Toute l'énergie vers la neutralité carbone en 2050

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OPINION. L'énergie, qui irrigue toute l'activité économique et sociale, se situe au centre de la stratégie mise en place par la France pour arriver à son objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. (*) Par Jean-Michel Arnaud, Vice-président de Publicis Consultants et Directeur des publications de l'Abécédaire des institutions.

Le recul temporaire et contraint des émissions de gaz à effet de serre (GES) provoqué par la crise sanitaire ne saurait masquer le retard pris dans la lutte contre le réchauffement climatique. Au regard de l'Accord de Paris, les efforts consentis à l'échelle mondiale sont loin d'être suffisants pour permettre effectivement de limiter la hausse des températures. En France aussi, les objectifs intermédiaires permettant de respecter l'engagement d'une neutralité carbone du pays à l'horizon 2050 ne sont pour le moment pas remplis. Le plan de relance récemment présenté par le gouvernement a donc valeur de test, car il est impossible d'utiliser les recettes habituelles pour remettre en marche le moteur économique. Bien au contraire, il faut faire de ces milliards d'euros dépensés un accélérateur puissant de la transition écologique.

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La SNBC comme outil de référence

La stratégie nationale bas-carbone (SNBC), adoptée en 2015, est l'outil de référence en la matière. Elle touche l'ensemble des secteurs producteurs et consommateurs d'énergie et vise la neutralité carbone de la France d'ici à 2050, c'est-à-dire non pas la fin de toutes les émissions de gaz à effet de serre mais l'équilibre entre les émissions et les absorptions. Ces dernières peuvent provenir des écosystèmes gérés par l'homme tels que les forêts et les sols agricoles, ou de certains procédés industriels, comme la capture et le stockage du carbone.

La SNBC se décline par secteurs et prévoit pour chacun d'entre eux des objectifs chiffrés de réduction des émissions de GES en 2030 et 2050. Pilotées par l'État, les collectivités territoriales ont néanmoins un rôle crucial à jouer dans sa mise en œuvre, à la fois pour limiter leurs propres émissions et en tant qu'autorités organisatrices sur leur territoire. C'est d'autant plus vrai que les énergies renouvelables (ENR), cruciales pour la transition énergétique, ont un fonctionnement par nature très décentralisé.

Mais malgré les déclarations d'intention, les actes peinent encore à suivre. Il a fallu attendre la loi énergie-climat de 2019 pour que soit inscrite dans le droit la division par six des émissions carbonées françaises, nécessaire pour atteindre la neutralité. Le Haut Conseil pour le climat alerte régulièrement les pouvoirs publics sur l'insuffisance de la trajectoire actuelle de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de l'ordre de 1% par an alors qu'il faudrait au moins 3%. Ce sont les retards accumulés dans les transports et le bâtiment qui pèsent le plus, alors même que la SNBC prévoit à terme une décarbonation complète de ces deux secteurs.

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Retards dans les transports et le bâtiment

Les transports sont le premier secteur en termes d'émissions en France, avec près du tiers des gaz à effet de serre rejetés. Ici, la problématique est relativement simple puisque son mix énergétique est dominé à plus de 90% par les produits pétroliers. Il faut donc à la fois avancer sur les carburants propres, comme l'électrique, les biocarburants ou l'hydrogène, et faire évoluer les comportements : moins de voitures et d'avions, plus de transports collectifs et de mobilités douces. Le défi est d'autant plus grand que la demande de transport ne va pas faiblir mais augmenter dans les années qui viennent.

Le bâtiment est un autre secteur clé. Dans ce domaine, les rejets carbonés proviennent principalement de la construction, et de son corollaire, la destruction, ainsi que de la consommation d'énergie liée à l'utilisation des bâtiments eux-mêmes. La rénovation énergétique continue d'occuper une place centrale dans la stratégie de décarbonation, alors qu'on compte encore des millions de passoires thermiques en France. Plus largement, un gros effort doit être fourni sur l'efficacité énergétique des bâtiments et la maîtrise de la consommation d'énergie, notamment par le recours aux réseaux intelligents.

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L'énergie justement, qui irrigue toute l'activité économique et sociale, se situe donc au centre de la stratégie mise en place. De ce point de vue, la France se distingue par une part d'électricité d'origine nucléaire très élevée qui lui permet de produire une énergie très propre sur le plan des émissions carbonées, mais avec les risques systémiques et les conséquences environnementales de long-terme que l'on connaît. Alors que la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique est appelée à augmenter, se posera dans quelques décennies la question cruciale du renouvellement ou non des centrales et du basculement vers un 100% ENR, un scénario encore porteur d'incertitudes.

Dans une séquence politique où l'environnement et le climat ont pris une place centrale, le gouvernement se sait sous pression pour traduire concrètement en actes les ambitions portées par la France. Les décisions prises d'ici la fin du quinquennat seront particulièrement scrutées.

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Commentaires
a écrit le 01/11/2020 à 14:26 :
Pourquoi l'auteur est-il aussi critique vis à vis de l'énergie nucléaire de notre pays qui présenterait des "risques systémiques et des conséquences environnementales de long-terme" ?? Probablement a-t-il des bases scientifiques insuffisantes ?
Reprenons :
- risques systémiques ? certes, toute technologie en présente, mais le nucléaire moins que les autres et en tous cas moins que le solaire ou l'éolien qui lui sont souvent opposés. Car en cas d'absence de vent, l'éolien est totalement inutile ! Le nucléaire, pendant la première vague qui a freiné les opérations de maintenance, est passé de 80 % à 60 % de disponibilité, ce qui est nettement moins gênant en matière de risque "systémique" !
- conséquences environnementales : quelles conséquences depuis 50 ans que le nucléaire nous approvisionne en électricité ? Aucune industrie ou filière ne présente un risque "0", le nucléaire comme les autres, mais l'aéronautique ou l'automobile pour ne prendre que ces deux exemples ont fait des morts et des blessés, le nucléaire aucun.
Le nucléaire, aux dires d'instances reconnues comme le GIEC ou l'AIE, est indispensable à la lutte contre le réchauffement du climat. Or une idéologie, promue par certains politiques qui se proclament "écolos" et poussée au sein de l'UE par une Allemagne qui a fait le choix hasardeux d'arrêter ses centrales nucléaires et fonce dans une impasse dans laquelle elle ne voudrait pas se retrouver seule, est en train de précipiter notre déclassement au sein des pays dits développés.
a écrit le 28/10/2020 à 10:21 :
Le problème est qu'il nous faudra bien plus d'énergie, donc relâcher bien plus de gaz a effet serre pour acquérir une neutralité carbone en 2050, alors que cela sera déjà trop tard pour sauver un climat viable!

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