Amazonie, à quoi doivent servir les dons ?

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(Crédits : DR)
OPINION. Le feu qui consume l'Amazonie nous prend aux tripes et nous indigne. Mais nous pouvons agir à la racine même du problème. Et pas seulement en envoyant des canadairs ou en replantant des millions d'arbres. Les solutions se trouvent sur le terrain et au plus près des populations locales. Par Fabienne Morgaut, directrice générale de la Fondation Maisons du Monde et initiatrice de « Aux Arbres ! ».

L'émotion est mondiale : l'Amazonie brûle depuis plusieurs semaines et cette catastrophe nous donne un profond sentiment d'impuissance que nous nous devons de combattre. Car les feux de forêts ne sont ni un phénomène exceptionnel ni déconnecté de nous. Tous les ans, à la saison sèche, ce sont des milliers de feux qui sont déclenchés par la main de l'Homme dans de nombreuses forêts tropicales du monde. En cause : la technique ancestrale de l'abattis-brûlis, utilisée pour convertir légalement - et surtout illégalement - des terres en exploitations agricoles à vocation commerciale, soja et élevage de bovins en tête pour le cas de l'Amazonie. Cette année, sa pratique quasi industrielle, encouragée par la posture du gouvernement au pouvoir au Brésil, permet de porter un coup de projecteur sur l'Amazonie, forêt porte-étendard des problématiques liées à la disparition des forêts du monde.

Mais au-delà de cette vive émotion, ne devrions-nous pas plutôt rêver un avenir désirable pour les forêts ? Ne devrions-nous pas plutôt mobiliser nos énergies pour préserver les forêts en vie ? Culpabiliser et désespérer font le nid de l'apathie... Agissons ! Car nous le pouvons : des solutions concrètes existent, comme le déploiement de programmes locaux, la sensibilisation aux enjeux et la cohérence dans nos politiques et nos choix, à l'échelle individuelle et collective. Ces solutions ne peuvent se limiter à l'unique plantation de nouveaux arbres, méfions-nous des solutions faciles et toutes faites. Qui dit plantation, dit personnes pour s'en occuper, accès à l'eau, suivi du taux de mortalité, protection des plants du bétail, ou encore s'assurer que ces forêts restaurées ne soient pas détruites à nouveau par conversion illégale des terres en exploitations agricoles... Les projets à soutenir doivent tout à la fois permettre la préservation de l'existant et la régénération des écosystèmes. C'est en jouant sur les leviers de la déforestation que l'on empêchera d'autres incendies d'être déclenchés : prévenir avant de guérir et ne pas se concentrer sur la guérison d'un seul symptôme !

Et pour cela, il faut avant tout renforcer les actions sur le terrain déployées par les populations locales, en continuant de les financer, de manière sécurisée, sur le long terme. Car ce sont elles les premières touchées par les conséquences de la déforestation - les peuples indigènes en tête - fragilisées par la destruction de leur habitat et de leur culture. En formant les populations locales à des techniques comme l'agroforesterie ou encore à l'émergence de filières vertes comme autant d'alternatives à la déforestation, les associations contribuent à leur donner les clefs pour qu'elles puissent - et aient tout intérêt - à préserver leurs forêts par elles-mêmes. Envol Vert, Ishpingo, Forestever, Cœur de Forêt, Amazon Watch ... nombreuses sont les ONG faisant un travail remarquable sur le terrain. Ce travail pourrait être davantage appuyé par les citoyens, mais surtout par les acteurs de la philanthropie : ces derniers peuvent mutualiser leurs moyens pour maximiser l'impact des fonds sur le terrain et soutenir de façon plus efficace ces initiatives. Mutualiser, signifie, mettre en commun, partager, s'unir... Bref, « faire ensemble », quand, aujourd'hui, chacun saupoudre quelques milliers d'euros sur plusieurs ONG sans que cela ait un impact significatif.

Et parce qu'il nous faut comprendre avant d'agir, nous devons décupler les actions de sensibilisation, ici et là-bas. En même temps qu'une sensibilisation des populations locales, qui passe forcément par la recherche de leur intérêt à long terme, nous ne pourrons pas éviter la remise en question de nos modes de vie, et pour cela, il nous faut comprendre en quoi les deux sont liés. C'est ici que le concept d'« Empreinte forêt », développé par l'association Envol Vert, prend tout son sens : il s'agit de mesurer l'impact de notre consommation sur la déforestation. Une meilleure compréhension des enjeux par les consommateurs et donc une attention particulière aux origines et labels, à l'effet « rebond » de nos actions sur les terres agricoles même éloignées, est essentielle. Bénabar chanterait que c'est l'effet papillon... Car - le saviez-vous ? - chaque français est responsable en moyenne de 350 m2 de déforestation annuelle.

Les entreprises doivent aussi prendre leurs engagements sur la transparence de leur chaine d'approvisionnement et la sélection de leurs matières premières : comprendre les attentes citoyennes et proposer des produits en phase avec elles, informer le consommateur en boutique, notamment. Une stratégie qui ne fera que renforcer le lien qu'elles auront su créer entre leur marque et leurs clients.

Il nous faut ainsi nous résoudre à une cohérence au niveau macro et individuel. Aucune solution « technique » ne sera viable sans ce prérequis. Investir dans un équilibre pérenne et fructueux entre les forêts et leurs habitants est possible. Mais ne nous trompons ni de cible ni de moyens, pour que nous, et les générations futures, puissions continuer de nous émerveiller devant la beauté des forêts du monde.

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Commentaires
a écrit le 09/09/2019 à 19:45 :
Les dons ne peuvent servir qu'a dépouiller les bonnes volontés au profit des organisateurs!
Pourquoi travailler si loin alors que rien n'ai fait localement?
a écrit le 09/09/2019 à 19:42 :
Les dons ne peuvent servir qu'a dépouiller les bonnes volontés au profit des organisateurs!
a écrit le 09/09/2019 à 18:28 :
"Culpabiliser et désespérer font le nid de l'apathie... "

Tellement vrai et pourtant que font nos médias de masse si ce n'est culpabiliser sans arrêt le citoyen qui gaspille l'eau en se lavant les dents, qui gaspille l’électricité en n’éteignant pas la lumière des toilettes, qui achète des produits qui polluent ?

Ne le feraient ils pas exprès afin justement d’enterrer toute réaction qui va forcément dans une réduction des bénéfices des milliardaires propriétaires du monde ?

"La notion de libre arbitre a été inventée par les classes dirigeantes" Nietzsche

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