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Le défi du changement climatique est une opportunité pour la France

Pierre Haren, Laurent Gouzenes, Laurent Philonenko, Yves Bamberger et Christian Deutsch

Publié le 25 juillet 2023 à 11:08 - Mis à jour le 25 juillet 2023 à 11:08

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Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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OPINION. Les défis climatiques ne sont pas les seuls que doit affronter la France. Il y a aussi celui de l'approvisionnement en matières premières ou encore ceux de l'indépendance alimentaire et énergétique. Cependant, notre pays ne manque pas de talents ni d'expertise, de savoir-faire et de champions mondiaux dans des secteurs clés pour les relever. Par Pierre Haren, Laurent Gouzenes, Laurent Philonenko, Yves Bamberger et Christian Deutsch (*).

A l'heure où nous écrivons ces lignes, un dôme de chaleur écrase une bonne partie de l'Europe et des Etats-Unis, le Canada continue de vivre des incendies gigantesques et précoces dans la saison, et la liste des pays faisant face à des problèmes d'eau s'allonge, que ce soit par des sécheresses (Egypte, Inde, Maroc, Tunisie) ou des inondations (Pakistan, Bengladesh, Etats-Unis...).

Au delà de la surmortalité engendrée par les vagues de chaleur, l'impact économique du dérèglement climatique s'annonce majeur en 2023 :

  • En Argentine, la sècheresse de cette année accentue une crise économique dont le pays mettra probablement de longues années à se relever, surtout en cas de défaut de remboursement de sa dette.
  • En Espagne, la sècheresse menace cette année 60% des récoltes, et conduit déjà à des tensions politiques au-delà de ses frontières.
  • En France, après une année 2022 très déficitaire, le régime pluvieux de début 2023 s'est révélé encore anormal, et a conduit nombre d'agriculteurs à des mesures drastiques de conservation d'eau, qui induisent des pertes de production significatives.

La multiplication et l'aggravation des incendies et des canicules, la régression de l'enneigement et l'augmentation des évènements climatiques extrêmes, avec leur cortège de conséquences humaines, sociales, écologiques et économiques nous montrent que les effets du changement climatique ne sont pas pour 2100 ou 2050 mais se manifestent dès maintenant.

De plus, l'espoir de rester sous les 1,5 degrés de l'accord de Paris s'amenuise. Les derniers travaux du GIEC

[1]

montrent qu'il faut envisager une augmentation de la température de quatre degrés avant la fin du siècle dans notre pays (la hausse de la température planétaire n'est pas uniforme, et les modèles prédisent que l'Europe de l'Ouest se réchauffera plus que d'autres zones). Dans un tel scénario, il est clair que nous n'allons pas vers un changement, mais vers une série de bouleversements susceptibles de s'aggraver mutuellement. S'y ajoutent des crises qui n'ont pas d'origine climatique mais ne font qu'accentuer les problèmes, tels la pandémie COVID ou la guerre en Ukraine. Dans ces conditions, la France pourrait très probablement avoir le climat du Maroc d'ici 50 ans.

Il ne suffit pas de penser que les défis climatiques sont les seuls que doit relever la France : il y a aussi les défis des matières premières, de l'indépendance alimentaire et énergétique. En conséquence notre souveraineté voire l'existence même de notre modèle social et économique sont menacés. Ces défis sont tous des défis complexes, lourds et de long terme : ils doivent être pris avec le plus grand sérieux et les moyens proportionnés aux enjeux.

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Les défis sont pour demain, mais l'action préventive doit commencer aujourd'hui. Nous sommes en situation d'urgence, et nous ne pouvons plus ignorer la question des actions à mener, pour nous, nos enfants et les générations suivantes.

Des objectifs vitaux pour la France

Face à ces défis, la France doit se fixer des objectifs ambitieux et réalistes, et mobiliser les moyens et organisations pour y arriver.

Les principaux défis que nous voyons sont les suivants :

  • Résister aux changements climatiques (notamment la sûreté d'approvisionnement en eau des différentes filières économiques, l'adaptation des logements)
  • Atteindre un niveau suffisant d'indépendance énergétique (avec un objectif zéro pétrole/zéro gaz importés)
  • Retrouver l'indépendance et la sureté alimentaires
  • Viser autant que possible l'autonomie en matières premières.

Evidemment tous ces sujets sont liés. Par exemple, la résistance au changement climatique et l'énergie:

  • Comment refroidir des centrales nucléaires installées le long de fleuves déjà chauds ou asséchés [2]?
  • Comme assurer l'irrigation nécessaire à l'agriculture en période de sécheresse forte ?

