Agriculture de précision : l'innovation technologique au service de nos sols

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Un agriculteur (Chateaubriant, France) utilise un système GPS pour améliorer le traitement de ses champs de blé.
Un agriculteur (Chateaubriant, France) utilise un système GPS pour améliorer le traitement de ses champs de blé. (Crédits : Reuters)
OPINION. Le secteur agricole est en perpétuelle évolution. L'intégration des nouvelles technologies dans les exploitations a ouvert la voie à une productivité accrue et à une diminution des pesticides. N'en déplaise aux partisans du retour aux méthodes ancestrales, les GPS de dernière génération pourraient contribuer à répondre à quelques enjeux majeurs auxquels notre modèle agricole est confronté. Par Guy Wacksman, ingénieur agronome, et président de l’EFITA (European Federation for Information Technology in Agriculture).

L'adoption de technologies d'analyse et d'aide à la décision par les agriculteurs permet de déterminer avec précision les besoins en eau, en engrais et en produits phytosanitaires des cultures. Il devient ainsi possible d'optimiser l'utilisation des intrants chimiques et des équipements. À la clé : une économie de produits et de carburant ainsi qu'une réduction des émissions de C02.

Dans le contexte explosif que nous traversons, l'agriculture de précision apporte donc des réponses concrètes aux consommateurs, qui appellent de leurs vœux des pratiques plus respectueuses de l'environnement, et aux agriculteurs en proie à des difficultés financières, et en quête d'un meilleur rendement.

Les Pays-Bas viennent dans cette optique d'adopter une nouvelle stratégie fondée sur la sélection de plantes et l'agriculture de précision, sans abandon total des pesticides.

Le RTK ou l'agriculture au centimètre

Le RTK (pour Real-Time Kinematic) est le symbole de cette agriculture calibrée au centimètre. Cette technique d'autoguidage par satellite offre une précision au sol inégalée. Son fonctionnement repose sur le principe d'une base GPS fixe qui va corriger le signal envoyé au tracteur et améliorer sa précision, parfois au centimètre près. Les manques et les recouvrements de traitement ou de fertilisation peuvent ainsi être limités grâce à l'optimisation du passage du tracteur guidé.

Seule ombre au tableau, la technologie RTK est encore coûteuse et reste soumise à des aléas de terrain : un dévers, même de quelques pour-cent, peut entraîner une certaine imprécision du système de géo-positionnement.

Face à cette contrainte de coûts, la pleine opérabilité de Galileo, prévue en 2021, pourrait considérablement rebattre les cartes et concrétiser une véritable transition agricole. Le GPS européen, qui offre une précision de localisation sans pareil, est en effet accessible gratuitement. Seul le système permettant de calculer les décalages entre le tracteur et l'outil resterait donc à charge de l'agriculteur. Dans cette perspective, il y a fort à parier que le RTK sera progressivement abandonné.

Traitement phytosanitaire ciblé

Outre les capacités de géolocalisation, l'agriculture de précision se distingue aussi dans ces capacités de désherbage mécanique. Certains constructeurs proposent par exemple des bineuses équipées de caméras capables de désherber entre les plants grâce à une détection individuelle des plantes cultivées: c'est le cas du système Dyna Trac de l'entreprise Laforge, récompensé d'une médaille d'or au dernier SIMA, salon du machisme).

D'autres, telles les deux startups françaises (Carbon Bee AgTech et Bilberry), fascinent par leurs solutions de traitement phytosanitaire ciblé des mauvaises herbes ou des maladies des plantes cultivées, lorsque le développement des cultures le permet encore. À cet égard, la vidéo du site de la société Bilberry semble montrer que le débat sur l'utilisation des produits phytosanitaires faisait fausse route : plutôt que d'interdire des produits utiles et sans risque, les pouvoirs publics feraient mieux de se concentrer sur l'utilisation mieux ciblée et a minima de ces produits.

Un trésor très convoité

Revers de la médaille, ces bijoux de technologie suscitent les convoitises. Près de 675 vols ont été dénombrés en 2018, contre 191 en 2017 : une explosion record. Les grands terroirs historiques des grandes cultures sont les plus concernés : Hauts-de-France, Grand Est et Centre-Val de Loire. Le phénomène est également observé en Belgique et en Allemagne, dans les régions de grandes cultures (céréales, betteraves, colza, maïs, etc.) où l'agriculture de précision a fait ses premiers pas. En mars 2019, un homme a même été condamné à 3 ans fermes pour vol de GPS.

Face à l'envolée des larcins, les fabricants s'organisent. Le constructeur John Deere, dont les équipements sont particulièrement visés, propose désormais un système de verrouillage à code Pin qui rend impossible toute utilisation en cas de vol. Mais il s'agit tout de même d'une difficulté supplémentaire pour les agriculteurs, qui investissent déjà beaucoup.

À ce titre, plutôt que d'invoquer un retour à un passé mythifié, notre ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, ferait sans doute mieux de promouvoir des techniques qui ouvrent de réelles possibilités techniques et économiques aux professionnels. L'avenir de notre agriculture en dépend.

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Commentaires
a écrit le 24/05/2019 à 9:00 :
On peut comparer le secteur agricole et le secteur médicale, si si, puisque les deux sont directement liés à la vie et que constate on donc dans cette comparaison qui semble un peu bancale ?

Que l'on a une industrie chimique qui ne trouve plus rien, qui détruit tout même si on prend les morts par effets secondaires des médicaments et les cancers générés par les produits phytosanitaires mais que heureusement en médecine la technique avance à grand pas elle faisant tout le boulot du progrès au final.

Dans ces deux secteurs on peut constater une inefficacité croissante du secteur chimique et une efficacité croissante du secteur technologique. Donc oui à fond pour la robotisation et la technologie dans ces deux domaines mais par contre quand est-ce que l'on arrête l'aberration chimique svp ?
a écrit le 23/05/2019 à 16:35 :
On ne pouvait pas passer a coté! Non?: "Faire une gestion compliqué de chose simple!"
Vous pensez que la nature a attendue les satellites pour faire de la biomasse?
Non! Votre pensée dogmatique veut d'abord simplifier ce qui est complexe a comprendre pour ensuite complexifier sa gestion! Tout faux!

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