Hollande ou la déchéance présidentielle

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Y-a-t-il vraiment du courage politique à refuser l'obstacle de l'évaluation par le peuple ? Par Jean-Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 La Sorbonne, Président de j c g a

Quelle incroyable quinzaine politique ! Après les épisodes des défaites mortifères de Nicolas Sarkozy et d'Alain Juppé voici maintenant celui de l'évasion de François Hollande !

Certains dans sa propre famille, les mêmes qui aboyaient depuis des semaines pour exiger son retrait, pleurent désormais une admiration pour son courage politique et sa dignité personnelle, d'autres, en particulier ses adversaires des droites et du centre évoquent une lucidité politique et du respect. Rejet, impopularité, défaite programmée, ... comme dans une Union Nationale de libération, les deux camps se rejoignent dans les constats et soulignent une posture enfin présidentielle.

Du courage, vraiment?

Y-a-t-il vraiment du courage politique à refuser l'obstacle de l'évaluation par le peuple ? La seule qui existe véritablement, l'élection, le retour devant celles et ceux qui vous ont fait confiance pour les représenter ? Pas l'évaluation par les photographies de la république des sondages, ni même les désirs de la famille politique. La piste certes cahoteuse de la Présidence n'est pas la villégiature d'un promeneur de la politique. Il y a eu de l'engagement, il y avait des comptes à rendre, ne serait-ce que sur ses promesses en matière d'emploi.

Nous n'avons que faire des regrets personnels ? Nous aurions préféré qu'il nous avoue un besoin d'un retour vers plus de liberté. Que la charge de la fonction l'épuisait et qu'il craignait pour la qualité de son engagement pour la défense des intérêts des Français ! Qu'on ne sort pas indemne de cette immersion dans l'intensité du pouvoir et du devoir. Pas cette repentance sur la déchéance de la nationalité.

On ne grandit pas dans le renoncement

On pourra peut-être un jour célébrer un art de l'énigme politique mais on ne grandit pas dans l'histoire dans le renoncement. Certes on ne gagne jamais seul, mais si s'effacer c'est parfois beau et digne dans un roman, c'est souvent un abandon dans le réel.

Où est donc passé le narcisse affranchi du « Un Président ne devrait jamais dire cela » ? Celui qui se libérait du carcan de la pensée clientéliste du vieux marketing politique, celui qui livrait sa vérité en bloc, son réel inaudible par le microcosme politique, celui qui inventait un journal de bord mémoriel live, celui qui semblait proche d'une autonomisation présidentielle assumée ? Il s'est évadé.

Face à Fillon, un retour à un affrontement classique était possible

Pourtant si François Hollande avait perdu son meilleur ennemi avec l'élimination de Nicolas Sarkozy, il avait échappé cette semaine à son adversaire le plus dangereux en la personne d'Alain Juppé. La victoire de François Fillon lui offrait même un combat électoral aux contours inespérés. L'opportunité d'un retour électoralement rassurant à un affrontement classique avec un leader clairement positionné, entre libéralisme et conservatisme, à droite. De quoi confirmer ce qui était attendu, presqu'annoncé : François Hollande serait candidat à un second mandat présidentiel, affronterait et ferait taire la fronde et fédérerait les socialistes et leurs alliés pour aborder un premier tour présidentiel certes difficile mais totalement recomposé par la vague Fillon. Evidemment rien de garanti, pas d'assurance de gagner, mais de l'exercice du courage, de la dignité et de la responsabilité.

La victoire de Donald Trump après celle du Brexit, ouvraient même la possibilité historique d'un nouveau leadership européen.

Contrairement à Nicolas Sarkozy battu deux dimanches plus tôt, il n'a pas désigné de favori encore moins de successeur. Primaire de la gauche sanglante à suivre ! Et que dire de la Présidentielle et surtout des législatives pour les mêmes forces de gauche.

Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne, Président de j c g a, CEO de Zenon7, Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 05/12/2016 à 10:19 :
Votre optimisme et votre foi envers notre système électoral laisse rêveur, je ne vois pas quels éléments peuvent vous faire penser que les élections telles que nous les connaissons, enfin telles que nous les subissons plutôt, ont apporté ou peuvent apporter quoi que ce soit, si jamais vous aviez des exemples de réussites, à part le front populaire je n'en vois aucune, n'hésitez surtout pas à nous les "rappeler" svp.

Oui en effet dans un contexte de véritables élections démocratiques ne pas se présenter serait un signe de lâcheté c'est évident, une volonté réelle de ne pas assumer son échec et surtout dans le cas de hollande sa trahison envers son électorat de gauche. Maintenant nous ne sommes pas au sein du déroulement parfaitement démocratique de nos institutions, sarkozy a prouvé que n'importe qui pouvait faire n'importe quoi avec elles, aller jusqu'au bout de l'inimaginable comme le dossier Lybien sans qu'aucun garde fou ne leur soit opposé.

Par ailleurs Hollande vit depuis 5 ans un véritable hollande bashing de la part des médias., tellement flagrant qu'il y a une semaine ils affirmaient tous que plus personne ne voulait qu'il se présente et maintenant qu'il refuse de se présenter ce serait un lâche. Amis de la schizophrénie et de la bipolarité bonjour.

La doctrine néolibérale étant leur unique principe il se doutait bien qu'il perdrait et ne pourrait complètement l’appliquer, par contre en se défaussant sur valls et en organisant des primaires bidouillées, on met 5 candidats de centre-gauche gauche face à deux de droite, et le tour est joué c'est un mec de droite assuré de gagner.

Plus on prend du recul plus on est précis sur les phénomènes et plus notre analyse est complète. Ce 'est pas hollande qui incarne la déchéance de notre système présidentiel c'est notre système électoral qui ne fait que faire se succéder au pouvoir des serviteurs de l'ancien régime discrédités de fait car d'abord là pour servir l'intérêt de leurs réseaux plutôt que celui de leurs administrés.
a écrit le 04/12/2016 à 20:45 :
Et homris permettre à ce monsieur de dire qu'il existe quel est l'intérêt de cet article?
Je peux avoir la même analyse au café du commerce.
a écrit le 03/12/2016 à 9:11 :
Il a voulu jouer les intermédiaires entre la politique que Bruxelles (l'Allemagne) veut appliquer et le maintient d'une politique française, il n'a su convaincre ni l'un, ni l'autre!
a écrit le 03/12/2016 à 7:54 :
Que vouliez-vous qu'il fît ? Qu'il se fît hacher menu ? L'on s'achemine allégrement vers une conception sacrificielle du président de la République : bouc émissaire - en sus de ses erreurs et faiblesses propres (qui en est exempt ?) - de l'indifférence aux questions de la Cité de citoyens qui trouvent toujours quelque tâche urgente pour projeter sur leur représentant suprême ("il a été élu pour ça, non?!") leurs égoïsmes et leur peu d'intérêt pour la res publica.
a écrit le 02/12/2016 à 20:07 :
Davet et Lhomme m'ont tuer.

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