La première étape pour traiter ces défis consiste à développer un ensemble de scenarii permettant de comprendre les impacts et leurs ordres de grandeur.  Ces scenarii pourraient être bâtis à la fois sous forme d'histoires et de liens de causalité.

Il nous semble urgent d'écrire un récit anticipé du 21e siècle spécifique à la France

[3]

, chaque chapitre présentant des crises. Un chapitre important anticiperait « la grande sécheresse de 2039-2047, où la France ne reçut que 350 mm d'eau au lieu des 750 mm en moyenne sur la période 2000/2020 ». Un autre chapitre décrirait « l'arrêt total des importations de pétrole et de gaz en 2041 », etc.

La modélisation par liens de causalité permet de faciliter les analyses et la compréhension des chaines d'événements et de relier des problématiques sectorielles entre elles. De tels schémas de causalité peuvent être établis par des groupes d'experts, et servir de modèles de base complétés quantitativement afin de simuler les impacts entre éléments, ainsi que leurs aspects temporels (an, décade, siècle...)

Plus généralement, toutes les techniques d'ingénierie

[4]

doivent être déployées pour analyser des futurs possibles pour dimensionner les objectifs en volume et aussi les placer dans le temps. Il s'agit d'un gros travail préparatoire, mais indispensable pour définir les programmes d'action.

Les solutions existent ou peuvent être trouvées

Pour relever ces défis, des mesures fortes et sans regret quoi qu'il arrive s'imposent, et demandent une volonté et une cohésion nationales : il s'agit de réussir une mutation écologique ambitieuse, non seulement climatique mais également économique et inclusive.

Pour être acceptées, les nécessaires transformations économiques devront tenir compte des inerties et capacités d'adaptation du pays : il faut proposer des transitions et non des chocs. La bonne gestion du temps, spécialement la prévisibilité et la stabilité des politiques, sont fondamentales pour permettre les adaptations, c'est-à-dire pour que tous, citoyens comme industriels et autres acteurs économiques puissent agir.

La France ne manque pas de talents ni d'expertise et de savoir-faire pour relever ces défis : elle doit mobiliser startups et grandes entreprises d'autant que nous avons les leaders mondiaux dans l'eau, l'énergie et les infrastructures ainsi que des startups  prometteuses.

Notons que les exportations de nos solutions seront un facteur essentiel de succès : il y a 100 fois plus de clients dans le monde qu'en France. Répondre au-delà du seul marché français et autant que possible au-delà du marché européen sera une source de succès technologiques et économiques. Si nous ne le faisons pas, d'autres s'en chargeront, et cela ne fera qu'accentuer notre dépendance vis-à-vis d'autre pays plus ou moins bienveillants et diminuer notre compétitivité. Que l'on ne nous dise pas que ce n'est pas possible : d'autres pays, de diverses tailles allant de la Suisse à la Chine en passant par la Corée du Sud ou Taiwan, ont réussi grâce à leur capacité organisationnelle.

L'Etat peut et doit orienter le marché et faciliter l'accélération technologique et la mutation économique grâce à des programmes nationaux cohérents associant public et privé favorisant le développement d'écosystèmes industriels. Les conditions de succès de ces programmes nationaux sont également liées à la création d'une dynamique d'ensemble et à une appropriation raisonnée et partagée d'une transition écologique systémique et rapide.

Ceci est d'autant plus important qu'elle nécessite souvent de choisir entre des intérêts contradictoires : cette nécessité favorise le dénigrement auquel sont soumis certaines entreprises ou certains projets et peut être un frein aux investissements des entreprises et à la réalisation de projets

De manière concrète et non-exhaustive, la France dispose de champions mondiaux dans les secteurs clés de la transition énergétique et écologique. Mentionnons les secteurs suivants :

  • Gestion de l'eau. Ceci comprend la gestion des nappes phréatiques, le dessalement et retraitement de l'eau, les grandes infrastructures telles que barrages, digues, et de manière générale la distribution. Citons Veolia et Bouygues comme entreprises championnes.
  • Energie. Ce segment couvre la génération électrique et équipements associés comme le nucléaire, les turbines et les barrages, mais aussi les carburants propres (SAF) et l'hydrogène. Citons EDF, Engie, TotalEnergies, Orano, Schneider Electric.
  • Bâtiment et travaux publics. Ce secteur recouvre la construction et l'exploitation de tous types d'ouvrages publics, industriels et aussi résidentiels. Des entreprises telles que Bouygues, Lafarge-Holcim, St Gobain, Eiffage ou Vinci sont leaders.
  • Transports. Cette industrie comprend les transports routiers, maritimes, aériens et ferroviaires. Nos champions en sont Renault, Stellantis, Naval Group, Airbus, Safran, Alstom, CGA-CGM, Air France-KLM.

