La France joue un jeu dangereux en soutenant l'Argentine

La France est l'un des rares pays à soutenir le gouvernement argentin qui refuse d'honorer ses dettes. Cela pourrait lui nuire, à terme. par Pascal de Lima, économiste*
(Crédits : DR)

L'économie de l'Argentine va mal : sa monnaie a considérablement dévissé ces dernières semaines, les bourses et les investisseurs du monde entier la boudent. En France, hormis les férus de marchés financiers ou quelques irréductibles amoureux de la pampa, la nouvelle ne passionne pas. Mme Kirchner est loin, et un pacte de responsabilité qui irrite ou des municipales qui approchent ont suffisamment de quoi occuper l'Hexagone.

L'opinion française devrait s'intéresser aux soubresauts argentins

Pourtant, l'opinion française n'aurait pas tort de s'intéresser un peu plus aux soubresauts argentins. Pas par curiosité ni par solidarité, mais, de façon bien plus égoïste, parce que la France entretient loin des projecteurs et des caméras des relations avec le gouvernement de Mme Kirchner qui pourraient bien, un jour, lui coûter cher.

De quoi s'agit-il ? Rien de moins que du soutien de notre pays, difficilement justifiable aux yeux du droit, de l'éthique et des partenaires internationaux, à un Etat voyou. Outre une politique économique irresponsable et dispendieuse aujourd'hui mise à nue par une économie en déroute, l'exécutif argentin suit, depuis plusieurs années, un comportement de « rogue debtor ». En défaut de paiement d'une dette de près de 100 milliards de dollars depuis la crise de 2001, Buenos Aires a restructuré arbitrairement sa dette souveraine sans aucun contrôle extérieur après s'être débarrassé du FMI, en imposant à deux reprises à ses créanciers, en 2004 puis en 2010, des « haircut » sans négociation aucune, et sans commune mesure avec ses capacités objectives de remboursement.

Buenos Aires gagne du temps...et de l'argent

Condamné à plusieurs reprises par la justice américaine à honorer ses contrats obligataires et à rembourser à égalité tous ses créanciers, publics et privés, l'exécutif argentin refuse tout net, gagne du temps… et de l'argent : d'ici mi-février, il aura certainement déposé un nouveau recours devant la Cour Suprême des Etats-Unis pour échapper de nouveau à ses obligations. Buenos Aires et sa banque centrale ont d'ailleurs, au cas où la justice américaine ne fléchirait pas, organisé l'insolvabilité du pays en plaçant ses actifs en lieux sûr, notamment à la BRI de Bâle, mais aussi, surprenant mais vrai, de la Banque de France, où ils sont insaisissables.

La France est le seul pays à soutenir l'Argentine

Car la France est le seul pays à soutenir, encore et toujours, l'Argentine. Notre Banque de France, avec donc la BRI de Bâle est la seule banque centrale du monde occidental à accepter d'être en relations d'affaires avec l'Argentine. Elle héberge depuis plusieurs années des actifs en devise de la Banque centrale argentine (BCRA), et lui aurait même accordé une ligne de crédit de court terme de 3 milliards de dollars. L'amitié ne s'arrête pas là : lorsqu'en juillet dernier la Cour Suprême américaine a entériné la condamnation de l'Argentine, la France a été le seul pays à déposer auprès de la Cour un brief d'amicus curiae pour la soutenir. Alors que l'Argentine pourrait déposer d'ici mi-février un nouveau recours devant la Cour Suprême, la France aura-t-elle une fois de plus le panache de voler à son secours avec un second brief d'amicus ?

Une fidélité dangereuse

Cette fidélité pourrait sembler chevaleresque, si elle n'était pas dangereuse.

Dangereuse d'abord, parce qu'elle pourrait affaiblir encore davantage le club de Paris, déjà privé d'une bonne part de son influence par l'absence de pays émergents comme la Chine et L'Inde. Présidé par la France, le Club défend en effet une restructuration ordonnée et transparente des dettes souveraines, à l'absolu opposé de la restructuration argentine : le soutien de la France à de tels principes est une incohérence qui ne servira sûrement pas son image. Dangereuse ensuite, parce qu'elle expose la France à une perte d'influence internationale manifeste : le premier brief français a été souverainement ignoré par la Cour Suprême des Etats-Unis ; un second camouflet, annoncé en cas de nouvel amicus curiae, marquerait de nouveau à la face du monde le piètre poids de la parole française.

