Game of Thrones : éloges en séries

LE "CONTRARIAN" OPTIMISTE. Succès planétaire, Game of Thrones (GoT), dont la huitième saison début dimanche 14 avril, démontre, épisode après épisode, combien la maîtrise du pouvoir d'une nation repose sur son organisation économique. Par Robert Jules, directeur adjoint de la Rédaction.
Robert Jules

3 mn

(Crédits : HBO)

Le 14 avril débute la saison 8 - la dernière - de la série Game of Thrones (GoT), qui rencontre un succès planétaire depuis ses débuts. Elle n'est pas la seule. Cet attrait pour les séries a été favorisé par l'avènement de nouvelles chaînes sur internet qui ont « disrupté » cette industrie du rêve qu'est le cinéma. Netflix inquiète Hollywood. Cette chaîne, qui compte plus de 137 millions d'abonnés dans plus de 190 pays, détient 75 % du marché américain. En 2018, elle a dépensé quelque 13 milliards de dollars pour produire 700 séries et 80 films qui, loin d'imposer la domination de l'anglais, multiplient les séries locales originales (thaïlandaises, arabes, suédoises, espagnoles, allemandes, russes...).

Mondialisation peut ainsi rimer avec diversité. Le succès repose aussi sur la qualité de l'écriture de scénarios, en recrutant les meilleurs talents. Il n'est donc pas surprenant que HBO, qui produit GoT, ait investi dans la série. Si le coût moyen de l'épisode dans les premières saisons tournait entre 6 à 8 millions de dollars, il s'est élevé à 14 millions de dollars lors de la saison 7. Ces purs produits de masse sont devenus des produits de qualité. De fait, on en apprend davantage sur le renseignement et le monde de l'espionnage en regardant Le Bureau des légendes qu'en lisant de longs rapports sur le sujet. Et on comprend mieux des pans de l'histoire en visionnant le réalisme du monde cru et violent de Vikings ou encore de Spartacus.

Game of Thrones, entre économie et philosophie

Il n'est donc pas surprenant que GoT soit devenu une série de référence pour le monde universitaire qui s'intéresse de plus en plus à la « pop culture ». Que ce soit en science politique ou en économie, le Royaume des Sept Couronnes (Westeros) montre combien la maîtrise du pouvoir repose sur l'organisation économique. Qui contrôle le trésor du royaume et la capacité à lever l'impôt détient le pouvoir, qui résulte d'un réseau complexe d'influences. Et le « secrétaire au Trésor » du royaume, Littlefinger, pour conforter sa place, a développé une activité de maisons closes qui non seulement accroît sa richesse mais lui offre aussi une source de renseignements qui lui permet de tout savoir sur tous. Cette économie du royaume dépend aussi de cités libres.

Celle de Braavos, qui abrite une riche institution, la Banque de fer, détenue par des familles associées, est d'inspiration libertarienne. L'État y est réduit à sa plus simple expression, les règles qui la régissent reposant essentiellement sur le commerce, chacun y vivant selon ses valeurs propres. Mais GoT est surtout riche de dilemmes moraux. La quête passionnée du pouvoir, le recours à la violence, le changement d'alliances confrontent les personnages à leur destin. La philosophe Marianne Chaillan le montre brillamment dans Game of Thrones, une métaphysique des meurtres (éd. Le Passeur, 9,90 euros). Elle explique qu'en matière d'éthique pratique Jaime Lannister suit une morale conséquentialiste à la Jeremy Bentham, où une action s'évalue en fonction des conséquences positives, tandis que Ned Stark adopte la morale déontologique d'Emmanuel Kant, où l'action est évaluée selon l'intention, sans se soucier de conséquences toujours difficiles à anticiper.

À la lumière de nombreux passages de la série, Marianne Chaillan revisite plusieurs problèmes classiques de la philosophie : corps/âme, dualisme/matérialisme, valeur/fait, liberté/détermination, raison/ passion... permettant en retour de comprendre des auteurs comme Platon, Lucrèce, Machiavel, Hobbes, Pascal ou encore Freud. Finalement, loin de tuer l'imaginaire, le rêve et la réflexion, les séries ouvrent à une meilleure compréhension du monde. Comme le soulignait le juriste et philosophe Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, qui dirigea une remarquable collection sur les séries aux PUF, « les bonnes séries ne sont pas seulement des révélateurs, elles sont aussi subversives et, en suscitant des débats, participent à l'éducation des citoyens ».

Robert Jules

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Commentaire 1
à écrit le 13/04/2019 à 10:26
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Notons dans cette série l'excellente idée de "la banque de fer" qui se passe de commentaire.

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