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L'avenir de la procréation

Jean-Michel Arnaud (*)

Publié le 07 octobre 2020 à 12:51 - Mis à jour le 07 octobre 2020 à 13:00

Jean-Michel Arnaud

Photo d'illustration

DR

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OPINION. La nouvelle loi de bioéthique devrait être adoptée dans le courant de l'année 2020, dans le contexte d'une évolution toujours plus rapide des techniques de procréation. Par Jean-Michel Arnaud, Vice-président de Publicis Consultants et Directeur des publications de l'Abécédaire des institutions (*)

Depuis le premier « bébé éprouvette », à la fin des années 70, ces techniques ne cessent de se perfectionner et de se développer : fécondation in vitro, gestation pour autrui (GPA), on parle même maintenant d'utérus artificiels. On estime qu'une personne sur trente est née grâce à l'assistance médicalisée à la procréation (AMP) en France. L'industrie mondiale de la fertilité pourrait atteindre 41 milliards de dollars d'ici 2026, contre 25 milliards de dollars aujourd'hui. Face à l'accélération de ce phénomène, porté par le progrès scientifique et l'évolution des mœurs et des modes de vie, le politique tente tant bien que mal de garder la main, afin d'éviter que la dystopie d'une « procréation sans sexe » ne devienne réalité.

L'approche française

La France défend depuis toujours une approche originale, fondée sur le respect de la dignité humaine, entendue comme l'impossibilité de céder son corps à d'autres ou d'en faire une marchandise. C'est ce qui explique la position stricte adoptée sur la question de la gratuité du don de gamètes ou de l'interdiction de la GPA. Appuyé par un Comité consultatif national d'éthique, le législateur révise les lois de bioéthique à intervalle régulier, désormais tous les cinq ans, afin d'accompagner les avancées de la science sans perdre de vue ces principes.

Pour diverses raisons, ce modèle se trouve aujourd'hui sous pression. Sur le plan interne, l'évolution rapide et profonde des mœurs va dans le sens d'un recours accru aux techniques artificielles de procréation. Pensée à l'origine comme un traitement médical visant à remédier à une situation d'infertilité, l'AMP est de plus en plus utilisée pour répondre à des demandes sociétales, que celles-ci visent à optimiser la grossesse, dans le cas de la congélation des ovocytes, ou de s'écarter du schéma reproducteur naturel, par exemple en ouvrant l'AMP aux couples de femmes et aux femmes seules, comme la prochaine loi de bioéthique se propose de le faire.

Il est bien difficile de s'opposer à ces évolutions, toutes ne posent d'ailleurs pas de problème éthique majeur, mais il est important d'en mesurer les implications. Face à la pénurie de sperme et d'ovocytes, il est par exemple probable que la France ait à se fournir dans des pays où leur prélèvement est rémunéré, à rebours du principe de gratuité sur lequel cette activité repose dans notre pays.

La procréation assisté par le libéralisme ou la régulation ?

Sur le plan externe, la France est confrontée à la concurrence de modèles beaucoup moins régulés, vers lesquels ses ressortissants se tournent, menaçant l'effectivité des règles adoptées sur son territoire. Les banques de sperme danoises peuvent fournir à qui veut, et à titre onéreux, des échantillons dont on peut soigneusement choisir les caractéristiques : âge, ethnicité et même profil psychologique. La GPA, autorisée dans de nombreux pays, se voit tacitement reconnue par le biais de l'intérêt supérieur de l'enfant à jouir d'une vie familiale normale. Au nom de ce principe, la justice demande à l'Etat de retranscrire l'état civil des enfants nés par ce biais de manière complète, en y faisant apparaître la mère d'intention qui n'est justement pas celle ayant porté le bébé. Là aussi, la conciliation des intérêts en jeu demande un savant jeu d'équilibre.

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Face à cela, certains plaident pour un alignement du pays sur les standards les plus libéraux, tandis que d'autres défendent une approche pragmatique fondée sur la régulation plutôt que l'interdiction. Il serait ainsi préférable d'autoriser sur le territoire français un certain nombre de pratiques, de manière réglementée, afin de s'assurer que celles-ci ne conduisent pas à l'exploitation de la misère humaine et à d'autres dérives de l'autre côté du globe. Sans doute plus réaliste, cette position présente néanmoins l'inconvénient d'acter l'impossibilité de la collectivité à se doter de ses propres règles et à poser des garde-fous. Un problème lorsque l'on observe certains développements, particulièrement inquiétants.

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C'est le cas de la généralisation du diagnostic pré-implantatoire (DPI), un outil très encadré en France, où il ne peut être utilisé que dans des cas exceptionnels de risques de transmission d'une maladie rare des parents à l'enfant. Certains voudraient le voir étendu à davantage de maladies, comme la trisomie 21, posant alors la question vertigineuse de la légitimité des individus frappés de pathologies lourde à naître et à vivre. Plus largement le recours au DPI peut faire craindre l'avènement d'un eugénisme, dans lequel les enfants devront voir le jour sans défauts. Certains chercheurs vont même plus loin, comme ce scientifique chinois ayant provoqué une onde de choc mondiale en modifiant génétiquement des embryons préalablement à leur implantation. 
Nul doute que le politique n'a pas encore dit son dernier mot.

Jean-Michel Arnaud (*)

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