Emmanuel Macron a raison : il faut vite retrouver la chemin de la Russie

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OPINION. L'enjeu Russe est au cœur de plusieurs courses contre la montre qui s'entremêlent à la sortie de cet été 2019. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.

Pèle mêle, un cessez-le-feu durable et la paix définitive en Ukraine, la stabilité préservée du continent européen, l'arrêt ou au moins l'allégement des sanctions qui affaiblissent les économies russes et européennes, la position interne de Donald Trump face aux faucons Républicains et l'accusation en soumission à Vladimir Poutine des Démocrates, le renouvellement de l'accord nucléaire avec l'Iran... mais aussi à plus long terme l'arrimage intelligent de la Russie au bloc européen. Nous sommes au croisement de chemins géopolitiques décisifs.

L'arrimage intelligent de la Russie au bloc européen

La France et l'Europe sont directement concernées, on pourrait dire menacés même, par la plupart de ces enjeux sensibles. Emmanuel Macron l'a bien compris. Président diplomate opportuniste, on l'a vu à l'œuvre tout au long de l'été, Emmanuel Macron a non seulement eu raison de recevoir Vladimir Poutine à Brégançon, mais plus encore de relancer la politique russe de la France et potentiellement de l'Europe durant son discours annuel aux ambassadeurs, le 27 août.

« L'Europe disparaîtra » si elle échoue à refonder sa stratégie notamment russe, et il enchaîna en affirmant qu' « on ne peut pas refonder l'Europe sans retisser un lien avec la Russie, sans quoi la Russie se rapprochera d'autres puissances ».

« Certains de nos alliés nous pousseront toujours vers plus de sanctions, mais ce n'est pas notre intérêt. Nous devons construire une architecture de confiance en Europe »

La décision récente du Conseil de l'Europe de réintégrer la Russie va dans ce sens historique. Certes très froidement « réaliste », elle n'est pas une capitulation encore moins une soumission à Vladimir Poutine.

Si elle a rangé son rêve Gorbatchevien de se remarier avec l'Europe dans une maison commune, nous devrions tout faire pour éviter que la Russie, véritable « Empire du Milieu », pont historique entre Europe et Asie, ne prenne le risque d'abandonner définitivement sa place historique de soeur culturelle, de voisine naturelle de l'Europe.

Depuis 2014 Vladimir Poutine ne cesse
de s'éloigner de l'Europe et de l'Ouest

Dans un premier temps, le plus vite, il faut tout tenter pour établir un cessez-le-feu durable en Ukraine et permettre par conséquence l'arrêt des sanctions. L'arrivée au pouvoir en Ukraine de Volodymyr Zelensky et sa récente victoire parlementaire à la Rada, créent les conditions d'une désescalade. Voire même d'un règlement du conflit même s'il est certain que Vladimir Poutine ne rendra jamais la Crimée.

Il faut le faire avant que la réponse géopolitique de Vladimir Poutine ne s'éloigne encore de la volonté politique d'une partie de la jeunesse, de la population russe de se tourner vers la communauté d'histoire, de drames et de victoires, mais surtout de destin qui la relie si naturellement à l'Europe et aux Européens.

Et depuis 2014 Vladimir Poutine ne cesse de s'éloigner de l'Europe et de l'Ouest et de se rapprocher de l'Orient et de la Chine.

La Russie ne s'est jamais vraiment
sentie tout à fait en tranquillité avec son voisin chinois

Rappelons-nous de son discours au club de Valdai, le 24 octobre 2014 à Sochi sur « L'ordre mondial : de nouvelles règles ou un jeu sans règles ? » : « Je tiens à souligner que nous ne sommes pas à l'origine de tout cela. Une fois de plus, nous glissons vers des temps où, au lieu de l'équilibre des intérêts et des garanties mutuelles, ce sera la peur et l'équilibre de la destruction mutuelle qui empêcheront les nations de se livrer à un conflit direct. » Toujours dans ce discours, Vladimir Poutine avait précisé la menace :

« La Russie a fait son choix... Nous travaillons activement avec nos collègues de l'Union économique eurasienne, de l'Organisation de coopération de Shanghai, du BRICS et avec d'autres partenaires. »

Ce mouvement n'a fait que s'amplifier depuis lors. Point de non-retour atteint ?

