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Non, l'assurance vie traditionnelle n'est pas morte

Photo de Ivan Best

Ivan Best

Publié le 07 juillet 2016 à 05:00 - Mis à jour le 07 juillet 2016 à 14:59

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

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Le contrat en euros, sur lequel investissent la plupart des épargnants, serait condamné. Qu'en est-il vraiment? Les assureurs ont tout intérêt à voir leurs clients s'en détourner. Mais ceux-ci y tiennent

L'assurance vie traditionnelle, que possèdent 40% des Français, c'est fini ? C'est ce que laisse entendre le discours ambiant . Le contrat à capital garanti, dit « en euros », bien connu des épargnants, vivrait sinon ces derniers mois, du moins ces dernières années. Les Français, comme beaucoup d'épargnants à travers le monde devraient accepter tous, contraints et forcés, d'investir dans des produits d'épargne à risque, en actions.

Ce discours s'appuie sur la réalité d'un rendement de plus en plus faible des contrats en euros, et qui le sera encore plus à l'avenir. Et sur quelques fantasmes concernant des dispositifs que le régulateur met en place, pour encadrer l'activité des assureurs. Des dispositifs assimilables dans certains cas à une véritable « bombe atomique », évidemment destinée à ne pas être utilisée, comme l'interdiction, en cas de crise, des retraits des sommes placées en assurance vie. Très concrètement, le placement serait gelé, impossible à liquider. « ça, on ne peut le faire qu'une fois, après on ferme » s'alarme un représentant de la profession.

Le discours des assureurs

Le discours sur la fin des contrats en euros colle à celui des assureurs, qui ont évidemment tout intérêt à voir les épargnants se détourner de contrats qu'ils peinent à rémunérer : ils sont contraints d'investir dans des obligations d'Etat au rendement proche de zéro, voire négatif, pour les maturités les plus courtes. Ainsi, le nouveau patron d'Axa, Thomas Buberl affirme-t-il que « l'offre traditionnelle d'assurance vie a vécu ». Pour autant, les fonds en euros sont-ils morts ?

Baisse du rendement

Un premier point est incontestable : ils rapportent moins. Les épargnants s'étaient habitués à des rendements de 3 à 4% l'an nets de frais, pour un capital totalement garanti : on n'en est plus là. En 2015, les fonds en euros ont rapporté entre 2,3 et 2,5% pour la plupart d'entre eux. Pour 2016, le fondateur du cabinet Facts & Figures, Cyrille Chartier Kastler, prévoit une rémunération moyenne sous les 2%. Des taux servis, selon l'expression en vigueur, on passe à des taux... desservis. Et cela va continuer les années suivantes, compte tenu d'un très probable maintien des taux d'intérêt à un niveau très faible. L'économie mondiale se trouve en phase de stagnation séculaire, comme le diagnostiquent depuis plusieurs mois des économistes, de plus en plus nombreux : une situation de faible croissance et de sous investissement - en regard des capacités d'épargne-, qui maintient le loyer de l'argent à des niveaux anormalement faibles. Le risque de déflation est contré par les banques centrales, dont au premier chef la BCE, via une politique de baisse des taux d'intérêt, voire de taux négatifs. la BCE achète massivement des obligations d'État, faisant monter leurs prix et donc baisser leur rémunération, et ponctionne les réserves de liquidités que les banques conservent auprès d'elle (taux négatifs).  Du coup, ce qui était inimaginable il y a encore un an s'est produit: les taux d'intérêt à long terme, à 10 ans, sur les emprunts d'État allemands (le fameux Bund) sont actuellement négatifs (-0,2%). Or les assureurs sont contraints par la règlementation d'investir en obligations d'État, pour ce qui concerne le fonds en euros, à capital garanti.

Contraints d'acheter des obligations à rendement nul ou négatif

Heureusement, les compagnies ont en portefeuille des titres anciens, bien plus rémunérateurs, qui leur permettent de rémunérer encore les épargnants. Mais, chaque année, un huitième de ces obligations anciennes arrivent à échéance (en moyenne, la duration des titres est de huit ans). Une fois ces titres remboursés par leurs émetteurs, les assureurs doivent réinvestir ce cash dans de nouvelles obligations, qui, en moyenne, rapportent très peu, même si les titres émis par les entreprises sont plus rémunérateurs que la dette d'Etat. Voilà pourquoi les compagnies d'assurance veulent à tout prix détourner leurs clients de cette assurance vie traditionnelle : plus les épargnants demandent à souscrire ce type de contrats, plus les gestionnaires sont contraints d'acheter sur le marché des obligations au rendement nul voire négatif. Ce qui accélère la chute de la rentabilité de l'assurance vie, pour le plus grand mécontentement des anciens clients.

