De l'avantage de ne pas être Google

 |   |  982  mots
Bruno Bourguet, vice-président senior Here, réagit à une opinion sur les deux business-modèles de cartographie proposés par Google et par Here.
Bruno Bourguet, vice-président senior Here, réagit à une opinion sur les deux business-modèles de cartographie proposés par Google et par Here. (Crédits : DR)
Après la parution d'une "opinion" sur le site de "La Tribune" à propos de Here, le service de cartographie racheté récemment par le triumvirat Audi-Daimler-BMW à Nokia, Bruno Bourguet vice-président senior de Here, a souhaité apporté des précisions. Il défend ainsi le modèle adopté par Here comparé à celui développé par Google. Par Bruno Bourguet, vice-président senior, ventes et développement commercial de Here.

L'article récemment publié dans la section Opinions de La Tribune, Here, après le rachat, les défis, formule plusieurs observations intéressantes au sujet de la bataille qui se joue actuellement pour la cartographie embarquée dans les véhicules connectés et autonomes. Comme le souligne à juste titre l'auteur, le marché est concurrentiel et les vainqueurs de demain ne se sont pas encore imposés.

Mais dans son analyse de la concurrence à laquelle Here est confronté, cet article oublie de mentionner l'une des explications fondamentales à notre rachat par le consortium de constructeurs allemands : notre avantage est que justement, nous ne sommes pas Google.

La cartographie, notre seul métier

Notre approche est radicalement différente. Nous sommes l'unique société au monde dont le seul métier est la cartographie. Notre seul objectif est précisément d'être les meilleurs dans ce domaine. Les grandes marques automobiles nous font confiance pour cette raison, et 49 des 54 nouveaux véhicules lancés au Salon de Francfort le mois dernier étaient équipés de notre cartographie. De grands acteurs tels que Facebook, Amazon, Garmin, Microsoft  et SAP s'appuient aussi sur notre expertise cartographique.

Mais pourquoi, alors qu'il existe d'autres cartes qui sont gratuites ? L'explication est que rien n'est gratuit. La gratuité des offres de certains masque en réalité la possibilité pour eux de monétiser l'utilisateur final par des moyens indirects. Nos grands clients préfèrent pouvoir maîtriser l'expérience qu'ils offrent à leurs utilisateurs, en accord avec leur stratégie de marque et de produit. Nous sommes un partenaire qui les aidons à développer leur activité sans arrière-pensées compétitives.

Le positionnement fort de Google sur le marché de la carte grand public n'est pas à remettre en doute, et il est clair qu'ils lorgnent avec intérêt le marché de l'automobile. Leurs ambitions vont certainement bien au-delà de la transposition d'un smartphone sur le tableau de bord d'une voiture. Mais leur représentation du monde physique est-elle la meilleure, comme cherche à le montrer l'article précité ? A vrai dire, nous pensons que cette question passe à côté du problème. Le monde change de millions de façons chaque jour, si bien que la meilleure représentation sera celle capable de refléter fidèlement ces changements, en temps réel. Et aujourd'hui, nul ne sait encore faire ça.

Après la cartographie, la bataille des capteurs

Nous pensons que la véritable bataille à venir concerne les données collectées par les capteurs, qu'ils soient embarqués au sein des véhicules ou présents sur l'infrastructure du réseau routier, comme par exemple les feux de signalisation. La carte n'est plus une impression du monde figée dans le temps, mais un support pour la transmission des données générées dynamiquement par les véhicules, les individus et les entreprises. Elle est un moyen pour nous de mieux comprendre notre environnement, afin d'y réagir de manière optimale.

Une telle carte procure des avantages qui vont transformer nos vies. La caméra et le radar d'une voiture connectée ne peuvent pas voir au travers d'un autre véhicule, ni au-delà d'un virage ou d'un immeuble. Et même sans obstacle, ces capteurs ont une visibilité limitée à 100 ou 200 mètres au mieux. Un horizon électronique d'une portée bien plus longue est indispensable pour prendre la bonne décision en temps réel. Un airbag se déclenche dans un véhicule à 500 mètres devant vous ? C'est probablement un accident, que vous allez pouvoir anticiper. Des pneus qui dérapent par une belle journée ? Peut-être que de l'eau s'est accumulée à un endroit précis, ou qu'un produit s'est déversé sur la chaussée, et qu'il serait prudent d'en avertir les voitures de derrière pour qu'elles puissent ralentir à l'approche de la zone.

Dans le secteur de l'automobile, aucun constructeur ne prétend pouvoir produire seul une telle cartographie, véritable représentation dynamique du monde et couvrant toute la planète. Tous sont conscients qu'ils doivent travailler avec des partenaires qui peuvent fédérer les besoins et fournir les produits et services nécessaires, comme Here, mais aussi collaborer entre eux, en tant qu'industrie. C'est pour cela que des acteurs du secteur ont entamé cet été les discussions pour établir un standard international pour la transmission des données des capteurs embarqués dans les véhicules vers un Cloud de localisation.

De lourds investissements en perspective

Mais une fois que les considérations techniques seront réglées, reste à savoir qui sera le dépositaire des données. Qui méritera la confiance de tous les autres ? Qui va pouvoir fédérer les données, les interpréter de manière utile, et aider les constructeurs automobiles, ou les sociétés de services informatiques, à créer des services à partir de ces informations pour développer leur activité et offrir des produits différenciant ?

C'est le rôle que nos futurs actionnaires, Audi, BMW et Daimler, souhaitent pour HERE. Par ce rachat, ils veillent à protéger la technologie de cartographie pour qu'elle demeure au service de ceux qui en ont besoin aujourd'hui et demain. Cela fait plusieurs années que nous développons cette carte et les outils industriels qui l'alimentent, mais ils vont encore nécessiter de lourds investissements pendant de nombreuses années, ce que peu d'acteurs de notre industrie peuvent assumer. Nos nouveaux actionnaires savent également qu'une carte alimentée dynamiquement ne vaudra pas grand-chose sans la participation des autres. C'est pourquoi ils souhaitent que nous restions indépendants et ouverts à tous nos clients, afin de continuer à fournir la meilleure cartographie.

Bien conçue, cette carte dynamique sera un outil puissant, extrêmement utile et précieux pour ceux qui l'utiliseront. Une carte dont on comprend le prix.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/10/2015 à 18:37 :
Here est et restera la référence en matière de cartographie ;

et c'est rassurant de constater que les constructeurs référence dans le marché automobile pérennisent l'indépendance de la cartographie "du déplacement" ;

La cupidité de Google et son ingérence dans les données personnelle commercialisées à tout va .. conduira à sa perte tôt ou tard ;
a écrit le 27/10/2015 à 12:46 :
Analyse courte vue si j'ose dire, et avec bcp de peut etre concernant les modes d'utilisations des modules Gps Google et Waze, alors que ces modes d'utilisations existent deja. Google vise en effet l'interconnexion des services, à savoir le BUT du déplacement ( je cherche un restau, je le géolocalise avec google maps, et j'y vais ) et Waze les infos en temps réel des autres utilisateurs sur le trafic( à jamais plus rapides et fiables que toutes les MAJ qu'on peut imaginer). Guidage vocal sur les 2.
Qd à avoir un avertissement à chaque flaque sur la route...ca va sonner toutes les 2 secondes.
Cette analyse à 5 ans de retard, pour de la prospective....

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :