avril 2009 au plus fort de la crise et de 70% en avril dernier.

Par rapport à cette dernière enquête, ceux qui pensent qu'une explosion sociale est certaine ont gagné huit points.

Politiquement parlant, le risque d'explosion sociale est nettement plus ressenti non seulement aux deux extrémités du spectre politique - 84% de réponses positives à l'extrême gauche, 78% au Front de Gauche et 89% parmi les proches du Front national - mais aussi dans l'électorat de droite (85% à l'UMP) et même chez les centristes de l'UDI (89%).

L'électorat socialiste est un peu moins pessimiste concernant l'évolution de la situation sociale, 56% des sympathisants PS jugeant probable ou certaine une telle issue.

Le sondage a été effectué du 22 au 27 novembre auprès d'un échantillon représentatif de 2.874 personnes âgées de 18 ans et plus interviewés en ligne.

Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse"
a écrit le 30/11/2013 à 15:00 :
Les bretons ne sont pas aussi touché par la crise que les Nordistes voir 2 fois moins et ils viennent pleurer encore des subventions !!! mais de qui ils se moquent ...si des autres Français ! Car l'économie Bretonne a toujours été perfusée à coup de subventions décrochés par les politiciens Bretons... et les nationalistes peuvent toujours brandir leurs arguments mais sans la solidarité nationale La Bretagne serait encore plus sinistrée.
a écrit le 30/11/2013 à 12:53 :
Avant de se mettre des bonnets rouges sur la tête, les bretons pourraient s'occuper des algues vertes à leurs pieds. C'est vraiment dégueulasse, les algues vertes.
a écrit le 30/11/2013 à 0:59 :
Nous Bretons, nous sommes mieux armés pour faire face aux difficultés nées de la crise et de la mondialisation. Mieux armés que qui? Je donne un premier indice. Quels sont les symboles qui ont été brulés sur les routes? Je donne un second indice, le bonnet rouge fait référence à la révolte contre le papier timbré. Le message est pourtant clair! Halte à la surfiscalisation et halte aux tracasseries administratives. C'est tout et c'est suffisant.
a écrit le 29/11/2013 à 19:38 :
Peut être le début de la démocratie, de la liberté dans le soit disant pays des droits de l'homme.
a écrit le 29/11/2013 à 18:25 :
Les bonnets rouges devraient demander aussi l'abolition des algues vertes.
a écrit le 29/11/2013 à 11:40 :
Franchement le parallele entre les independantistes ecossais et les bonnets rouges, il fallait oser.
Réponse de le 29/11/2013 à 12:43 :
La révolution anglaise a été provoquée par la révolte des Écossais.
Réponse de le 29/11/2013 à 14:44 :
Pour prêt d'un breton sur cinq le parallèle entre la Bretagne et l’Écosse est une évidence et ce pourcentage pourrait croitre rapidement. Kenavo.
Réponse de le 29/11/2013 à 20:15 :
L'Ecosse n'a peut-être qu'un peu d'avance sur nous. La Bretagne n'a pas besoin de la France pour s'inventer un avenir, elle a toujours été riche, dès qu'elle peut décider de sa stratégie, elle y arrive très bien. Le poison, c'est le centralisme français. Et comme les Français sont incapables de réforme, on devra s'inventer un avenir sans eux.
Réponse de le 29/11/2013 à 20:25 :
Décider de son propre avenir s'apparente clairement à une demande d'autonomie. Les intérêts bretons (culturels et économiques) et français sont divergents. Une autonomie paraît plus que nécessaire mais bien peu probable, compte tenu des réticences jacobines à céder le moindre caillou...divizout hon dazont

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