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Banques centrales : « Un discours... un discours... »

Karl Eychenne

Publié le 12 décembre 2023 à 07:30

Photo d'illustration

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KAI PFAFFENBACH

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

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OPINION. A force de ne rien dire, on n'entend plus qu'elles. Le silence des Banques centrales est devenu assourdissant. Ou plutôt devrait - on dire, accommodant. Car l'investisseur anticipe désormais de fortes baisses de taux en 2024. Par Karl Eychenne, chercheur chez Oblomov & Bartleby

Parfois, il suffit de ne rien dire pour se faire comprendre. Mais c'est quand même mieux en le disant. Les marchés interprètent le mutisme des Banques centrales comme un blanc-seing pour des taux plus bas et des actifs risqués plus hauts. Mais, ils seraient bien plus rassurés si mercredi la Fed et jeudi la BCE validaient au moins en partie cet optimisme accommodant.

Hélas, le marché fait preuve d'une « ignorance militante », pour parler comme Jules Monnerot, le sociologue du sacré. Il ne sait pas ce que fera la Fed, il ne sait même pas ce qu'il faut qu'elle fasse, mais il sait très bien ce qui lui ferait plaisir. Et c'est bien là tout le problème. L'affect et l'analyse ne font pas bon ménage, le premier pervertissant la seconde. Ainsi, non seulement les marchés pourraient se tromper. Mais pire encore, même si les marchés avaient raison, il n'est pas sûr que ce soit une bonne chose. Ce que projette l'investisseur pourrait donner lieu à un tout autre effet que celui escompté, un effet pervers, une hétérotélie pour parler encore comme Jules. Nous n'en sommes pas là.

Pour l'instant, les marchés anticipent de fortes baisses de taux d'intérêt directeurs des Banques centrales en 2024, de près de 1 % aussi bien pour la Fed que pour la BCE. Avec pour principal argument la quasi - certitude que l'hyper-inflation post-Covid était bel et bien transitoire. En témoigne le recul de l'inflation à près de 3 % en Europe comme aux États-Unis, après avoir évolué autour de 9 et 10 % en 2022. Mais les marchés ont besoin d'en avoir le cœur net. Ils ont besoin de l'aval des Banques centrales pour aller plus loin encore. Que leur jugement hypothétique devienne apodictique.

D'ailleurs, depuis quelques jours maintenant, les marchés ne font plus grand-chose, signe que l'optimisme n'est pas béat. Il faut désormais que les Banques centrales disent quelque chose sur ce qui en train de se produire. Car pour l'instant, la rhétorique monétaire est plutôt maigre. À part les quelques sorties à bas bruit du Banquier central américain, c'est silence radio. Comme si la bride monétaire était devenue plus lâche, laissant davantage de liberté d'expression à l'investisseur. Une liberté dont il a si bien profité. Aujourd'hui, les taux d'intérêt à 10 ans américains ont reculé à près de 4,25 % alors qu'ils avaient atteint 5 % il y a deux mois à peine. Même topo en zone euro, avec des taux à 10 ans allemands devenus à près de 2,25 % après avoir frisé les 3 %. Ce recul des taux a redonné du souffle à l'ensemble des actifs risqués, qu'il s'agisse des actions, des obligations d'entreprises, de la dette émergente, et même des cryptomonnaies.

Après la provocation des marchés, une réaction des Banques centrales est requise. 

Et cela tombe bien puisque ce mercredi se tiendra le prochain comité de politique monétaire de la Banque centrale américaine (Fed). En particulier, cette réunion donnera lieu à la révision (ou pas) des prévisions économiques pour les années à venir. Surtout, les marchés surveilleront la mise à jour de ce qu'on appelle les dots (page 4 du doc), ces prévisions de taux directeurs de chacun des membres du FOMC. Une attention probablement excessive de la part des investisseurs. Mais c'est souvent le seul os à ronger. Quant à la Banque centrale européenne (BCE), bonne nouvelle puisqu'on sera fixé dans la foulée de la Fed : ce jeudi.

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À quoi doit - on s'attendre ?

Deux cas possibles. Soit les Banques centrales montrent les dents. Et alors bain de sang probable sur les marchés : tensions sur les taux, chute des actions. Soit les Banques centrales bottent en touche, et alors les marchés apprécieront : des taux encore plus bas, et des actions encore plus hautes. Il y a bien un troisième cas théoriquement possible, mais inimaginable : les Banques centrales valident l'optimisme des marchés et annoncent des baisses de taux aussi fortes.

Après, il ne faut pas non plus imaginer que de telles baisses de taux seraient un retour de l'argent gratuit. Rien à voir. Même si les marchés avaient raison, les taux directeurs se retrouveraient encore à des niveaux supérieurs à l'inflation fin 2024. Le coût réel de l'argent serait donc encore positif entre 0 % et 1 %, pour mémoire il était bien négatif au temps de la monnaie magique. Certes, on ne pourrait plus vraiment parler de taux restrictif, mais certainement pas de taux permissif. D'ailleurs, une lecture plus académique (règles de Taylor) livre le même constat, en tenant compte d'autres variables économiques sous le radar de la Fed. Ainsi le scénario des marchés est plutôt agressif en termes d'anticipations de baisses de taux directeurs, mais il n'est pas non plus complètement hors sol. Et nul besoin de récession économique ou de déflation pour justifier ces niveaux de taux anticipés.

En fait, la question ne vient pas tant des niveaux anticipés par les marchés, que du contraste qu'ils produisent avec ceux suggérés par les Banques centrales. C'est ce grand écart qui choque. Et puisque ce sont les Banques centrales qui sont en charge d'avoir le dernier mot, tous les regards se tournent vers la Fed ce mercredi, la BCE ce jeudi. On attend du Banquier central qu'il nous livre un discours, à la hauteur de l'évènement. Évidemment, le marché a une petite idée du discours qu'il faudrait qu'elle livra. Un discours qui lui permette de faire bombance encore. Pas sûr qu'il s'agisse du même discours prévu par la Banque centrale.

Karl Eychenne

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