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Hollande veut renoncer aux 3% de déficit en 2015, est-ce grave ?

Photo de Ivan Best

Ivan Best

Publié le 26 juin 2014 à 10:30 - Mis à jour le 26 juin 2014 à 13:21

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François Hollande admet déjà que les 3% de déficit ne seront probablement pas atteints comme prévu en 2015. Ce renoncement, qu'il va plaider auprès de ses partenaires européens, n'est pas synonyme de changement de politique

Le programme de stabilité à peine voté, il est déjà caduc, aux yeux des conseillers de François Hollande : les 3% de déficit en 2015 paraissent inatteignables, compte tenu d'une croissance encore plus faible que prévu.

C'est le côté des presque absurde des débats budgétaires en France, au parlement : les élus débattent de textes de programmation dont ils savent qu'ils sont déjà caducs, ou presque. Ainsi, le programme de stabilité (programmation des finances publiques sur trois ans), voté par l'Assemblée nationale et le Sénat début mai, est déjà dépassé. Ce sont les conseillers de François Hollande qui l'admettent, quand ils veulent bien reconnaître que l'objectif d'un déficit public ramené à 3% du PIB en 2015, figurant noir sur blanc dans ce programme, ne sera probablement pas atteint.
François Hollande a bien l'intention de négocier ce point avec ses partenaires européens, réunis dans le cadre d'un sommet européen ce jeudi et vendredi à Ypres et Bruxelles. Il s'appuie sur ses amis socio-démocrates européens, dont, au premier chef, l'italien Matteo Renzi. Angela Merkel n'est pas a priori favorable à une telle évolution, mais la demande de François Hollande s'inscrit parfaitement dans le cadre des traités actuels: c'est, pour la chancelière allemande, qui ne veut rien changer au règlement de l'Europe,  la ligne rouge, et le fait que Paris n'entende pas la franchir est un bon argument.

Pas de changement de politique

Cet abandon des 3% signifierait-il une réorientation de la politique économique ? Pas vraiment. François Hollande maintient le cap d'une politique de l'offre, fondée sur une baisse des charges sociales importante (41 milliards d'euros en 2017, soit près de deux points de PIB, selon le rapport général sur le budget rectificatif), de l'ordre de celle évoquée dès 2012 par les partisans d'une telle politique : Louis Gallois, à peine chargé de son rapport sur la croissance, en juillet 2012, évoquait 30 à 50 milliards d'euros de baisse des charges.

Une stratégie coûteuse

Cette politique est évidemment coûteuse pour les finances publiques. Les économies réalisées sur les dépenses de l'Etat et des autres administrations, les fameux 50 milliards sur trois ans, dont la Cour des comptes semble douter, ne peuvent à la fois financer cette politique d'allègement de charges et contribuer à réduire le déficit public, dans le contexte actuel de croissance très faible, voire proche de zéro. L'Insee vient de réviser à +0,7% sa prévision de hausse du PIB pour 2014, et les derniers indicateurs sur le climat des affaires, publiés après cette prévisions, témoignent d'une nouvelle dégradation de la conjoncture. Exit donc, les 3% en 2015. A moins que la commission européenne ne veuille pas entendre parler de ce nouveau report, sans doute à 2016 (les 3% de déficit avaient initialement été prévus par François Hollande pour... 2013). Mais, pour plaider son dossier Paris veut mettre en avant son engagement en faveur des réformes, ce que la commission de Bruxelles place bien sûr au premier plan.

La France ne tient pas ses engagements

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Une fois de plus, il sera possible de dire que la France ne tient pas ses engagements. Se placer ainsi sur le terrain de la morale, est-ce la bonne approche ? Cette vision très allemande, qui fait fi a priori des effets sur les économies des politiques de contraction budgétaire, a conduit aux désastres économiques grecs et espagnols. Le Fonds monétaire international, impliqué dans la définition des mesures imposées à la Grèce, a reconnu voilà plus d'un an déjà s'être trompé dans l'évaluation de l'impact des politiques de rigueur. Les fameux multiplicateurs keynésiens, qui mesurent cet effet, ont été beaucoup plus élevés que prévu, avaient admis les experts. Ceux de la commission européenne ont été contraints, aussi, par les faits, à l'admettre, pour partie seulement : ils estiment -contre toute évidence?- qu'en dehors des cas de crise financière, ces multiplicateurs restent faibles.

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Ivan Best

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