Dangereuse encore, parce que la France a une créance non réglée de 500 millions de dollars sur l'Argentine, et qu'à l'heure où les comptes publics sont au plus justes et les contribuables Français sous pression, cet argent qui dort serait sûrement le bienvenu.

Dangereuse enfin et surtout parce que les marchés financiers sont observateurs, et sensibles. Qu'un État endetté comme l'est la France puisse leur envoyer, en soutenant un pays qui les méprise, le signal qu'une restructuration unilatérale est acceptable, peut faire basculer la confiance.

La France pourrait le payer cher

Les conséquences pour la France seraient très dures : limitation des capacités de financement du pays sur le marché de la dette, durcissement des conditions d'emprunt et d'émission sur le marché obligataire, hausse des taux d'intérêt. Rappelons que le coût estimé de l'augmentation d'un point de taux d'intérêt est chiffré à une hausse annuelle du service de la dette de plusieurs milliards d'euros : le contribuable français a donc tout intérêt à s'interroger sur une amitié franco-argentine qui, à défaut de rapporter gros, pourrait lui coûter très cher.

 

*Pascal de Lima est  fondateur d'Economiccell, Enseignant à Sciences-po Paris

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Commentaires 33
à écrit le 03/03/2014 à 9:39
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Je suis pour l'abrogation de toutes les dettes, ce n'est pas un scandale, c'est une façon de remettre les choses à plat et de repartir sur des bases plus saines. Cela se faisait dans l'antiquité, pour éviter aux faillis de se vendre comme esclaves. C...

le 02/07/2014 à 13:21
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L argent est un jeu d'après vous. Alors pour vous si quelqu'un va au travailler c est pour jouer, pour gagner des point ? J ai un règle nouvelle pour vous, vous allez au travail et votre argent ne vaut plus rien une fois sorti de la banque.

à écrit le 18/02/2014 à 22:12
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Merci pour cet article. Bien que je ne pense pas que la France "pourrait payer cher" un défaut de paiement de 3 milliard (la ligne sera probablement tiré en totalité..s'ils en ont le temps ) .. je suis moi aussi sidéré par le choix de notre institut...

à écrit le 18/02/2014 à 17:56
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La dette argentine est une dette indue qui provient d'une nationalisation des pertes d'entreprises privees sous controle etranger a un moment ou la politique argentine etait une marionnette entre les mains des puissances etrangeres. Cet article est ...

à écrit le 18/02/2014 à 14:05
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Et si nous avons envie d'être un paradis fiscal pour les argentins?

à écrit le 18/02/2014 à 10:49
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Cet article est très orienté. J' avais dans des precedents article compris que le FMI lui même mettait en garde les US sur la remise en cause de la restructuration de la dette argentine.

à écrit le 18/02/2014 à 9:53
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Le FMI et l'administration américaine (via le State Department) sont eux aussi intervenus en qualité d'amicus curiae, en faveur de l'Argentine. Pas par sympathie démesurée, mais parce que ré-ouvrir les conditions d'une restructuration de dette bouclé...

le 18/02/2014 à 12:04
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Bien vu. On essaie de nous intoxiquer pour plomber l'appui des US et de la France à la défense argentine ?

le 18/02/2014 à 22:22
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le FMI n a pas les moyens de restructurer l Europe ... l argument était bien trouvé, mais irréaliste.. Il n'explique d'ailleurs en rien les raisons réelles qui motivent la France à prêter à l'Argentine

à écrit le 18/02/2014 à 1:25
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Restez dans la salles de classe que PROFESSEUR MELENCHON va vous faire comprendre tout!!!!! Even if you aren't very clever

le 18/02/2014 à 23:29
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De quelle intelligence parlez-vous ? D’abord le respect qu’en faites-vous ? Oui vous parlez anglais et alors ? Tous les jours des experts anglophones très instruits et très intelligents comme vous s'étalent dans les médias sur des sujets financier...

à écrit le 18/02/2014 à 0:18
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A quand une loi internationale anti coucou, y en à marre de ces banksters qui féodalisent les nations. Toute transaction financière doit être taxée au même niveau que le travail. Tout achat de monnaie non adossé à un règlement de matières ou d’obj...