Ces quatre secteurs majeurs sont étroitement liés dans une économie moderne, car ils supportent l'infrastructure essentielle du pays et les besoins de base des personnes. Ils portent également sur la gestion des biens communs et des territoires, ce qui est un point essentiel au regard de l'action gouvernementale et des politiques locales. De ce fait, la gestion des achats publics et les partenariats public-privé prennent une importance particulière.

Cette liste mérite évidemment discussion et est certainement incomplète. Le besoin de programmes sur l'eau et sur l'énergie n'est guère discutable. Sur l'eau, les autorités scientifiques le montrent abondamment

[5]

. Quant au besoin de davantage d'électricité bas-carbone, il est chaque jour plus visible avec la nouvelle phase d'électrification massive qui commence. De nombreux domaines sont concernés : le déploiement des pompes à chaleur dans le bâtiment et l'industrie, le développement des transports électriques, l'électrification de procédés industriels ou, quand l'électrification directe n'est pas possible, l'utilisation d'hydrogène produite par électrolyse de l'eau ou la reformation de méthane, etc.

Favoriser les écosystèmes industriels

Dans l'eau, le génie civil et l'énergie nous avons des champions nationaux, dans les renouvelables, l'agriculture et les batteries, nous avons des chercheurs et des startups de grande qualité mais notre industrie n'est pas assez développée. Au-delà de France 2030, il faut favoriser les écosystèmes industriels et développer davantage de formations adaptées, à tous les niveaux. Ceci signifie également que nous devons continuer à favoriser les startups et leurs interactions avec les grands groupes. Les startups françaises en « climate-tech » et « agritech » sont remarquables d'innovation, et méritent un appui prononcé leur permettant de croitre rapidement avec le soutien de grands clients et de grands groupes industriels, qui sont souvent les mêmes.

Comment mettre en place les conditions d'une action efficace et durable ? Il est clair que des changements sont nécessaires, et il est important de comprendre les retours d'expérience de pays ayant atteint des positions avancées dans des domaines stratégiques, qu'ils soient grands ou petits, en particulier en ce qui concerne la gouvernance scientifique et technologique.

De même, éducation et formation continue seront des facteurs clés de la réussite. De nouvelles industries demandent de nouvelles compétences, qu'il faudra bien acquérir quelque part, que ce soit en formation initiale ou par le biais de reconversions.

Mettons toutes les chances de notre côté pour que la France opère cette transition vers une économie durable, prospère et efficace.

_______

(*) Pierre Haren est PDG de Causality Link et membre de l'Académie des Technologies.

Laurent Gouzenes est Docteur Ingénieur, expert en Gestion des Connaissances.

Laurent Philonenko est PDG Servion Global Solutions, et Conseiller du Commerce extérieur de la France.

Yves Bamberger est Vice-Président et membre fondateur de l'Académie des Technologies.

Christian Deutsch est Président de l'association Citoyennes, Citoyens Paris14.

[1]

https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2018/05/ar4-wg1-spm-fr.pdf

[2]

https://www.asn.fr/l-asn-informe/actualites/l-asn-tire-le-retour-d-experience-des-decisions-prises-pendant-la-canicule-de-l-ete-2022

[3]

Voir par exemple les travaux de T Gaudin https://2100.org/asso/textes-fondateurs/the-scenario/

[4]

Analyses de risques, analyses de défaillances, etc

À lire également

  • Canicules: « plus chaudes, plus longues et plus fréquentes » à cause du changement climatique, selon des chercheurs
  • Décarbonation : Sept entreprises cotées vont coacher des PME pour atteindre leurs objectifs climatiques
  • Le climat est-il vraiment une opportunité pour réindustrialiser l'Europe ?

[5]

BRGM :

https://www.brgm.fr/fr/actualite/communique-presse/nappes-eau-souterraine-au-1er-avril-2023-risques-secheresse-estivale

Pierre Haren, Laurent Gouzenes, Laurent Philonenko, Yves Bamberger et Christian Deutsch

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