Donnons à l'industrie française les moyens de sa compétitivité !

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(Crédits : DR)
La semaine de l'industrie est l'occasion de réfléchir aux solutions pour sortir nos entreprises de l'impasse. Par David Machenaud, directeur associé, Opéo

« Fallait-il accepter le rétrécissement de notre appareil de production, la stagnation de l'investissement, le vieillissement de nos machines, la dévitalisation de secteurs industriels entiers, la disparition de tant d'entreprises, le ravaudage coûteux et sans effet de tant de branches ? A force de tailler les branches dites mortes de l'arbre et de ne pas renforcer le tronc, c'est-à-dire les industries compétitives, l'arbre s'est rabougri. » Pierre Gattaz aurait-il prononcé ces mots ? Serait-ce plutôt Emmanuel Macron ? Il s'agit en réalité de Pierre Mauroy. Nous étions en 1981, le nouveau premier Ministre énonçait là son discours de politique générale.

35 années ont passé, mais ce propos semble pertinent pour décrire notre actualité industrielle. Selon l'INSEE, notre production a enregistré une nouvelle baisse de 0,5 % sur 2014. La désindustrialisation s'accélère même : une étude européenne a placé la France en récession industrielle aux côtés de la Grèce et de l'Autriche.

 De vaines initiatives?

Après des décennies d'initiatives publiques cumulées pour relancer l'investissement, l'emploi ou l'innovation, notre compétitivité industrielle s'enlise, comme si toutes ces initiatives avaient été vaines.

L'examen des différentes mesures en faveur de l'industrie française montre qu'elles ont toutes échoué sur le même écueil. Le plan innovation a ses vertus, mais à quoi bon innover si on ne dispose pas d'une chaîne logistique prompte à propulser une innovation sur ses marchés ? Le CICE est un outil puissant, mais pourquoi financer les entreprises dont le dispositif de production est déconnecté du niveau stratégique ? Le pacte de responsabilité est une belle idée, mais ne contribue en rien à l'augmentation du carnet de commandes de nos fleurons industriels.

Innovation - financement - excellence opérationnelle

En réalité, aucune des mesures prises en faveur de l'innovation ou de l'accès au financement ne peut livrer son potentiel sans un engagement préalable au niveau des opérations de production. Innovation - financement - excellence opérationnelle : voici le triptyque insécable de la compétitivité retrouvée de l'industrie française.

Concrètement, l'excellence opérationnelle ne vise pas à accroitre marginalement la performance d'un site industriel, mais à changer littéralement la donne ! Réduction de 50 % de la non-qualité, augmentation du taux de service de 30 %, gain de productivité de 20 % : voici quelques résultats déjà obtenus, et - disons le sans hésiter - à la portée de quiconque s'inscrit dans une démarche d'excellence opérationnelle. Les clés ? Un dialogue vivant du terrain jusqu'à la direction pour une agilité retrouvée de l'entreprise. Une aptitude à traiter en temps réel les écarts de performance par le renforcement de l'intelligence collective et la revalorisation des managers de proximité. Une industrie du futur qui s'appuie sur l'homme pour intégrer technologies et digital à bon escient.

 Le rôle que doit jouer l'État

A l'heure où démarre la 6e édition de la semaine de l'industrie, sur le thème de « l'Industrie du futur » nous ne demandons pas le retour impossible d'un Etat « sachant » ; c'est en régions que cette prise de conscience se fait et que la transition vers l'industrie du futur se réalise. Mais l'État a néanmoins un rôle à jouer : il peut faire reconnaître par des mesures symboliques l'enjeu essentiel que représente la performance opérationnelle de nos industries. A l'image de l'indicateur de entrepreneuriat récemment mis au point, nous demandons la prise en compte de la performance opérationnelle de nos industries dans l'analyse publique.

De la même manière, nous encourageons à la création d'un label de l'excellence opérationnelle distinguant les entreprises engagées dans cette approche moderne du pilotage des opérations. Faire un pas de plus vers l'excellence opérationnelle est possible ; c'est notamment le sens de l'appel à projet PIAVE de Bpifrance. Mais la mobilisation en faveur de la compétitivité retrouvée de l'industrie française doit être massive et portée au plus haut niveau.

C'est par l'excellence opérationnelle que notre industrie retrouvera le chemin de la compétitivité. A quand la prise de conscience ?

David Machenaud

Directeur associé d'OPEO
@OPEOConseil

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Commentaires
a écrit le 15/03/2016 à 23:36 :
L'industrie française est presque morte. Il est trop tard. Seul espoir: partir. Le socialisme est presque arrivé à son aboutissement.
a écrit le 15/03/2016 à 11:48 :
Un des problèmes est que tant que nous continuerons à subventionner lourdement notre agriculture, cet argent n'ira pas au développement de notre industrie.
Pour mémoire :
- Subventions européennes = environ 8 milliards d'euros
- Agent pris dans la caisse de retraite générale (Aux détriments des salariés) = 7 milliards d'euros.
Il faut rajouter à cela le régime fiscal avantageux des jeunes agriculteurs (Vous n'y avez pas droit lorsque vous créez votre société dans l'industrie), et l'absence quasi-complète de charge sur les travailleurs saisonniers.(j'ignore les sommes mises en jeu).

Tout ceci saigne l'industrie.
a écrit le 15/03/2016 à 9:57 :
"Les clés ? Un dialogue vivant du terrain jusqu'à la direction"
Mais la direction sait tout mieux ...
a écrit le 15/03/2016 à 9:04 :
Pour être compétitif, il faut déjà avoir l'âme d'un compétiteur et un adversaire, ce que la France a refusé en faisant une "union européenne" qui la déresponsabilise!
a écrit le 15/03/2016 à 8:16 :
Aucunes des bonnes recettes néo-libérales n'ont fonctionné, on a persité et comme ça ne marche toujours pas, on imagine des mesurettes qui ne sont que des cautères sur une jambe de bois. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'une solution, quitter l'Europe, jeter aux orties ses traités qui nous ont retiré toute souveraineté, y compris économique et revenir au Franc. Autrement dit, invoquer l'article 50 du TFUE.

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