Climat : cessons de noircir le tableau !

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Bjorn Lomborg
Bjorn Lomborg (Crédits : DR)
Alarmer les opinions publiques sur le climat a été contreproductif. De même que subventionner massivement l'énergie solaire et éolienne, à l'impact marginal. Mieux vaudrait investir dans la recherche et développement et soutenir la croissance dans les pays pauvres, où se trouvent les victimes des catastrophes naturelles. par Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint à la Copenhagen Business School.

Il est indéniable que les émissions de gaz à effets de serre (GES) augmentent - et plus rapidement que ne le prévoyaient la plupart des scientifiques. Cela étant, les climato-pessimistes ont tendance à noircir le tableau du changement climatique au-delà de la réalité. Cela revient à ignorer que la plupart des données actuelles sont encourageantes.

Il est important de souligner de tels faits: une approche unilatérale axée sur les cas les plus extrêmes ne constitue pas une bonne  base pour des politiques saines. Si effectivement, on observe en Arctique une fonte des glaces plus rapide que dans les scénarios établis, celles de l'Antarctique augmentent actuellement. Alors même qu'on annonçait une baisse dans cette région. Et certes, le niveau des océans augmente, mais sans que cette hausse s'accélère — au contraire, deux publications récentes ont montré une légère diminution de la montée du niveau de la mer.

Certaines déclarations laissent souvent entendre que nous sommes face à une recrudescence de la sécheresse dans le monde. Et pourtant, une étude publiée en mars dernier dans le journal Nature a montré que les superficies affectées par la sécheresse sur la planète ont diminué depuis 1982.

Les ouragans causent moins de dégâts

De même, les ouragans sont souvent cités en exemple pour montrer une dégradation du climat. Dans le cas des États-Unis - qui possèdent les statistiques les plus précises en la matière, les coûts des dégâts causés par les fortes tempêtes ont augmenté, mais uniquement dans les endroits peuplés ayant des propriétés coûteuses, situées dans les zones de littoral. Si l'on se réfère aux impacts sur la population et la richesse du pays, les dégâts causés par les ouragans entre 1900 et 2013 ont légèrement diminué.

Lors de la conférence de l'Onu sur le climat qui s'est déroulée à Lima (Pérou) en décembre dernier, les pays participants ont été exhortés à réduire leurs émissions de carbone afin d'éviter de futurs scénarios comme le typhon Hagupit - qui, pour rappel, a touché les Philippines durant cette conférence, causant 21 morts et l'évacuation de plus d'un million de personnes. Cela étant, selon une étude publiée en 2012 par l'American Meteorological Society's Journal of Climate, la prévalence des typhons impactant les îles dans la région des Philippines a diminué depuis 1950. Encore une fois, on nous dépeint une image catastrophique de la réalité, mais sans faits précis pour l'étayer.

Aider les populations vulnérables par des politiques de lutte contre la pauvreté

Ceci est important car si nous voulons aider les populations les plus vulnérables aux catastrophes naturelles, nous devons admettre que cela n'est possible qu'à travers la réduction de la pauvreté, bien plus que par la réduction des gaz à effets de serre.

Une évidence confirmée par le recoupement dans le temps des données sur les décès liés aux catastrophes naturelles. Selon les données de l'Université d'Oxford, les taux de décès dus aux inondations, aux températures extrêmes, aux sécheresses et aux ouragans ont donné une moyenne supérieure à 13 décès sur 100.000 personnes au début de ce siècle. Depuis, ces taux ont baissé de 97%, ce qui a réduit significativement cette moyenne à 0.38 décès sur 100.000 personnes vers 2010.

Mieux résister aux catastrophes naturelles

Cette réduction considérable est liée en grande partie au développement économique qui a permis aux pays de mieux résister aux catastrophes naturelles. Dans les États riches comme la Floride, un violent ouragan peut provoquer beaucoup de dégâts sur les constructions coûteuses, mais il causera moins de décès et n'affectera le rendement économique que temporairement. Le bilan serait bien plus lourd pour des pays plus pauvres comme les Philippines ou le Guatemala, tant au niveau des décès que sur l'économie du pays qui en sortira dévastée.

Pour résumer, le changement climatique n'est pas aussi catastrophique que nous le pensons. Certains indicateurs sont négatifs, mais d'autres sont positifs. Il ne s'agit pas ici de nier ni la réalité ni le problème du réchauffement climatique, mais plutôt de reconsidérer une description erronée de la réalité du climat dans le monde. Les surenchères alarmistes représentent avant tout un obstacle aux politiques conduisant à des solutions pertinentes.

Alarmer l'opinion: un stratégie qui montre ses limites

Un environnementaliste inquiet pourrait argumenter sur la nécessité d'intensifier la médiatisation en appuyant sur les mauvaises nouvelles dans le but de mieux sensibiliser le public sur l'importance du changement climatique. Cette stratégie n'a-t-elle pas été appliquée durant ces 20 dernières années ? Le public a été bombardé de titres dramatiques et de photos apocalyptiques du changement climatique et de ses conséquences. Malgré cela et après une succession sans fin de sommets sur le climat, les émissions de carbone continuent à augmenter, notamment dans les pays émergents qui connaissent une croissance économique rapide comme l'Inde, la Chine et plusieurs pays d'Afrique.

Subventionner le solaire et l'éolien: une politique coûteuse, un impact négligeable sur le climat

L'alarmisme nous a poussé à poursuivre une politique climatique unilatérale, qui se résume à réduire les émissions de carbone en subventionnant les énergies éolienne et solaire. Malgré ces mesures, selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), ces deux sources d'énergie n'alimentent aujourd'hui que 0.4% de la consommation mondiale. Toujours selon l'AIE, même avec les hypothèses les plus optimistes sur leur déploiement futur, l'éolien et le solaire ne fourniront que 2,2% des besoins mondiaux en 2040.

En d'autres termes, pour les deux prochaines décennies, le subventionnement du solaire et de l'éolien se rapporte juste à une politique onéreuse pour se donner une bonne conscience, qui n'aura finalement qu'un impact imperceptible sur le climat.

Se concentrer sur la R&D

En lieu et place, nous devons concentrer nos efforts sur la recherche et le développement sur l'énergie verte, incluant de nouvelles technologies de batteries qui permettront de mieux stocker et de mieux décharger les énergies solaire et éolienne afin de réduire leurs coûts. Il est également important de promouvoir et d'investir dans la croissance économique des pays pauvres qui souffrent le plus des impacts des catastrophes naturelles.

En dépit des allégations pessimistes sur le changement climatique, nous devons impérativement soupeser nos arguments afin de faire des choix judicieux et d'adopter les bonnes politiques qui permettront à l'humanité de ralentir ce phénomène, et inévitablement de s'y adapter.

(Traduit par Ninah Rahobisoa)

