L’éducation financière doit être déclarée priorité nationale

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La finance et les Français, cela fait deux ! Le grand public est visiblement loin d'être familier des concepts liés aux marchés, et plus globalement à ceux liés aux placements. Même les notions élémentaires sont souvent méconnues. 85% des Français n'ont jamais eu de cours d'éducation budgétaire et financière dans leur cursus scolaire (1), et jugent les marchés financiers très complexes à analyser (2). Par Hervé Raquin, Délégué général d'ANPERE

Disposer d'une solide culture financière et économique est plus que jamais indispensable dans la mesure où les services financiers jouent un rôle de plus en plus important dans la vie des Français : achat d'un logement, financement des études des enfants, ou complément de revenu à leur retraite. Un point positif et encourageant est à relever : 2/3 des Français sont enclins à mieux comprendre l'épargne et les jeunes encore plus, ils sont 70% (2) !

Par ailleurs, de plus en plus d'épargnants souhaitent épargner « utile » en orientant leurs investissements dans le financement de l'économie productive. Dans ce contexte, il est important pour le citoyen de bien comprendre les avantages, mais aussi les risques encourus par tel ou tel type de placement.

L'éducation financière : quèsaco ?

L'éducation financière doit permettre à tous d'améliorer sa compréhension du monde économique et financier environnant. Grâce à elle, il devient possible d'acquérir compétence et confiance nécessaires pour devenir plus conscient des risques et opportunités en matière financière. Cet apprentissage va permettre de faire des choix raisonnés, en connaissance de cause, de savoir trouver une assistance financière et de poser les bonnes questions. Chaque citoyen pourra faire des choix pertinents et éviter les situations délicates. Aucun doute : en renforçant l'éducation financière des citoyens, c'est la santé financière des Français qui va s'améliorer.

Alors que 70% de la population comprend que la diversification des placements peut limiter les risques, les Françaises et les Français ne sont pas encore prêts à franchir le pas. 74% restent principalement investis en supports présentant un risque faible, mais qui rapportent peu alors qu'ils sont encore 90% à estimer que les rendements de leurs placements sont insuffisants (3). Il faut dire que pendant de nombreuses années, les épargnants ont pu apprécier les qualités des fonds en euro qu'étaient la performance, la sécurité et la disponibilité. La recherche de performance doit désormais passer par une prise de risque certes limitée, mais croissante, en particulier grâce aux supports en unités de compte ou euro-croissance disponibles sur les contrats d'assurance-vie.

L'éducation financière est par conséquent un préalable au conseil et à l'information précontractuelle. Elle permettra aux consommateurs d'avoir des échanges plus efficients avec leurs conseillers et de leur poser les bonnes questions.

Les temps changent...

Le digital a bouleversé la société, et par conséquent les modes de consommation ont fortement évolué. Il est donc impératif de faire avancer ensemble l'éducation financière et ses mécanismes afin de faciliter des prises de décisions éclairées des épargnants; et ceci à juste titre, avec l'avènement des Fintech et les offres d'épargne digitale qui se multiplient.

Ainsi, encourager l'éducation financière à l'école, promouvoir les formations en entreprise, et aider les consommateurs de produits financiers à se poser les bonnes questions, est un des enjeux majeurs de notre siècle. La crise des « subprimes » nous a fait prendre conscience du risque de crise systémique et les crises grecque et espagnole ont montré que même les États pouvaient se retrouver en difficulté. Maintenant, chacune et chacun d'entre nous sait que les mécanismes microéconomiques et macroéconomiques sont intimement imbriqués.

Depuis plusieurs années, on assiste à un recours croissant à l'épargne individuelle s'accompagnant du transfert vers le citoyen du risque et de la responsabilité des choix relatifs aux décisions financières. La baisse des garanties collectives va obliger le citoyen à consacrer une partie croissante de son épargne pour couvrir sa protection sociale. Le recours à l'épargne individuelle est donc de plus en plus incontournable et doit s'inscrire dans le parcours de vie des Français.

Dans le même temps, le contexte de taux bas ne nous aide pas ! En effet, alors que les besoins d'épargne augmentent, les rendements des placements, eux, diminuent. Comment épargner plus en gagnant moins ? Ce contexte nécessite donc de mieux appréhender un monde de plus en plus bousculé. Et ce, d'autant plus qu'en matière de finance et d'épargne, les erreurs peuvent coûter chères et engendrer des situations parfois dramatiques comme le surendettement.

Et maintenant, quelles sont les mesures à prendre ?

Afin de répondre à cette situation, le ministère de l'Économie a mis au point en 2016, une stratégie nationale d'éducation financière, visant à former les enseignants, qui se chargeront à leur tour d'initier les élèves sur les supports d'épargne, les offres bancaires et d'autres sujets y afférents.

