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« Captain Europa »

Photo de Jean-Christophe Gallien

Jean-Christophe Gallien

Publié le 17 avril 2018 à 17:54 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:04

Gallien Jean-Christophe, opinion,

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Le temps d'un week-end syrien, Emmanuel Macron a endossé le costume de Captain Europa. Il faut qu'il le garde encore, cette fois sur le front de l'Union européenne, ce mardi, devant le Parlement européen. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1 La Sorbonne, président de j c g a.

Finalement, il a osé. Emmanuel Macron a engagé la France, comme Donald Trump les USA, dans des frappes punitives en Syrie. Chef des armées, il a tapé avant de discuter. Durant les longues (trop) 2 heures 38 min de son show TV dominical, il a légitimé l'action militaire hors cadre onusien dans le but, notamment, d'établir un dialogue équilibré avec Vladimir Poutine et Recep Erdoğan et tenter de créer les conditions d'une solution géopolitique collective. Emmanuel Macron a même dû préciser que « la frappe était devenue indispensable pour donner de la crédibilité à notre action » sans que la France ne « déclare la guerre au régime de Bachar al-Assad ». Sans provoquer de mort civil ni militaire, les frappes françaises et américaines avaient donc pour objectif de détruire des installations chimiques et surtout de tenter d'incarner la « ligne rouge » abandonnée à son triste sort ensanglanté par le repli de Barack Obama en 2013.

Entre action militaire et diplomatie plurielle

C'était un test d'envergure pour Emmanuel Macron. Lui, le nouvel entrant sur la scène diplomatique et médiatique internationale. Face à ceux qui, comme nous l'écrivions ici la semaine dernière, testent sans relâche la ligne de l'horreur très mouvante et trop souvent acceptée par le camp des démocraties, ceux qui éprouvent nos faiblesses individuelles et collectives dans une nouvelle géopolitique de l'épreuve, entre terreur asymétrique et gangsta-diplomatie. La néo-diplomatie d'Emmanuel Macron a pris ses responsabilités, entre action militaire et travail diplomatique pluriel. Il l'a martelé dans son show TV : « Nous parlons avec tout le monde » et « Nous avons réacquis de la crédibilité aux yeux des Russes » qui attendaient de jauger la réalité de ses ambitions et de sa détermination comme celle de son allié de circonstance, Donald Trump. Ensemble, ils ont tenté de poser un stop à ce gagne-terrain mortifère de la terreur sans déclencher une escalade guerrière. Au passage, Emmanuel Macron a, d'un seul coup, largement éteint les prétentions et légitimités de ses opposants internes en matière de politique étrangère, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par "Les Républicains" de Laurent Wauquiez où fleurissait le désastreux « Il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre » ...

La France, force de frappe de l'Union européenne

Nous savions que Captain America avait disparu depuis longtemps, bien avant les folles interventions en Irak, bien avant le lâche « leading from behind » de Barack Obama, bien avant la twitto-diplomatie de Donald Trump. L'Europe attends aussi l'émergence d'un Captain Europa. Impitoyable chef d'Etat major des intérêts de l'Allemagne, Angela Merkel vient encore de démontrer dans son dégagement « munichois » sur l'affaire syrienne qu'elle n'a jamais vraiment voulu endosser ce rôle et qu'elle ne le peut surtout plus. Après l'épisode désastreux de ses premières initiatives isolées sur les vagues migratoires, elle est devenue peu audible sur les enjeux diplomatiques et militaires de l'Union. Rappelons-nous en son temps de ses assauts répétés sur la pourtant très inspirée Union de la Méditerranée de Nicolas Sarkozy. La France est, de son côté, depuis bien longtemps, la force de frappe de l'Union. A tort en Lybie, très justement en Afrique et au Moyen-Orient. Elle le paye de ses propres euros car intervenir coûte de l'argent. Elle n'a pas su le faire reconnaître financièrement, ni politiquement par ses partenaires.

Le temps d'un week-end syrien, Emmanuel Macron a endossé le costume de Captain Europa. Il faut qu'il le garde encore, cette fois sur le front de l'Union elle-même ce mardi devant le Parlement européen. Il doit prendre le leadership de la Défense et du futur de ce « Laboratoire inédit d'association des êtres » comme la définit si justement le romancier Aurélien Bellanger, car l'Union européenne, même ô combien imparfaite, est un exploit à défendre. Nous l'oublions facilement, mais au-delà de ce marché commun très ouvert aux autres, nous vivons dans un espace libre de mouvement et sans frontière, et surtout, sans affrontement militaire depuis sa création. Submergés par les crises et la mondialisation, nous ne mesurons plus ce que cela a d'incroyable. L'Union a renouvelé le Vieux Monde au sortir de deux conflits destructeurs. Le succès inédit de cette expérience toujours en vie, se mesure par le nombre de candidats pays ou individus qui frappent encore à sa porte. Ce sont les autres, Américains, Africains, Sud-Américains, Chinois, Russes... qui définissent le mieux l'Union. Un adversaire à éliminer, un marché sans équivalent, une destination de vie...

Le plus grand ennemi de l'Europe : le chacun pour soi létal

Si l'Union européenne n'est pas en danger de mort, comme le prophétise certains, elle subit plusieurs attaques durables. L'Euro demeure sous pression. L'Union subit, désordonnée, le défi des vagues migratoires.

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___

Par Jean-Christophe Gallien

Professeur associé à l'Université de Paris 1-La Sorbonne
Directeur général de ZENON7 Public Affairs et Président de j c g a 
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Jean-Christophe Gallien

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