Tourisme : l'imposture de la France numéro 1

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l'imposture de la France numéro 1 sur le sujet du tourisme.

 Le classement de l'offre hôtelière européenne a vraiment de quoi surprendre. En première position, l'Italie avec près de 2,250 millions lits. Pourquoi pas ! A la deuxième place, le Royaume-Uni avec un peu moins de 2 millions de lits, c'est un peu plus étonnant, suivi de l'Espagne et surprise de l'Allemagne. La France, elle, pointe seulement au 5ème rang avec 1,312 millions de lits, soit 9,5% de l'offre disponible en Europe.

Pour un pays qui revendique la place de numéro 1 mondial du tourisme c'est étrange même si bien entendu, l'offre d'hébergement ne se limite pas aux hôtels. En fait, la France championne du monde du tourisme, c'est une imposture. Une imposture bien entretenue par les pouvoirs publics qui dégainent aussi sec pour assoir notre suprématie mondiale, le nombre de visiteurs étrangers passés par l'Hexagone : avec 89 millions, c'est plus que l'ensemble de la population française, la France caracole toujours en tête du classement mondial. Elle distance l'Espagne qui aurait ravi la place de numéro 2 aux États-Unis l'année dernière.

Les recettes touristiques rapportées au PIB, indicateur-clé

Mais avec ces chiffres, on passe à côté de l'essentiel c'est-à-dire le chiffre d'affaires réalisé par tous ces touristes sur le territoire. C'est le seul qui vaille réellement. Sous cet angle, la France tombe de son piédestal et se retrouve en 3e position, loin derrière, très loin derrière les Etats-Unis et à une petite encablure de l'Espagne. Et encore cette troisième place est obtenue aux forceps, au prix d'une révision statistique qui d'un coup d'un seul a ramené 10 milliards d'euros de recettes supplémentaires.

Sinon, la France aurait glissé à la 5e place, devancée par la Thaïlande et la Chine. Et elle continue de glisser si l'on rapporte le chiffre d'affaires réalisé au nombre de touristes. En concentrant l'analyse sur 28 les pays de l'Union européenne hors Luxembourg plus la Suisse, la France se hisse péniblement à une piteuse 17ème place. Même avec les chiffres redressés, avec 596 euros de recettes en moyenne par touriste, elle se situe 13% en-dessous de la moyenne européenne.

Et si la France rétrograde autant, c'est que nombre de visiteurs étranger sont des « pseudo-touristes » c'est-à-dire qu'ils passent mais ne s'arrêtent pas ou pas assez longtemps pour dépenser significativement et consommer autres choses que des sandwiches sur les aires de repos des autoroutes ou payer les péages. En fait, pour savoir si la France est performante en matière touristique, il faut se reporter à la ligne voyage de la balance des paiements, unique juge de paix en la matière. En rapportant, les recettes au PIB pour gommer les effets de taille, il est facile de déterminer quels sont les pays hyperspécialisés ou hyper-performants en matières touristique.

La montée en gamme de l'Espagne

Sans surprise, les pays du Sud sont aux avants postes, la Croatie, Chypre et Malte se distinguent mais la France n'a pas réellement vocation être comparée à ces petites économies mono-spécialisées sur le tourisme. En revanche, la comparaison a du sens avec l'Espagne, alors même que la France à un double avantage, le tourisme hivernal grâce à son domaine skiable hors normes, auquel il faut encore ajouter le tourisme d'affaires. Or en dépit de cela, les recettes touristiques hexagonales représentent 2,3% de son PIB contre désormais 5,2% en Espagne. Et ce, grâce à une stratégie offensive de montée en gamme et de développement de l'offre de l'autre côté des Pyrénées.

Autrement dit, si le tourisme français était aussi performant que le tourisme espagnol, les recettes feraient plus que doubler. Ce calcul a bien entendu ses limites. Mais cela en dit long sur les limites de l'objectif gouvernemental de 100 millions de touristes. Ce qui compte ce sont les recettes, la montée en gamme donc et in fin le solde. Avec moins de 20 milliards d'euros, le solde touristique a épongé 27% de notre déficit commercial l'année dernière. C'est un début de réponse à notre manque de compétitivité. Mais il est largement sous exploité. Sans arriver au niveau de l'Espagne mais des recettes à 4% du PIB et c'est 40 milliards d'euros supplémentaires en d'autres termes le financement du déficit extérieur n'est plus un problème.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 18/07/2018 à 11:29 :
souvent chez nous , la première idée qui germe dans la tête des décideurs d'en Haut ( Etat ) et d'en bas ( collectivités ) pour accueillir des touristes , c'est d'instaurer des taxes de......bienvenue .
voir la belle ville de Marseille qui a évité de justesse le vote d'une taxe de séjour pour les croisiéristes qui y font escale ( une journée maxi ) , avec des navires relégués sur des quais à des kilomètres du centre ville sans structures d'accueil ni moyens de transport convenables (ligne de bus ,et taxis) .
comparativement à Gênes , qui dispose d'une superbe gare maritime très bien équipée plein centre ville (accès à pied immédiat) , Marseille n'est pas prête à relever le défi de la qualité des infrastructures et de l'accueil .
a écrit le 17/07/2018 à 8:09 :
Quant on entend des Bordelais entonner "Parisien rentre chez toi" on peut s attendre a tout !
Réponse de le 17/07/2018 à 8:42 :
Les Bordelais? Ce sont ces gens que l'on rencontre parfois devant le Taj Mahal, dans la cité interdite de Hué ou à Venise et qui s'enthousiasment en disant c'est beau, c'est bien mais... c'est quand même mieux à Bordeaux!
Réponse de le 17/07/2018 à 9:56 :
En fin de compte ,c'est plutôt cadre parisien rentre chez toi :