Je ne le crois pas. Malgré une proximité récente inédite et de plus en plus intégrée, la Russie tsariste, soviétique et contemporaine ne s'est jamais vraiment sentie tout à fait en tranquillité son voisin chinois.

Il s'agit de recréer de la confiance durable
entre l'Europe et la Russie

Nous n'avons pas de choix, sans abandonner notre vigilance diplomatique, nos ripostes face aux attaques en déstabilisation faites à l'Union par la Russie, nos exigences face aux enjeux des libertés publiques ... il s'agit de recréer de la confiance durable entre l'Europe et la Russie dans un contexte géopolitique complexe fait de vérités faibles et de menaces fortes.

Il s'agit là d'une réelle opportunité pour la France et Emmanuel Macron Captain Europa diplomate, de démontrer son leadership européen et la légitimité de sa vision diplomatique. Il faut aller vite et fort monsieur le Président.

___

Par Jean-Christophe Gallien

Politologue et communicant
Enseignant à l'Université de Paris la Sorbonne
Président de j c g a et Directeur de Zenon7 Public Affairs
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 10/09/2019 à 10:59 :
J'hésite à dire bravo pour ce texte qui devrait inspirer notre classe politique européenne. J'hésite par ce que je crois comme @JeanChristopheGallien qu'il faut que l'UE avance unie et je crains fortement qu'elle ne sera pas capable de le faire.
a écrit le 10/09/2019 à 7:02 :
Une analyse plutôt honnête.

La Russie a toujours craint d'être submergée par les Chinois. Cette crainte n'est pas prête de s'éteindre avec la montée en puissance de la Chine et ses nombreux besoins en ressources naturelles.

La Russie a besoin de l'Europe, seule façon de préserver des moyens de pression face à la Chine et se faire oublier "un peu" des américains. Pendant longtemps, un tel rapprochement était impossible en raison du régime expansionniste soviétique et de l'opposition américain.

Même si l'Amérique de Trump n'est pas opposée à un tel rapprochement, les objectifs de Trump et de Poutine ne sont pas les mêmes.
Pour Trump, ce rapprochement doit se limiter des convergences d'ordre "ethnique" ou culturel en vue de préserver le monde occidental des autres.
Pour Poutine, ce rapprochement a pour but d'assurer la survie de la Russie (et non du monde occidental) avec des relais économiques multiples, que ce soit en Asie, en Europe ou en Afrique.

La France tout comme l'UE doit saisir ce moment de "faiblesse" des États-Unis (qui ne durera sûrement pas si l'Europe s'éloigne trop d'eux) pour garantir ses besoins énergétiques et renforcer sa sécurité. Une chose est sûr, l'Europe devra faire d'importantes concessions (je pense à l'Ukraine et la Syrie, entre autres) et délier les cordons de sa bourse pour convaincre les Russes de leur bonne foi. Combien les Russes vont-ils exiger?

La sécurité se paie très chers, à moins que l'Europe ne résout enfin à assumer sa propre sécurité (et vu l'esprit de clocher qui y règne, on y est encore très loin).
Réponse de le 10/09/2019 à 11:02 :
Honnête ! elle est plus que ca elle est juste comme souvent avec cet analyste que l'on peut aussi croiser sur les plateaux de télévision et qui délivre toujours une approche autonome par rapport aux principaux courants d'analyse en France. Donnez lui plus d'espace !!! Plus souvent !!! Vive @LaTribune
Réponse de le 10/09/2019 à 13:14 :
@maxims: La réalité est telle que les Chinois ne sont pas trop intéressés dans la Russie. La Russie est très loin dans la liste des pays, où la Chine investit sérieusement. La Russie ne peut proposer à la Chine qu’une certaine quantité de matières premières. Il y a quelques temps le Kremlin a proposé plein de projets communs à la Chine majoritairement dans l'exploitation des ressources, mais pas seulement. Malgré les conditions très avantageuses l'intérêt des Chinois a été plus que limité. Il suffit de voir l'histoire de la "Force de Sibérie". La Russie ne peut proposer à la Chine qu’une certaine quantité de matières premières, mais les Chinois peuvent les acheter ailleurs. En somme, ce sont les craintes de la certaine publique de Moscou, pas la réalité.
En proposant faire des concessions aux Russes, vous ne posez même pas la question: qu'est-ce qu'ils peuvent proposer en échange? En réalité, pas grande chose, en plus, ils ne sont pas dans la position de force, bien au contraire. Je ne parle même pas que l'élite russe est totalement corrompue, incompétente et rêve de créer un système néofeodal autoritaire (donc, prendre le pire de l'URSS et de l'Empire russe).
a écrit le 09/09/2019 à 23:30 :
Poutine vient de se prendre une très grosse baffe électorale.