à écrit le 17/02/2014 à 23:36
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Ah ! Les banskters.... Je pense que tous les pays "surrendettés" devraient se concerter pour effacer leurs dettes.. On appellerait ça "La grande Lumière"...

à écrit le 17/02/2014 à 23:27
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Encore un bon Cameroniste...

à écrit le 17/02/2014 à 23:23
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Monsieur De Lima, si vous vouliez préparer un putch contre l'exécutif argentin, il est sûr que vous ne y prendriez pas mieux ;-))

à écrit le 17/02/2014 à 23:14
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Je trouve que vous survolez bien vite la question du comportement des "fonds vautours" dans cette affaire ! D'autre part, ce n'est pas avec les 500 millions que nous doit l'Argentine qu'on changera la face de la France, soyons sérieux ! J'aimerais po...

à écrit le 17/02/2014 à 20:13
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C'est une bombe à retardement, donc pas grave pour nos politiques qui de toute manière ne seront plus là et toucheront leur retraite tranquillement :-)

à écrit le 17/02/2014 à 19:39
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La France est le seul pays a soutenir l'Argentine !Oui et la France a etait aussi le premier pays a couper la tete des rois et peut etre qui sait? bientot celle des banquiers

le 18/02/2014 à 16:35
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Les banquiers c'est les usa et l'europe, et la cia, et l'armée américaine , à ta place, je resterais tranquille. :)

à écrit le 17/02/2014 à 19:26
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Oui il faut soutenir l' Argentine ,mais il faut allez plus loin en jugeant les banquiers et les actionnaires par des tribunaux populaires

à écrit le 17/02/2014 à 18:58
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La France soutient l'Argentine tout simplement parce que la France va rapidement se trouver dans la même situation que l'Argentine. Les contribuables français (50 % de la population) n'ont pas fini de payer les erreurs de nos chers dirigeants.

le 18/02/2014 à 17:36
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les autres 50% dépensent tout dont payent 20% de TVA et 15 % de Csg c'est déjà pas mal non?

à écrit le 17/02/2014 à 18:38
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Article dicté par les créanciers. Ce n'est pas très beau M. De lima de soutenir ceux qui mettent les états à genoux sans se soucier des peuples. Vous pensez qu'il existe des états qui sont plus endettés que les USA, la GB ou la France? Les Banquiers ...

le 19/02/2014 à 8:44
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Ces banquiers si bien nommes rapaces qu'ils soutiennent les fonds speculatifs Vautour!!!

à écrit le 17/02/2014 à 18:36
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Les Islandais eux aussi ont eu le courage de le faire, malgré les menaces et intimidations de l'U.E, et ils ne le regrettent pas. Par contre très peu de publicité a été faite sur ce sujet, et pour cause !

le 17/02/2014 à 18:41
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les organisateurs du Racket ne l'ont pas souhaité...

à écrit le 17/02/2014 à 18:33
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Pourtant sur le fond je ne vois pas comment on pourrait nier à l'Argentine le droit de payer ou pas sa dette comme elle le souhaite. Un état est l'expression de la volonté de ses citoyens; partant de là il est impensable qu'il puisse être racheté ou...

à écrit le 17/02/2014 à 18:33
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L'Argentine est un précurseur : il faut être totalement inconscient pour croire que la France remboursera sa dette un jour ! Et ce jour là, analystes, traders, et consultants de tout poil crèveront "la gueule ouverte"... et personne ne les regrettera...

le 17/02/2014 à 23:30
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et ce serait délicieux !

à écrit le 17/02/2014 à 18:32
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A

à écrit le 17/02/2014 à 18:24
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l argetine a raison de resister au dicta du fmi et du dollard c est la seule facons de dire merde aux suceur de sueur que sont les banques et les usa ! beauoup de nations devraient ce sentir solidaire car ces dettes sont souvent des bulles speculativ...

à écrit le 17/02/2014 à 18:13
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L'Argentine a raison de résister à la dictature des marchés financiers . Si tous les pays en faisaient autant au lieu de se coucher et de faire payer les peuples qui ne sont plus souverains . Vite un audit de la dette française pour voir de quoi il r...

le 18/02/2014 à 7:33
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Les créditeurs de l'état argentin sont aussi les épargnants argentins, les fonctionnaires argentins...etc Et France même chose : l'état doit de l'´argent a ses fonctionnaires, aux épargnants (caisse des dépôts), aux retraites, aux assures sociaux, a...

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