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Si la situation ne change pas, au cours des années à venir, « la rémunération des contrats en euros baissera de 0,4 point par an » estime Cyrille Chartier Kastler. Cette tendance à la baisse des rendements est assurément préoccupante. Mais il y a de la marge, en regard des autres placements sans risques. Que sera la rémunération du livret A demain ? Elle pourrait tomber à 0,5% le premier août....

Des menaces exagérées

Les autres menaces sur l'assurance vie, évoquées ces dernières semaines, semblent en revanche largement exagérées. Les mesures que vient d'adopter l'Assemblée nationale dans le cadre de loi Sapin 2, au profit du Haut Conseil de stabilité financière doivent être relativisées. Certains commentateurs ont été très émus par la possibilité donnée à ce Haut conseil d'imposer à une compagnie d'assurance de baisser plus vite le rendement de ces contrats, s'il juge le mouvement trop lent. Mais cette possibilité restera assurément théorique. Tout comme le sera -encore plus- l'interdiction de rachat de ces contrats, véritable bombe atomique déjà mentionnée. Dans ces deux cas, il s'agit de faire pression sur les assureurs, écartelés entre la sagesse financière, qui commande de baisser la rémunération de l'assurance vie, compte tenu du contexte des taux d'intérêt, et le souhait de ne pas perdre trop de clients, en affichant des rémunérations trop faibles. Car, à ce stade, ceux-ci continuent de souscrire, massivement, les traditionnels contrats en euros -pour près de 80%-, selon les statistiques publiées chaque mois par l'Association française de l'assurance.

Au grand dam des assureurs, qui voudraient voir baisser cette proportion, faisant tout pour que leurs clients se tournent vers les contrats dits en Unités de compte, investis en actions, et sans garantie en capital. Avec la perspective, in fine, d'assister à la disparition des contrats en euros. « Après tout, au Japon, par exemple, ces contrats ont disparu, les épargnants s'en sont bien accommodés » souligne le patron d'un des leaders de l'assurance en France.

Une question de culture financière

Mais les Français l'accepteront-ils ? « Il faut éviter les comparaisons internationales trop rapides » estime Cyrille Chartier Kastler. « Les Français n'ont pas la même culture financière que les autres nations. Ils veulent d'abord de la sécurité. Ils ne sont pas prêts à miser tout sur des actions à la forte volatilité ». Le discours sur l'investissement en actions forcément gagnant à long terme a du mal à passer. Même si ce cas est caricatural, que dire à un investisseur qui aurait acheté massivement des actions il y a 16 ans, quand le CAC 40 tangentait les 7000 points ? 16 ans, cela ressemble à du long terme. Mais aujourd'hui, le CAC est à peine au dessus de 4000...

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Entre des épargnants attachés aux contrats en euros et des assureurs qui voudraient ne plus en entendre parler, les points de vue semblent difficilement conciliables. Pourtant, il le faudra bien. Pour sortir de la contradiction, l'assurance vie traditionnelle devra s'adapter. « Il faudra jouer sur la garantie en capital, qui ne serait peut-être plus totale » affirme Cyrille Chartier Kastler. La solution pourrait se trouver, aussi, du côté du contrat euro croissance, qui peut prévoir cette garantie mais seulement au bout de huit ans, ou bien, accorder une garantie partielle, selon le choix de l'épargnant. L'idée est diversifier les investissements, afin d'offrir un rendement supérieur, à terme. Mais dans les conditions de taux d'intérêt actuels, ce contrat, initié au printemps 2013 par le rapport Berger-Lefebvre, mais pour lequel les assureurs attendent encore les décrets d'application, a bien du mal à décoller: pour offrir une garantie du capital in fine, il passe par un investissement important en obligations. D'où une différence de rentabilité très faible par rapport au contrat strictement en euros, qui ne justifie pas l'absence de garantie pendant de longues années.

Le contrat en euros n'est pas forcément mort. Mais il va devoir s'adapter pour survivre.

Ivan Best

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