La croissance menacée par la démographie

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la croissance menacée par la démographie

La démographie est la grande oubliée des analyses de la croissance alors même qu'elle est sa composante la plus prévisible. Pour mesurer la performance d'un pays par rapport à un autre, l'étalon phare demeure le taux de croissance du PIB. Pour incorporer l'effet démographique, c'est l'évolution du PIB par habitant que l'on regarde le plus souvent, c'est-à-dire par rapport au nombre de bouches à nourrir. Il y en a pourtant un autre encore plus parlant : le PIB rapporté à la population en âge de travailler, par convention les 15-64 ans, c'est-à-dire par rapport à la force de travail disponible. Cela synthétise à la fois l'évolution de la productivité et la capacité d'un pays à mobilier sa main-d'œuvre pour créer des richesses. C'est un véritable indicateur de vigueur de la croissance endogène. Cinq pays ont été sélectionnés : États-Unis, Japon, Allemagne France, Chine.

Le Japon fait mieux que les USA depuis 2008

Premier duel, États-Unis-Japon, le match des extrêmes avec d'un côté le leader de la croissance des pays développés et de l'autre celui qui se retrouve systématiquement ou presque, en bas de classement. Première surprise, ainsi retraité sur longue période, l'indicateur progresse de 53% pour les premiers et de 54% pour le second, autant dire que la différence est maigre, voire inexistante entre les deux, compte tenue de l'aléa statistique. De quoi bousculer nos fausses certitudes sur « La » où « les » décennies perdues au Japon. Et pour cause, entre le pic de 1995 et 2018, le Japon connaît une hémorragie de 12 millions de sa population en âge de travailler, une chute de 14%. C'est à front renversé avec les États-Unis dont le nombre des 15-64 ans progresse de 39 millions sur la même période. Bien entendu, le Japon a payé au prix cher l'éclatement de ses bulles financière et immobilière au début des années 90, ses erreurs de pilotage et la crise asiatique. Mais à y regarder de plus près, en resserrant l'analyse depuis la grande crise, il fait mieux que les États-Unis.

Un simple calcul permet de mieux appréhender l'ampleur du phénomène démographique : entre 2008 et 2018, le PIB japonais a progressé de 6,9%. En plaquant la démographie américaine à l'efficacité de l'économie japonaise, la hausse aurait été de 23,2%, soit un rapport de 1 à 3,3. Le même type de calcul pour les États-Unis fait tomber la croissance du PIB de 19 à quasiment 3% avec la démographie japonaise, une division par près de 6.

L'Allemagne, c'est la démographie US alliée à l'efficacité japonaise

Au tour de la France d'entrer dans le jeu. Premier constat, elle est à la traine (+41%) mais pas complètement lâchée. Deuxième constat, le décrochage est récent, depuis 2010, c'est-à-dire au moment où pressée par l'Allemagne elle s'aligne sur une orthodoxie budgétaire rigide, et surtout sur une déflation salariale et une concurrence fiscale pour retrouver le chemin de la compétitivité. Il y a de la casse, et avec la montée du chômage une partie de la population en âge de travailler ne participe plus à la création de richesse.


Au tour de l'Allemagne. Son entrée dans le jeu est fracassante, car c'est elle qui prend le leadership du classement (+67%). Des pays avancés, l'économie allemande apparait la plus performante avec en plus, après la grande récession, un boum démographique lié à l'explosion de l'excédent migratoire sous l'impact à la fois de l'arrivée de jeunes issus des pays du Sud ou de l'Est de Europe, puis des différentes vagues de réfugiés venus de pays en guerre, notamment de Syrie.


Ce n'est peut-être qu'une parenthèse, mais l'Allemagne, ces dernières années, c'est la démographie américaine alliée à l'efficacité japonaise. Et on se prend à rêver : si l'économie française, avec sa démographie, était aussi performante que l'économie allemande, elle aurait gagné 4 points de PIB sur les dix dernières années, environ 2 ans de croissance, une année gagnée tous les 5 ans !

Quant à la Chine sa performance est hors norme et écrase même si le chiffre du PIB est en partie truqué. Si la performance chinoise s'explique par l'amélioration de l'efficacité de son économie, elle le doit aussi au boum de sa population en âge de travailler jusqu'en 2014, au moment où la tendance s'inverse. C'est la fin du dividende démographique.

Et ce mur démographique, tous les grands pays avancés à des degrés divers doivent y faire face. C'est un obstacle à la croissance à court comme à long terme, ce qui éclaire d'un jour nouveau la politique migratoire.

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Commentaires
a écrit le 23/02/2019 à 9:09 :
Il faut tenir compte du nombre et aussi de la qualité de la population (le capital humain). Voir et appliquer la note n°6 du CAE, page 12. Mais qui pourra le comprendre??
a écrit le 21/02/2019 à 13:19 :
Le contrôle des naissances passent par l’évolution des mentalités humaines
a écrit le 20/02/2019 à 13:39 :
C'est la croissance démographique qui ralenti le recyclage!
a écrit le 20/02/2019 à 13:35 :
C'est très intéressant et c'est un point de vue original.
Avec quand même une limite, plus la part de la population active dans la population totale d'un pays est faible plus les cotisations sociales vont être élevées sur les travailleurs. En effet le reste de la population (enfants, retraités) bénéficient de services publics (santé, éducation) qui pèsent sur le budget de l'Etat, ce coût va reposer sur les épaules de la population active et donc sur le coût du travail directement ou indirectement. Bref le calcul proposé dans cet article ne gomme pas l'avantage que peut procurer une certaine structure démographique par rapport à une autre, par exemple l'Allemagne a eu cette dernière décennie une très forte proportion de la population active du fait de sa faible natalité. Maintenant qu'en Allemagne cette proportion s'oriente à la baisse , il est possible que l'Allemagne perde en compétitivité.
a écrit le 20/02/2019 à 11:21 :
Juste un détail dans cette avalanche de pourcentages: la planète n'est pas un open bar. Le monde est en excès démographique notoire. Concernant la France, le bar est vide fin juillet. On peut raconter ce qu'on veut sur l'efficacité démographique, sur la productivité des personnes en age de travailler, après 7 mois il n'y a plus de matières à enfourner dans le process. Faut pratiquer une réduction progressive d'effectifs, comme dans un plan social. Sans baston si possible, mais là c'est mal parti.
a écrit le 20/02/2019 à 10:15 :
En ces temps de propriétaires d'outils de production et de capitaux totalement aliénés il vaut mieux espérer que nos populations européennes s'effondrent afin de laisser le moins d'outils disponibles aux dégénérés qui comme on le voit font déjà beaucoup de dégâts.

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