L’inauguration de la LGV a en effet attiré de nombreux Parisiens, déjà nombreux à avoir quitté la Ville Lumière pour goûter à la douceur de vivre bordelaise vantée dans de nombreux médias. Preuve de cet engouement, celle qu’on appelait autrefois la «Belle endormie» est devenue la ville préférée des cadres parisiens souhaitant déménager selon Cadremploi, loin devant Nantes et Lyon.Ces nouveaux venus sont en effet accusés par certains d’alimenter la flambée des prix de l’immobilier dans l’agglomération. «Au 1er novembre, le bond des prix va atteindre le niveau record de 15,6% sur un an, souligne Sébastien de Lafond, président du site MeilleursAgents. Le tarif moyen s’affiche désormais à 3600 euros le mètre carré aussi bien pour les maisons que pour les appartements, avec une fourchette globalement comprise entre 2700 et 5400 euros le mètre carré. À ces prix, avec les salaires locaux, un ménage moyen de 2,5 personnes peut à peine s’offrir 37 m² contre 51 m² à Toulouse.»
a écrit le 17/07/2018 à 4:57 :
La France a un gros effort en terme d'hospitalite. Accueilli generalement du bout des levres. J'ai fait visiter ce mois de juin a des relations de travail taiwanais ma region de naissance, le Tarn/Garonne. J'ai entendu, "encore des chinois", mes visiteurs parlaient tous le francais, imaginez l'ambiance. Deprimant. On a l'impression de deranger.
a écrit le 16/07/2018 à 19:25 :
Nous ne sommes malheureusement plus (assez) compétitif au niveau tourisme
1) nous vivons sur nos acquis d'après-guerre (Paris et la Riviera)
2) nous ne parlons pas assez l'anglais
3) nous sommes trop chers car le travail est trop chargé en France
4) nous ne sommes pas très accueillant avec les touristes étrangers
5) nous ne sommes pas bien positionnés sur le tourisme équitable, écolo ou plus haut de gamme (hier soir une magnifique péniche remplie de touristes allemands accostait le long de la rivière Oise, ce type de tourisme fluviale avec des bateaux de 20 ou 30 cabines n'existe pas en France
a écrit le 16/07/2018 à 18:31 :
Le cocorico prend un coup...
a écrit le 16/07/2018 à 16:52 :
Le chiffre d'affaire du secteur touristique, ça a un sens. Ce dernier rapporté au PIB, ça n'en a déjà plus beaucoup : l'Espagne a vu son PIB chuter depuis 2008, doit-on se satisfaire d'un accroissement de ses recettes touristiques PAR RAPPORT au PIB (y a-t-il eu augmentation du chiffre brut ?) ? On ne va pas pleurer parce qu'on a d'autres secteurs d'activités, quand même ...!
Par contre, il est exact que le tourisme en France mériterait de monter en gamme... mais c'est pas AirBnB qui va faire une montée en gamme !
a écrit le 16/07/2018 à 16:26 :
On met les autoroutes à 80 km/h et on est tranquille.
Une semaine pour faire Calais-Biarritz, 5 nuits d'hôtel, 325 € de péage et 360 € de radars....
On va les rentabiliser les touristes, non mais.

Et si ca ne suffit pas, on ferme CDG et Orly et on les débarque à Nantes, Marseille, Bordeaux avec obligation d'utiliser uniquement les TER pour rejoindre Paris.

Des centaines de milliers de touristes qui battent la campagne française, valise en remorque, en tentant de rejoindre Soulac-les-blés en passant par Villers-montagne (ne pas confondre avec Villers-la-montagne) et Mezières-le-bas par le TER 563 de 07h53 (ne circule que du 27/03 au 14/08 sauf le dimanche et les samedis impairs, vélos non acceptés, réservation obligatoire.....).

Voilà qui ferait tellement pour le renom de la France. Chez nous tout est authentique. Les routes défoncées, la couverture téléphonique en dentelle, l'internet V33600, les gares désaffectées, les bureaux de poste mirage (toujours installés au village suivant), les paysans grognons, les fonctionnaires absent pour cause de fermeture définitive...

Ne nous remerciez pas, avec phiphi et Manu, on trouve toujours une solution pour vous délester de votre argent !
a écrit le 16/07/2018 à 16:17 :
Oui cette information m'a toujours parue étrange maintenant convenons quand même que troisième destination touristique au monde alors que notre pays est minuscule et ne possède que 60 millions d'habitants c'est quand même énorme !

Imaginez si on avait la légalisation du cannabis récréatif tous les milliards que l'on pourrait faire gagner, tout le chômage que l'on pourrait éradiquer, toutes les caisses que l'on pourrait remplir...

Mais non cela ne se fera pas, parce que nous n'avons pas des libéraux au pouvoir mais des néolibéraux à savoir du libéralisme à la carte, en général pour les riches, tandis que les autres eux se tapent le dirigisme économique subissant les conséquence de ces dérives.

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