Ce n'est pas encore un KO, mais quand un "homme à poigne" subit un tel désaveu soit il modifie sa politique ou se retire (personne n'y croit), soit il la durcit encore plus et finalement termine sa carrière comme dictateur déclaré.

Je ne vois pas l'intérêt qu'aurait la France à soutenir ce régime post stalinien qui cause plus d'ennuis que de bienfaits à son pays et à la planète entière.
Réponse de le 10/09/2019 à 11:04 :
Cher Bof je parle de la Russie. Vladimir Poutine est certes chahuté mais demeure le clé du système russe contemporain. Pour l'instant c'est ainsi et je crois qu'il est comprends le mix ouverture / fermeté. A l'UE de jouer.
a écrit le 09/09/2019 à 22:19 :
Est t'il vraiment sage de venir s'"arrimer" au vaisseau Poutine alors que celui ci est en train de prendre l'eau de tout coté, à commencer par son propre pays où les élections montrent une sévère désaffection des électeurs envers le type qu'ils n'ont que trop vu.

Et pourtant le tsar en a fait des masses pour dissuader les russes de voter contre lui et sortir les opposants déclarés, par la violence et l'instrumentalisation de la "justice".

l'Europe n'a pas besoin de la Russie, alors que la Russie a besoin de l'Europe qui produit tout ce qu'elle ne sait pas faire... autant dire presque tout. Citez moi 5 marques russes qui seraient synonymes de qualité et de savoir faire. Personne ne va à Moscou acheter des produits de luxe russes puisque les russes eux-même ne jurent que par les produits européens.

La Russie n'est qu'une puissance secondaire, un nain économique qui n'a pour se faire remarquer que son mauvais comportement et sa capacité de nuisance. Poutine a tout raté: Le développement économique, le développement démocratique, l'aura de la Russie en tant que leader soft légitime du monde slave est au plus bas avec les ingérences en Ukraine et en Géorgie.

Il n'y a rien à arrimer, Macron est victime de ses illusions. Il se voit comme un leader charismatique, ce n'est qu'un arriviste.
Réponse de le 11/09/2019 à 11:29 :
Produits courants achetés ces cinq dernières années en France ou en République Tchèque:
Natura Siberica (toutes les certifications bio de l'UE) en vente chez Monop;
Baltika de la bierre
Telegram
Antivirus Kaspersky
Crabe royal de la Kamtchatka
Jus de bouleau.

