La stratégie fiscale de Macron : du discours aux réalités

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, du discours aux réalités sur la stratégie fiscale de Macron

 Le révolutionnaire auto-proclamé Emmanuel Macron a-t-il une stratégie fiscale à la hauteur de ses ambitions ? Voilà longtemps que l'on parle de la nécessité d'une grande remise à plat. La refondation de l'ISF et la flat tax sur le capital ont certes permis aux commentateurs d'utiliser des superlatifs. Mais si la loi de finances 2018 comporte bien des mesures fortement symboliques, elle ne dit pas tout de la vision du projet présidentiel.

 A ce stade, la stratégie fiscale semble d'abord centrée sur les personnes. Elle vise d'abord à alléger la fiscalité des ménages. Elle bénéficie d'abord aux détenteurs de patrimoine, groupe supposé inclure les entrepreneurs. Le budget prévoit ensuite un certain nombre d'allègements visant la classe moyenne, mais ils sont lissés dans le temps et ne prendront leur plein effet que progressivement. Cela confère à la loi de finances 2018 un caractère anti-redistributif à court terme, qui n'est pas nécessairement représentatif de la ligne gouvernementale à moyen terme.

Résumer Macron à une politique pro-riches est beaucoup trop réducteur

Quand l'exonération de la taxe d'habitation sera menée à son terme, ce ne seront plus trois mais neuf à dix milliards qui seront restitués aux ménages. Lorsque la baisse des cotisations salariales jouera en années pleine, elle fera plus que compenser la hausse de la CSG programmée cette année. Et les salariés seront gagnants à terme de la bascule des cotisations sur la CSG.

Sur le bas de la distribution, il faut aussi prendre en compte la revalorisation du minimum vieillesse, augmenté de 100 euros par mois à la fin du quinquennat, ainsi que la hausse de la prime d'activité qui devrait s'élever à 80 euros par mois au niveau du smic au terme du mandat.

Résumer la stratégie fiscale d'Emmanuel Macron à une politique pro-riches, pro attractivité et utilisant les retraités comme nouvelles vaches à lait est donc excessivement réducteur. Pour l'heure, c'est un savant dosage qui prévaut, comme depuis toujours en France. Mais une fois que l'on a rectifié son jugement sur la ligne anti-redistributive de la politique fiscale, surgit une autre question. Quelle en est la lisibilité ?

Un assemblage hétéroclite plutôt qu'une grande remise à plat

Une petite dose de baisse de cotisations salariées, combinée à une baisse de la taxe d'habitation pour le pouvoir d'achat, combinée à une décrue des taxes sur le capital financier pour favoriser l'épargne risquée, ce à quoi il faut ajouter une pérennisation du CICE qui dans ses nouvelles modalités fera des perdants, une baisse de l'IS à 25% à horizon 2022, et une hausse significative de la fiscalité environnementale... Tout cela ressemble plus à un assemblage voire un essaimage fiscal hétéroclite qu'à une grande remise à plat.

Et tout ce que l'on sait in fine, c'est que le gouvernement souhaite réduire la pression fiscale d'à peine plus de 1 point de PIB entre 2017 et 2022 : 43,6% versus 44,7 % en 2017... Ce qui ne devrait pas bouleverser le rang français de champion européen des prélèvements.

Le pacte de responsabilité, revu et corrigé

Ce que l'on sait aussi, c'est que c'est par la modération des dépenses que le gouvernement entend atteindre un objectif de quasi-équilibre budgétaire à horizon 2022. Rien qui démarque nettement Emmanuel Macron de François Hollande, qui rétrospectivement fait figure de réformateur audacieux avec ses allégements de plus de 40 milliards en trois ans des prélèvements sur les entreprises.

Bref, difficile de trouver la formule synthétique pour qualifier la stratégie fiscale du chef de l'Etat. Pour l'heure, peut-être n'est-il avant tout que le correcteur pragmatique de son prédécesseur, qui avait cru pouvoir taxer les riches pour alléger le fardeau fiscal de l'entreprise... ignorant en cela la figure multidimensionnelle de l'entrepreneur, pour qui aucun de ces éléments n'est séparable. Que l'on taxe son entreprise, au niveau du travail ou du capital, ou sa fortune l'indiffère. Macron, c'est peut-être cela : le pacte de responsabilité, revu et corrigé.

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Commentaires
a écrit le 21/11/2017 à 11:16 :
j avais deja dit que pour faire sont programe macron devras double les 1;7%de csg ou trouve d autre moyens, donc le feuilleton macron n est pas fini VOUS EN AVAIS PRIS POUR 5 ANS???///PATIENCE IL EN RESTE QUE 4 ET DEMIE////
a écrit le 20/11/2017 à 19:41 :
la stratégie de Macron est de gouverner avec l'assurance de ne pas être contraint par deux groupes aux capacités de blocages dangereux : les fonctionnaires et les organisations syndicales .
sa politique fiscale consiste en priorité à dégager des moyens financiers supplémentaires importants pour pouvoir "arroser" et neutraliser ainsi ces groupes , tout en maitrisant la dérive du déficit public .
la hausse massive de la CSG (plus de 20%) , celle de la fiscalité des carburants , l'imposition dite exceptionnelle des 320 plus grandes sociétés françaises , et autres taxations nouvelles vont apporter à l'Etat ente 25 et 30 milliards d'euro de plus en 2017 et 2018 .
mais bien sûr il a choisi ceux qui paieront le plus la facture , ceux les moins à même de pouvoir contester , : les retraités et les chômeurs .
on sait déjà la contribution exigée des retraités , celle des chômeurs va être découverte dès 2018 . la suppression de la cotisation chômage des salariés va amputer la ressource de l'UNEDIC de 11,5 milliards d'euro en 2018 , cela donne une idée de la "contribution" qui sera demandée aux chômeurs .
les fonctionnaires dont aucune raison économique ne justifie une augmentation sensible de leur rémunération vont grâce à l'astuce Macron de compensation de suppression de cotisations sociales gagner un bonus de salaire d'environ 2% . un côut global de 5 à 6 milliards financé par ... les retraités .
les syndicats eux gagnent le maintien intégral de leur financement pourtant si onéreux pour les entreprises et l'Etat , plus des garanties pour que rien ne bouge sur leurs pratiques et ressources .
la suppression de la taxe d'habitation plus partielle que annoncé , sa compensation auprès des collectivités locales non garantie dans le temps , vont grêver un peu le budget de l'Etat mais très provisoirement si on en juge par la fronde actuelle des maires question donc de stratégie fiscale ,Macron va encore nous surprendre . hausses d'impôts inévitables .
a écrit le 20/11/2017 à 12:39 :
"il faut aussi prendre en compte la revalorisation du minimum vieillesse, augmenté de 100 euros par mois à la fin du quinquennat,"

Parce que honnêtement vous ne pensez pas que dans un an ou deux on va nous dire que ça coute trop cher qu'on peut pas le faire ?

Vous validez une promesse comme vérité, c'est plus que risqué au sein d'une analyse, cela en a trompé plus d'un.

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