Il s'agit donc d'éduquer notre jeunesse dès le plus jeune âge. D'après une enquête réalisée par l'Ifop, en 2016, les 3/4 des personnes sondées sont favorables à l'éducation financière et budgétaire dans les écoles : 11% souhaitent que l'initiation se passe dans les classes primaires, 35% au collège et 32% au lycée1. L'éducation financière doit prioritairement être organisée à l'école car ce sont les enfants d'aujourd'hui qui seront les adultes de demain. Une sensibilisation à l'école primaire et un module obligatoire au collège permettraient d'acquérir les connaissances, les compétences et la confiance nécessaires.

Mais, il faut aller plus loin ! L'éducation financière doit être déclarée priorité nationale. Il est urgent de définir une stratégie nationale grand public, s'adressant à l'ensemble des Françaises et des Français, placée sous une autorité unique. Comme au Québec, cette stratégie pourrait s'appuyer sur trois axes : en parler, apprendre, agir. L'instauration d'une Journée nationale de l'Éducation financière permettrait de faire le point, tous les ans, des actions mises en place.

D'une manière générale, il est du rôle des associations d'épargnants et d'assurés de diffuser les bonnes informations et de proposer des modules de formation financière afin de permettre à toutes et tous de vivre pleinement leurs projets d'épargne. Chargées de la représentation des intérêts de leurs adhérents, il est dans leurs missions d'aider les épargnants à mieux appréhender les notions clés de la finance au quotidien, de l'épargne.

Devoir de conseil, couple rendement/risque, profil d'épargnant, appétence au risque... autant d'idées clés qui, maîtrisées, vont permettre aux épargnants de mieux comprendre la recommandation personnalisée qui leur est proposée et de choisir la solution correspondant à leurs exigences et à leurs besoins.

Dans l'intérêt d'une société juste et équitable, et dans la nécessité d'accompagner tous les publics en matière d'épargne et de finance, il est grand temps que la France déploie urgemment une véritable politique d'éducation budgétaire et financière pour l'avenir du pays et de ses concitoyens.

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1 Sondage « Éducation financière : connaissances et pratiques des Français », réalisé par l'Ifop pour le ministère de l'Économie et des Finances - Septembre 2016
2 Baromètre Deloitte, réalisé par Harris Interactive - Décembre 2017
3 Sondage OpinionWay, réalisé pour la Fédération des associations indépendantes de la défense des épargnants et pour la retraite (FAIDER) - Avril 2017

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Commentaires
a écrit le 10/05/2019 à 12:55 :
La méconnaissance du peuple français pour tout ce qui touche à l'argent est le résultat de la pénétration de tous nos rouages administratifs par une certaine idéologie selon laquelle l'argent est sale et corrompt tout ce qu'il touche. De là à mettre dans le même sac patrons, banquiers, propriétaires bailleurs et soumettre tout ce petit monde à la vindicte populaire il n'y a qu'un pas. Est-ce ainsi qu'on construit l'unité d'un pays ?
Compte tenu de la prégnance de cette idéologie en France, ce n'est pas demain que les petits français apprendront à l'école quelques rudiments d'économie ou de gestion budgétaire.
Quand on voit comment sombre l'Education Nationale dans les classements PISA, pensez bien qu'il n'est pas temps d'ajouter de la complexité aux programmes éducatifs.
a écrit le 12/01/2018 à 8:08 :
Il y a aussi l'énergie. L'économie, c'est le travail, le capital ET l'énergie. Sans énergie, nous serions encore au moyen age. Nos économistes vivent encore au moyen age.
a écrit le 11/01/2018 à 19:19 :
Si vous trouvez des livres d économies dans une bibliothèque municipale , c est que vous n êtes pas en France .
Apprendre les bienfaits d une inflation voulue , donne des boutons devinez à qui ?
a écrit le 11/01/2018 à 14:23 :
Vous avez raison la finance c'est simple et au final c'est toujours la même histoire, la bourse ce sont toujours les plus gros qui y gagnent le plus, c'est mathématiques.

Je comprends bien que les financiers aimeraient piller les petits épargnants plutôt que de se piller entre eux mais depuis 2008 ceux-ci sont devenus méfiants investissant massivement dans la pierre permettant à l'immobilier de tenir malgré la baisse du pouvoir d'achat.

Je veux bien leur enseigner à l'école aux petits moi l'économie et la finance mais à mon avis malgré mes connaissances bien supérieures aux deux trois trolls qui viennent nous désinformer ici-même cela m'étonnerait que des privés ou leur serviteur l'état me valident en tant qu'enseignant.

Non ils valideront des profs qui génèrent des gogos là pour se faire plumer par les gros.

Dommage, par contre c'est vraiment pas beau ce que vous faites là...

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