Bon et sans parler de la traditionnelle bouteille de vodka russe à la Grande Épicerie pour Noël.
a écrit le 09/09/2019 à 19:47 :
Pour ce qui concerne le discours de Macron : « on ne peut pas refonder l'Europe sans retisser un lien avec la Russie, sans quoi la Russie se rapprochera d'autres puissances ». Il est à remarquer que la Russie tente de se rapprocher à d’autres puissances (la Chine, l’Inde etc.) avec les résultats plutôt ridicules. La Chine profite de ce que la Russie cède, il y a très peu de projets sérieux, la Russie est très loin dans la liste des pays, où la Chine investit. La Russie ne peut proposer à la Chine qu’une certaine quantité de matières premières. Avec l’Inde, il y a une sortie de l’Inde du projet de l’avion de chasse de 5ème génération et pas uniquement. Qui encore ? La Turquie ? C’est une blague, il y a une menace de guerre permanente. Cependant, Erdogan profite bien. L’Arabie Saoudite ? Ce sont des concurrents.
Pour ce qui concerne les paroles de Poutine, il ne faut pas toujours les considérer sérieusement. Déjà il raconte tout et n’importe quoi, jusqu’à la présentation des armes inexistantes. A propos de la collaboration dans le cadre de BRICS j’ai déjà écrit. L'Union économique eurasienne ? Bon, il y a des conflits même avec la Biélorussie. La réalité est telle que aucun pays ne considère la Russie comme un allié ou un partenaire sérieux.
> …créent les conditions d'une désescalade. Voire même d'un règlement du conflit même s'il est certain que Vladimir Poutine ne rendra jamais la Crimée.
En Ukraine, beaucoup trop de choses sont décidées dans l’ambassade américaine. Ainsi, la désescalade peut être uniquement dans le cas de l’accord des américains, et tout pourra être rallumé facilement.
Réponse de le 10/09/2019 à 11:07 :
Je crois ex-moscovite que vous oubliez la position centrale de la Russie dans les espaces militaires, énergétiques, richesses du sous-sol, ... sans parler de cette taille incroyable qui fixe la géographie de la Région. Et tant mieux s'il est moins central que ce que je crois, notre négociation sera d'autant plus fortement armée.
a écrit le 09/09/2019 à 19:30 :
Malheureusement Macron n'y est pour rien, mais l'opportunisme y est bien pour quelque chose!
a écrit le 09/09/2019 à 19:12 :
Je partage sans réserve le point de vue de l'auteur de l'article. Le piège dans lequel l'Union Européenne est tombé est d'ajuster sa politique sur un critère idéologique plutôt que géo-politique. Le président Macron a raison: c'est le retour à la réalité. Son diagnostic est juste. Il est plus sensé de chercher l'entente avec la Russie qu'avec les Etats-Unis. C'est la fin de la période atlantiste et la preuve que le général De Gaulle avait raison.
Réponse de le 09/09/2019 à 19:36 :
Donc... sortons rapidement de l'OTAN et fédérons nos nations! Chose bien-sur impossible!
Réponse de le 09/09/2019 à 19:58 :
@heracles: Sans être fan des E.-U., je constate sèchement que vous proposez une entente avec un pays ayant une économie primitive de la taille à peine plus grande que celle d’Espagne, un pays peu technologique sauf quelques domaines, pauvre, ayant une élite totalement corrompue dans un système complétement dégrandant, un pays qui n’a pratiquement plus d’alliés à cause d’un comportement peu adéquat de son élite etc. Et cela est proposé à la place d’une collaboration avec d’un leader technologique et militaire mondial ayant un marché énorme. Hmm…
a écrit le 09/09/2019 à 18:38 :
Très bonne analyse.
Toutefois, la phase "Nous sommes au croisement de chemins géopolitiques décisifs" me paraît être un peu exagérée.
Cordialement
a écrit le 09/09/2019 à 18:20 :
"L'arrimage intelligent de la Russie au bloc européen"

Oui c'est très intelligent mais de la part des russes, avec une Europe dénuée de fondement démocratique, de puissance politique, Mike le poulet sans tête est tellement facile à manipuler suffit de demander aux italiens et aux anglais !

Par ailleurs sa politique économique qui s'acharne sur ses productifs est parfaitement en accord avec le dumping social de l'UE, pas grand chose sépare ces deux pays, enfin ce pays du truc machin bidule qui ne ressemble à rien.

Poutine pourrait en quelques années renverser la table et guider l'Europe avec la russie dedans, comme quoi LREM et RN nourrissent au final les mêmes espoirs. Même nous autres citoyens européens pourrions y gagner de part son actuelle dramatique faiblesse mais en ce qui nous concerne on espérait quand même bien mieux. L(avenir reste sombre pour l'UE.
a écrit le 09/09/2019 à 15:16 :
Il a raison mais pas à n importe quel prix. Les russes ont plus besoin de l Europe qu inversement. Les russes connaissent bien les raisons mieux que nous de leurs éloignement de l Europe. Il faudra maintenant qu ils mettent en place la donation des territoires occupés en europe et la fin des bombardements en Syrie. Après peut être l Europe sera plus à même de construire quelque chose dans le sens d une relation bilatérale et non dicté par les russes
Réponse de le 09/09/2019 à 20:18 :
Tu veux donc sur DAESH renaisse avant qu'on puisse se rapprocher de la Russie ! Tu es sérieux ?
Réponse de le 09/09/2019 à 20:18 :
Tu veux donc sur DAESH renaisse avant qu'on puisse se rapprocher de la Russie ! Tu es sérieux ?
a écrit le 09/09/2019 à 14:05 :
L'échange des otages, c'est un bon point !
On attend de voir la suite.....
a écrit le 09/09/2019 à 12:59 :
Voire même celui de Damas (humour lapin)
Réponse de le 10/09/2019 à 11:09 :
J'adore !!! Why not ?

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