Peut-on éviter une restructuration des dettes publiques en Europe ?

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, peut-on éviter une restructuration des dettes publiques en Europe ?

Peut-on éviter une restructuration des dettes en Europe ? Oui, probablement, mais cet attentisme n'est probablement pas de l'intérêt des pays européens. Je vais étayer ce point de vue en trois étapes.

Les dynamiques de dettes européennes

Je me concentre ici sur les cas les plus problématiques de la zone euro. Les pays dont la dette publique flirte ou dépasse nettement les 100% en 2014.

La France figure en bas de l'échelle. Suivent par ordre croissant l'Espagne, la Belgique, l'Irlande, le Portugal, l'Italie et enfin la Grèce.

Pour prendre la mesure de la puissance de la dynamique d'endettement, voici ce qu'était le taux d'endettement public de ces pays dans la première moitié des années 2000. Et voici que se projette maintenant la commission européenne pour 2016, sur la base des efforts de consolidations accomplis et à partir d'hypothèses de croissance plutôt prudentes.

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Force est de constater que le processus est en passe de se stabiliser, et les niveaux actuels pourraient bien être des points culminant avant  un lent reflux . Et si je regarde le rythme d'accroissement annuel de la dette en point de PIB de ce groupe de pays, je constate que nous sommes sortis de la phase perverse, entre 2011 et 2013, où les politique de rigueur avaient pour effet paradoxal d'aggraver le passif des pays, compte tenu de la destruction d'assiette fiscale que ces politiques occasionnaient. Voilà pour le constat comptable.

Les conditions d'un reflux de leur dette publique

Je vais me référer ici à une formule usuelle permettant de juger de la soutenabilité des finances publiques. Elle est la suivante. La dette se stabilise, dès que le solde primaire  (le solde public hors charges d'intérêt) est  supérieur à la différence entre le taux d'intérêt et le taux de croissance du PIB) que multiplie le taux d'endettement public.

Cette formule dit tout simplement qu'il faut dégager un excédent primaire d'autant plus important que le taux d'intérêt est haut, que la croissance est faible ou que l'endettement de départ est élevé.

Connaissant les soldes primaires  que dégagent ou dégageront les économies en 2014-2015 et les taux d'intérêt auxquels se financent aujourd'hui, je regarde maintenant à partir de quelle croissance nominale, leur dette peut se stabiliser à court terme.

Et je constate que toutes ces économies, à l'exception encore de la Grèce, sont en mesure de stabiliser leur dette dans le cadre d'une reprise standard et même modérée.

Projetons-nous maintenant à plus long terme

Considérons maintenant les soldes primaires, cette fois-ci structurel, ceux qui élimine l'impact de la conjoncture. Et regardons la croissance qui stabiliserait à moyen terme la dette si les taux se normalisaient.

Je peux constater à nouveau que pour tous ces pays, il suffit que la croissance se replace sur son sentier normal (1 à 1,5 pour la croissance en volume et 1 à 1,5% pour l'inflation), pour que les taux d'endettement diminuent relativement au PIB.

Purger les erreurs passées

Nous sommes donc arrivés avec peine à ce point critique où la question de notre surendettement peut être traitée avec un peu plus de croissance et d'inflation. Le processus n'en restera pas moins long et exposé à des risques importants de rechute.

Et l'on se dit alors, que si le souffle de reprise qui réanime la zone euro venait à se confirmer, ce serait le bon moment pour traiter à froid les situations les plus critiques. Les modalités d'une telle restructuration, on le sait, sont multiples.

Le coût collectif peut être minime. Accélérer le processus aurait surtout pour avantage de permettre à l'Europe de se tourner vers l'avenir et de se dégager de cette problématique qui l'empèse : celle de la purge de ses erreurs passées.

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Commentaires
a écrit le 25/03/2015 à 15:05 :
Je vais me référer ici à une formule usuelle permettant de juger de la soutenabilité des finances publiques. Elle est la suivante. La dette se stabilise, dès que le solde primaire (le solde public hors charges d'intérêt) est supérieur à la différence entre le taux d'intérêt et le taux de croissance du PIB) que multiplie le taux d'endettement public.

hou hou???? quelqu'un peut m'expliquer comment s'égalisent un solde (montant en M€) avec un %age?
ou bien j'ai pas tout compris??
a écrit le 23/03/2015 à 14:55 :
Scenario très optimiste, basé uniquement sur une hypothèse de croissance, sinon c’est la catastrophe. Or, pour qu’il y ait croissance il faut :
- soit de l’argent (il va essentiellement aux impôts et taxes)
- soit du crédit (on est déjà endettés, sans compter les « hors bilan »)
- soit des exportations - il aurait fallu investir en R&D et financer nos Start up...on va exporter quoi, des ronds points ?
Et encore, on profite de taux très bas, pourvu que cela dure.
Si on avait les taux de la Grèce, il n'est pas sur que l'on puisse leur donner des leçons
Sans reformes structurelles équitables, point de salut.
Réponse de le 23/03/2015 à 19:11 :
C'est "amusant", mais j'ai la vague impression que le mot "structuraile" signifie maintenant : "plus de pouvoir aux riches par privatisation sans toucher AUCUNEMENT à leur fric." Pourriez-vous confirmer (ou infirmer)..??
Réponse de le 23/03/2015 à 22:02 :
EXAT? PAS DE CROISANCE SANS INDUSTRIES? EST EN FRANCE ON LICENCIE PLUS QUE L ON ENBAUCHES DONC ? IL NE FAUT PAS CROIRE AUX MIRAGES DES CLIGNOTANTS AUX VERT CELA NE DURERAS PAS???
a écrit le 23/03/2015 à 12:06 :
Il faut bien sûr distinguer les dettes dues aux marchés (privées) qui peuvent être restructurées, et celles dues dans le cadre des plans d'aides aux états, à BCE et autre FMI. Pour ces dernières, parler de restructuration équivault à tuer l'Europe, tuer la confiance inter peuples: c'est tout simplement, à mon sens, inconcevable. Les grecs devront payer, ou quitter l'euro..
a écrit le 23/03/2015 à 12:03 :
Certes. S'occuper de son cas est une bonne chose. Mais regarder au niveau MONDIAL serait peut-être aussi judicieux. La zone Euro est la plus riche au monde et c'est pas demain la veille que ça changera. Bien d'autres que nous ont du souci à se faire... Vive la dette et bonne crise à tous.(surtout aux plus riches, d'ailleurs.)

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