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Beaucoup de bruit pour rien au PS

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 31 août 2014 à 16:19 - Mis à jour le 31 août 2014 à 18:57

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Manuel Valls a clos -provisoirement ?- dimanche la crise politique à gauche en appelant les socialistes à l'unité. Mais ce serait un leurre d'attendre trop de cette séquence de clarification à l'intérieur de la majorité. Le socialisme moderne gouverne, mais il y a peu de réformes nouvelles annoncées. Tout se jouera au niveau de la politique de croissance en Europe.

Notre Premier ministre, Manuel Valls, a décidément beaucoup d'amour à transmettre en cette rentrée. Après son ode à l'entreprise mercredi en ouverture de l'université d'été du Medef, le Premier ministre a tenté de refermer la séquence de crise politique au sein de la majorité dimanche en clôture de l'université d'été du PS par une déclaration d'amour... à la gauche. Son "j'aime les socialistes" prononcé face aux élus et aux militants y a résonné comme un miroir inversé du "j'aime les entreprises" déclamé devant les patrons.

Soucieux de réaffirmer son autorité, celui qui a provoqué un remaniement ministériel d'ampleur en obtenant le départ d'Arnaud Montebourg et des ministres ouvertement en opposition avec la ligne gouvernementale a rappelé à la gauche que si elle avait "la chance de gouverner", elle le devait à l'élection de François Hollande. Sous-entendant que leur sort est lié. Et que s'il "aime" aussi le débat, celui-ci ne saurait avoir lieu à l'intérieur du gouvernement.

Fermez le ban

Face à une base plutôt légitimiste, et alors que 7 sympathisants PS sur 10 soutiennent sa ligne de réformes, selon un récent sondage, le Premier ministre a donc appelé la famille socialiste à l'unité derrière le président de la République et à se hisser à la hauteur des "responsabilités" qui lui incombe dans une crise d'une gravité sans précédent.

"La meilleure façon de ne pas renoncer à l'idéal, c'est de ne jamais renoncer au réel", a donc prévenu celui qui veut incarner la ligne moderne au sein du PS, héritière de Michel Rocard et de Jacques Delors. "Il nous reste encore beaucoup de blocages à lever et de réformes à faire" pour "libérer les forces productives a-t-il donc réaffirmé, appelant la gauche à ne pas regarder en arrière et à ne pas se tromper d'adversaire.

Mais, derrière ce recadrage de rentrée, qui aura au moins eu le mérite de dégager un terrain politique miné depuis la défaite du PS aux élections municipales et européennes du printemps, il n'y a pas grand-chose de neuf à attendre par rapport à ce qui était déjà connu. L'audace a ses limites, même quand on s'appelle Manuel Valls, et le nouveau ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, n'a pas tardé à s'en apercevoir !

La ligne pro-entreprise, celle du pacte de responsabilité, a été définie par François Hollande au début de l'année et n'est que l'amplification de celle initiée avec le CICE et le rapport Gallois. Dès l'automne 2012, faut-il le rappeler. Bien qu'elle n'ait pas, pas encore, produit les résultats escomptés sur l'emploi, elle n'était d'ailleurs pas contestée par Arnaud Montebourg, sinon sur les modalités (l'ancien ministre plaidait pour un soutien plus puissant aux entreprises exportatrices). Ayant démenti tout projet de TVA sociale, le gouvernement ne semble pas avoir l'intention d'aller au-delà des 40 milliards déjà promis aux entreprises. De même, Manuel Valls a coupé court à tout projet de réforme de la durée légale du travail, évoquée dans l'entretien accordé au Point par Emmanuel Macron avant de devenir ministre de l'Économie. Quant aux 50 milliards d'euros d'économies dont on saura enfin un peu plus lors de la présentation fin septembre du budget de l'État et de la Sécu, ils sont certes confirmés, mais non argumentés et sont notoirement insuffisants pour redresser les comptes publics. Manuel Valls lui-même devant les militants socialistes a d'ailleurs souligné que la France ne menait pas une politique d'austérité et n'en avait d'ailleurs aucune intention. Bien au contraire, si des "choix" sont faits, ceux correspondant aux promesses de campagne de François Hollande seront mis en œuvre. Quand aux baisses d'impôts, ciblées sur les plus modestes, elles resteront ...modestes !

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Restaurer la crédibilité

Beaucoup de bruit pour rien, serait-on donc tenter de penser, à l'issue de cette séquence de fronde interne au PS, sinon une énième et certainement pas ultime tentative de clarification entre les anciens et les modernes, entre le socialisme de la demande et le socialisme de l'offre. Il y aura bien quelques réformes supplémentaires, comme la remise en cause, partielle, de la loi Duflot sur le logement, annoncée vendredi, pour tenter de relancer un secteur sinistré par ladite loi. Ou bien la loi d'habilitation à réformer par ordonnances la concurrence et les professions réglementées, lancée en juillet par Arnaud Montebourg. Mais qui croit que l'on redistribuera beaucoup de pouvoir d'achat par quelques aménagements des monopoles des notaires et des pharmaciens, surtout quand on voit comment a été mal réglée la question des taxis face aux VTC!

On vient donc surtout d'assister à une vaste opération de communication, assez réussie il faut le reconnaitre, et dont l'objectif principal finalement est de tenter de restaurer la crédibilité du gouvernement français incapable de réduire autant qu'il l'a annoncé à Bruxelles les déficits faute de croissance.

Car, et c'est tout le paradoxe de la situation, François Hollande et Manuel Valls tiennent peu ou prou le même discours qu'Arnaud Montebourg  : la France n'a pas d'autres choix que de revendiquer les "souplesses" du pacte budgétaire européen en invoquant des "circonstances exceptionnelles" pour adapter le rythme de la consolidation budgétaire à la réalité de la conjoncture. Les mots et le ton sont certes différents, notamment dans l'expression à l'égard de l'Allemagne d'Angela Merkel, mais sur le fond, le propos est le même.

Dans les jours qui viennent, on va donc voir le président de la République et le Premier ministre, en s'appuyant sur l'allié italien Matteo Renzi, sur les récentes déclarations du président italien aussi d'ailleurs de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, poursuivre leur inlassable combat pour obtenir une réorientation de la politique européenne, avec en ligne de mire le sommet sur la croissance le 6 octobre prochain.

À lire également

  • Austérité, 35 heures, frondeurs, Allemagne, ce que dit Valls aux socialistes
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  • Montebourg défend son bilan à la Rochelle
  • François Hollande en ministre du redressement politique !
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Tout le reste n'est que mise en scène et littérature. Manuel Valls l'a d'ailleurs laissé entendre ce dimanche à La Rochelle : "les choses bougent" en Europe, car "la réalité rattrape les responsables politiques"... au tournant  !

Philippe Mabille

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