Les clichés sur le nucléaire ont-ils définitivement remplacé la réflexion  ?

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(Crédits : Reuters)
OPINION. Depuis le 17 avril un nouveau débat public s'est ouvert concernant le 5e plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR). Sous l'égide de la Commission nationale de débat public (CNDP), les citoyens peuvent donner leur avis sur cette question cruciale pour les générations futures. Malheureusement certains clichés en matière de nucléaire ont la vie dure. Par Maruan Basic, ancien chargé de mission auprès du ministère de la Transition Écologique et Solidaire et aujourd'hui chargé d'affaires publiques pour la Société française d'énergie nucléaire (SFEN).

Un mois après le début du débat, le logo choisi est déjà au cœur d'une polémique. En choisissant d'illustrer son débat avec des fûts de couleur jaune, la CNDP véhicule une représentation populaire et non une réalité technique. Si cela peut s'entendre sur le plan du marketing et de la communication, ce choix soulève des questions d'ordre éthique.

L'imagerie des fûts jaunes est régulièrement utilisée par les associations anti-nucléaires dans leurs différents supports de communication visuelle sous la forme d'un empilement de conteneurs, à moitié ouvert et dégoulinant de matière radioactive verdâtre. Cette communication choc vise à faire peur et à marquer les esprits.

Echo à la pop culture américaine

Ces images font elles-mêmes écho à la pop culture américaine. Dans les œuvres de fiction, les fûts de couleur jaune sont utilisés pour représenter les déchets radioactifs à subtiliser dans la base secrète d'un méchant de James Bond ou comme source de super pouvoir. C'est le cas par exemple de Daredevil, héros de l'univers Marvel, percuté par un camion transportant des déchets radioactifs.

Si la manœuvre est habile, elle n'en demeure pas moins une sérieuse distorsion de la réalité. Dans l'industrie nucléaire, les colis de déchets sont généralement de couleur grise du fait de leurs alliages. Ces colis sont constitués d'un conteneur (béton, métal), d'une matrice (béton, bitume, verre...) et de déchets immobilisés ou enrobés dans la matrice. Les déchets ainsi placés constituent des colis solides et stables, faciles à manutentionner et à transporter, pour ensuite être entreposé temporairement ou stocké définitivement.

A l'instar des fûts jaunes, de nombreux clichés circulent encore sur l'industrie nucléaire, relayés par des associations aux objectifs parfois douteux. Ainsi peut-on encore lire que la France se débarrasse de ses déchets nucléaires en les jetant en mer. Si cela a pu exister par le passé, depuis la fin des années 1960 cette pratique a été abandonnée par notre pays et définitivement interdite par un accord international en 1993.

Un débat public jusqu'au 25 septembre

De même peut-on entendre qu'il est impossible de connaître l'inventaire exact des déchets radioactifs en France. Rien de plus faux, l'Andra, un établissement public sous la tutelle du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, réalise et publie périodiquement un inventaire national des matières et déchets radioactifs produits en France par tous les producteurs (industrie électronucléaire, défense, hôpitaux...). Dans ce domaine aussi, nous sommes loin de l'image des conteneurs abandonnés en plein champ, abondamment véhiculé par certains opposants au nucléaire.

Le débat public se poursuit dans toute la France jusqu'au 25 septembre. Pour une concertation sereine, l'information communiquée et les échanges doivent se faire sans les clichés et les caricatures qui, trop souvent, nuisent à l'intérêt général. Comme le dit le dramaturge canadien David Baird : « La vérité ne craint pas les questions ».

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Commentaires
a écrit le 30/05/2019 à 10:08 :
Soit on doit se coltiner desm ilitants écolos soit des gens totalement dépendants des intérêts du secteur.

VOilà pourquoi la question n'avance pas à cause d'esprits binaires comme vous cher ami.
a écrit le 29/05/2019 à 18:13 :
voir la publication de l'Agence Internationale de l'Energie du 28/05/2019 : il faut continuer à miser sur le nucléaire pour pouvoir assurer l'approvisionnement en énergie et pour respecter les objectifs sur le climat.

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