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Commentaires
a écrit le 12/02/2015 à 12:05 :
"Bjorn Lomborg, directeur du Copenhagen Consensus Center et professeur adjoint à la Copenhagen Business School". Tout est dit. Ce monsieur ne veut surtout pas que la croissance s'arrête et que l'on remette en question son modèle et tout ce qu'il a apparis à l'école. De plus, ce cher monsieur se garde bien d’évoquer les maladies liées aux pollutions de toutes sortes (dont atmosphériques) et qui sont bien plus létales que les catastrophes naturelles. Bref un "optimiste business prof". grand bien lui fasse.
a écrit le 12/02/2015 à 10:22 :
La source principale des problème n'est jamais citée. A croire qu'elle est taboue. C'est l'augmentation effrénée de la population mondiale qui est la cause à la fois de l'augmentation de la production de gaz à effet de serre, mais aussi de la pollution par toutes sorte de déchets non recyclés. Tant que cette vérité ne sera pas mentionnée répétée, et prise en compte, aucune solution n'existera. La croissance de la population ne peut pas être sans limite et ignorée.
Réponse de le 12/02/2015 à 10:34 :
Tout a fait d'accord. Et on a le même problème pour la pollution urbaine. Pourquoi Paris a-t-elle des soucis ? Parce que c'est une des villes les plus denses du monde.
Réponse de le 12/02/2015 à 11:45 :
Chut, nos élites ont besoin d'une masse de consommateurs/larbins/esclaves sous éduqués. On éduque nos enfants avec de la pub, l'argent comme valeur essentielle et la jouissance immédiate comme objectif. Et tous ceux qui dénoncent le système sont considérés comme dangereux, des fous ou ignorés.
a écrit le 12/02/2015 à 9:55 :
Bien sûr, personne ne peut contester le réchauffement climatique, tant il est évident que l'on ne brûle pas impunément l'ensemble des ressources fossiles de la planête en cinquante ans sans impact. mais force est aussi de constater l'inefficience des politiques publiques, devant des réalités de marché. Que reste-t-il des efforts faits sur deniers publics devant la berezina des cours du pétrôle? Si cette baisse lamine les efforts d'extraction de pétrole et de gaz de schistes, elle lamine aussi les énergies renouvelables, déjà avant crise beaucoup trop chères. Alors, il reste à réinventer d'autres types d'efforts, et il est un peu trop facile de décrêter que l'on va faire de la recherche: sur quoi, avec quel résultat espéré? il ne suffit pas, malheureusement, de décrêter des efforts de recherche et de financer: ce serait bien trop simple.. et svp, ne mélangeons pas les problématiques de l'énergie, et le soutien au développemen nullement en opposition: c'est déjà bien assez compliqué comme cela!
a écrit le 12/02/2015 à 9:24 :
il existe un biais évident, c'est qu'on travaille beaucoup sur les conséquences néfastes d'un éventuel réchauffement mais très peu sur les effets bénéfiques de celui-ci: pas de raison qu'il n'en existe pas( d'ailleurs le développement humain a toujours bénéficié des périodes chaudes à l'inverse des périodes froides voire glaciaires).
par ailleurs il est important de ne pas négliger les causes non humaines du réchauffement.
a écrit le 12/02/2015 à 8:56 :
beaucoup d'affirmations dans ce papier, pas beaucoup de sources citées pour vérifier ces affirmations...ça ressemble fort à du flan.
Réponse de le 12/02/2015 à 11:58 :
@feldhuner cela ce défend mais n'en est-il pas de même pour les experts du GIEC qui annoncent toujours des catastrophes mais on reste souvent sur des hypothèses ou des supputations difficiles à vérifier. il est par contre exact de dire que la culpabilisation des citoyens est contreproductive oui il faut éduquer mais il ne faut pas sanctionner de façon technocratique comme le prônent certains écolos, dire que l'impact de l'éolien et du solaire est contestable est un fait. . Autre point à méditer j'ai lu une fois : l'écologie est la forme suprême du conservatisme: l'homme à la vanité de croire qu'il peut contrôler la nature. Cela ne veut pas dire qu'il faut faire n'importe quoi . mais qui connaît réellement les conséquences du réchauffement climatique. et il y a déjà eu par le passé des phase de réchauffement et de glaciation et la planète est toujours là! De grâce arrêtons déjà cette campagne culpabilisante du geste pour sauver la planète. Un geste de citoyen éduqué oui mais n'accablons pas le citoyen de tous les maux. les choix économiques de la société comme cette croissance sans fin sont beaucoup plus dommageables.
a écrit le 12/02/2015 à 8:35 :
Tout ça est résumé dans la note n°6 du conseil d'analyse économique, page 12. C'est facile à trouver sur internet.
a écrit le 12/02/2015 à 8:29 :
Pour mieux comprendre le role de cette taxe sur l'énergie il faut relire Jean-Marc Jancovici (changer le monde) et Benjamin Dessus (déchiffrer l'énergie). Bonne lecture.
a écrit le 12/02/2015 à 8:20 :
Une seule solution, toucher au porte monnaie en créant une taxe sur l'énergie pour financer les charges sociales. Tout le monde serait concerné. Ce sera l'objectif de la prochaine COP21 en fixant une obligation de moyen à la place de l'obligation de résultat.
a écrit le 12/02/2015 à 8:17 :
Le problème c'est que les scientifiques ont préféré le millitantisme écolo à l'objectivité.

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