Pour une "smart city" citoyenne

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(Crédits : Ville de Stockholm/BSK Arkitekter)
La smart city repose sur la révolution technologique, mais pas seulement. Ses autres piliers sont l'inclusion sociale (ce qui leur demande de travailler avec les associations), et la réinvention des infrastructures urbaines. Par Tony Canadas, fondateur de l'association La Ville Intelligente Citoyenne, et Sébastien Laye, entrepreneur et responsable associatif.

A l'occasion de l'élection présidentielle, les débats politiques nationaux ont tendance à nous éloigner de la quintessence même de la vie démocratique, qui demeure, depuis la Grèce antique, le cadre local et municipal. Notre passif jacobin et centralisateur nous a conduit à oublier la dimension essentielle de la Cité, de la Ville, et plus que jamais sa symbiose avec la citoyenneté et la place de l'humain dans la condition post moderne. Parler de ville intelligente, de technologie et de transition écologique, tout en faisant fi du citoyen, de la démocratie participative et du lien social n'a plus aucun sens. 'L'objectif principal de la politique est de créer de l'amitié entre les membres de la Cité", disait Aristote en une ode antique au citoyen engagé pour aider son prochain. Et à l'heure des grandes désillusions politiques et de la fin des utopies, revenir à la dimension citadine pour retrouver la réalisation de soi- y compris dans des cadres urbains, qui, historiquement, ne s'y prêtent pas- est un objectif politique en lui-même. Il est impératif pour les maires, en particulier, de travailler sur cette dimension de la ville intelligente citoyenne.

Réinventer les infrastructures urbaines

Si chaque ville a sa propre histoire, si elle est à l'image de ses habitants et du projet commun qu'ils souhaitent développer, la ville est et sera, toujours et partout, construite autour de quatre invariants : le citoyen, les infrastructures, l'espace public, qui constitue un lieu de brassage et de mixité, et la chose publique, le bien commun, l'intérêt général. Le dessein premier des villes intelligentes doit être l'amélioration de la qualité de vie ; les élus locaux n'y parviendront qu'en activant trois leviers primordiaux : l'inclusion sociale (ce qui leur demande de travailler avec les associations), la réinvention des infrastructures urbaines (probablement leur mission première, en particulier au niveau des Régions, même si les citoyens doivent être consultés sur ces projets), et la révolution technologique. Il nous faut ici immédiatement dissiper un lieu trop commun : une ville connectée n'est pas une ville intelligente en soi. L'intelligence d'une ville, c'est bien sa capacité à capitaliser sur la connexion technologique pour recréer du lien social et fraternel (laissée a elle-même, la technologie produit plutôt de nouveaux isolements).

Les propositions doivent émaner des citoyens

Une ville intelligente ne peut être orchestrée que par le citoyen, car c'est de lui que doivent émaner les propositions; à ce sujet d'ailleurs, la technologie permet l'expression de ces propositions, comme l'ont montré les dernières expériences de budget participatif. Les citoyens expriment des souhaits, les politiques les traduisent pour définir les contours de la stratégie ; quant aux partenaires privés, ils en dirigent l'application au quotidien.

Numérique, génie climatique et électrique, technologies environnementales, matériaux de construction : il ne sert à rien de transformer la collectivité locale en industriel car nos grandes entreprises et nos start up ont le savoir-faire- mondialement reconnu- pour transformer nos villes. Le politique n'est là que pour veiller à l'harmonie entre les projets mis en œuvre par ces entreprises et les souhaits des citoyens. Aux nouveaux modèles économiques de la ville intelligente (auto partage, véhicules électriques, production décentralisée d'énergies renouvelables) doivent correspondre de nouveaux modèles socio-politiques de citoyenneté (referendum locaux d'initiative populaire, engagement associatif massif, collaboration collectivité-associations).

Nos villes, devront ainsi devenir des écosystèmes transverses, ouverts, évolutifs, adaptatifs permettant à l'Homme de s'épanouir. Par exemple, les défis énergétiques et l'émergence de la ville sans carbone (CO2) imposent de mettre le développement durable au cœur de la vie de la commune. Cette réflexion sur la Ville Intelligente Citoyenne est superbement absente du débat politique présidentiel : si ce ne sont pas les maires et les élus locaux, qui s'en saisira ?



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