La nouvelle guerre froide n’est pas forcément celle que l’on croit

LE POLITISCOPE. Face à l’émergence chinoise, Emmanuel Macron souhaite rétablir le dialogue avec la Russie. Par Marc Endeweld, journaliste (*).
Marc Endeweld

4 mn

(Crédits : POOL New)

 Sur le front international, Emmanuel Macron surprend son monde. Multipliant les formules chocs, il tente de bousculer le petit village des relations internationales, notamment les diplomates et leurs œillères si confortables. Fin août, lors de son discours aux ambassadeurs, il avait stigmatisé « l'État profond » qui régnerait au Quai d'Orsay, et qui résisterait à tout rapprochement avec la Russie de Vladimir Poutine. Étrange victimisation publique de la part d'un chef d'État qui fait part ouvertement de son impuissance à transformer en profondeur l'administration diplomatique.

Doublement étrange, car cette formule, celle de « l'État profond », est utilisée régulièrement par Donald Trump et ses partisans face à l'establishment de Washington, et face au Pentagone et aux services de renseignement. Reste qu'aux États-Unis, le « complexe militaro-industriel » existe bel et bien, et a naturellement tendance à s'autonomiser des responsables élus. En pleine guerre froide, le président Eisenhower, héros de guerre, décriait à raison ce véritable lobby d'État alors hostile à toute détente vis-à-vis du bloc soviétique. On est bien loin de cette situation en France.

Au cours de sa campagne, Emmanuel Macron avait annoncé la couleur. Dans ses discours, il affirmait vouloir tourner la page du « néoconservatisme », et assumait se placer dans une logique « gaullo-­mitterrandienne ». Dans son livre Révolution, il consacrait un chapitre aux relations internationales, dans lequel il critiquait l'interventionnisme militaire au nom de considérations humanitaires, tirant notamment les leçons du fiasco de l'après-guerre en Libye. Il annonçait aussi vouloir rétablir un dialogue avec la Russie.

Désengagement américain vis-à-vis de l'Europe

Dans son interview choc à The Economist, dans laquelle il constate « la mort cérébrale de l'Otan », Emmanuel Macron propose un diagnostic sans concession de la nouvelle donne. Constatant le désengagement américain vis-à-vis de l'Europe, il souligne « l'effondrement du bloc occidental ». C'est pourquoi il exhorte ses partenaires à assumer l'établissement d'une « Europe puissance » pour assurer leur autonomie stratégique et leur sécurité : « Vous devez réinternaliser votre politique de voisinage, vous ne pouvez pas la laisser gérer par des tiers qui n'ont pas les mêmes intérêts que vous. » Ajoutant : « Je pense que l'Europe ne sera respectée que si elle-même a une réflexion en termes de souveraineté. »

Contrairement à de nombreux acteurs - diplomates, journalistes, intellectuels - qui n'ont pas mis à jour leurs cartes mentales dès qu'il s'agit de relations internationales, Emmanuel Macron prend en compte l'actuel renversement du monde. Dans la guerre froide opposant l'ex-URSS et le « bloc occidental », l'Europe était au cœur du choc. Aujourd'hui, c'est l'Asie qui se retrouve au centre du jeu, tant au niveau économique que d'un point de vue géopolitique, à travers la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, pouvant amener à une marginalisation de l'Europe. Dans ce contexte, les défenseurs du « bloc occidental » comme les tenants du « gaullo-­mitterandisme », deux écoles du Quai d'Orsay, sont aveugles aux menaces croissantes qui visent le Vieux Continent. N'oublions pas que durant la guerre froide, les « conflits périphériques » se multipliaient en Asie ou en Afrique, et justement, l'Europe est bien en train de devenir la périphérie du monde...

5G, routes de la soie et... coopération nucléaire

Alors, face à l'émergence chinoise, Emmanuel Macron propose à la Russie de « rétablir une politique d'équilibre avec l'Europe ». À The Economist, il présente sa stratégie avec un brin de malice : « Je regarde les plans de table qui sont faits dans les réunions pour la nouvelle route de la soie, et le Président russe est de moins en moins près du Président Xi Jinping. Il voit les choses qui changent et je ne suis pas sûr que ça lui plaise. [...] Je ne crois pas une seule seconde que sa stratégie soit d'être le vassal de la Chine. »

Il dévoile aussi sa volonté de ne pas laisser aux Chinois le monopole technologique sur le développement de la 5G en Europe, au nom de la protection des données : « Pendant des années, on a délégué aux opérateurs de télécommunications des choix souverains, des sujets d'intérêt général qui ne peuvent pas être gérés par les entreprises. » En privé, Emmanuel Macron ne cesse de dénoncer « les réseaux pro-chinois en France », et s'est fortement opposé à ce que les opérateurs Free et SFR équipent leur prochain réseau 5G avec du matériel du géant Huawei, au grand dam de Patrick Drahi et de Xavier Niel, toujours soucieux de réduire leurs coûts. Le chef de l'État est également attentif au projet chinois des routes de la soie, qui vise à permettre à la Chine de mieux contrôler les points d'entrée avec ses clients. Dans ce contexte, qu'en sera-t-il de l'industrie nucléaire, un domaine dans lequel Chinois et Français ont appris à coopérer depuis quarante ans ?

Marc Endeweld

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Commentaires 3
à écrit le 12/12/2019 à 18:17
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Poutine : vous voyez cet homme faire violence aux autres et aussi à son peuple ... consciencieusement et depuis des années ... je suis le plus fort !!! ... je vais tous vous tuer !!! ... bon ... d'accord ... il ne suffit pas de le crier ... la vie c...

à écrit le 12/12/2019 à 8:51
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Quand rien n'est clair dans sa tête on ne peut pas être clair dans son comportement. La soumission de notre président envers les mégas riches européens ne peut que le desservir à l'international car les dirigeants étrangers savent parfaitement ce qu'...

à écrit le 12/12/2019 à 7:55
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On a toujours l'impression que les médias interprètent les désirs des présidents, qui du coup n'ont aucun pouvoir de décision et ne font que régner pendant que d'autres tirent les ficelles dans l'ombre!

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