Travaillons ensemble à renforcer la gouvernance de l'internet

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Mariya Gabriel.
Mariya Gabriel. (Crédits : Reuters)
Le Forum sur la gouvernance de l'internet (IGF), qui rassemble les acteurs de l'internet sous l'égide des Nations unis, s'est ouvert cette semaine à Paris. Mais pour que l'IGF soit au cœur de la gouvernance de l'Internet de demain, il faut le réformer, ce qui passe par des propositions concrètes. Par Mariya Gabriel, commissaire européenne pour l'Economie et la Société numériques.

L'internet a fait entrer nos sociétés et nos économies dans une nouvelle ère. Il y a un avant et un après. Un après qui porte la double promesse d'un accès partagé et décentralisé à la connaissance, à de nouvelles opportunités d'échanges et de collaborations entre individus et communautés, au-delà des frontières géographiques ou culturelles. Une partie de cette promesse s'est réalisée : près de 2 milliards de sites web relient plus de 4 milliards d'utilisateurs dans le monde et nous voyons tous les jours de nouvelles formes de coopération et de services émerger.

Mais certaines évolutions bien moins favorables doivent nous alerter. Les internautes perdent confiance dans la capacité de l'internet à protéger leur vie privée ou à lutter contre les contenus illégaux et la désinformation, ou à résister aux cyberattaques. Le pouvoir de marché acquis par certaines plates-formes et les asymétries d'accès à l'information remettent en question un système ouvert, décentralisé et accessible à tous. Nous portons bien sûr de grands espoirs dans le développement des nouvelles technologies telles que l'intelligence artificielle ou la blockchain, mais l'utilisation qui sera faite de ces technologies pourrait tout autant renforcer ces tendances, plutôt que les corriger.

La multiplication de ces défis conduit les Etats à adopter de nouveaux standards et à adopter de nouvelles règlementations pour renforcer la confiance des utilisateurs, les protéger ou assurer le respect de leurs valeurs. Dans bien de domaines, l'Europe ouvre la voie. Une voie équilibrée qui vise à mettre l'Homme au centre, à le protéger tout en favorisant l'innovation et une concurrence loyale. C'est le cas du règlement général sur la protection des données (RGPD) ou du règlement eIDAS grâce auquel l'Europe est devenue la première et la seule région du monde à disposer d'un cadre juridique et technologique complet pour l'identification électronique et les services de confiance.

Dans le domaine des plateformes en ligne, la Commission a présenté plusieurs propositions qui visent à garantir un environnement en ligne plus juste et plus sûr, y compris une proposition de règlement visant à retirer les contenus terroristes en moins d'une heure. Elle prépare aussi les conditions favorables au développement et à l'utilisation des technologies de rupture, comme la blockchain ou l'intelligence artificielle dans une démarche globale qui intègre l'ensemble des aspects socio-économiques et éthiques.

Face à ces défis, à ces incertitudes et au risque d'une fragmentation d'internet liée à la multiplication des règlementations, la communauté internationale doit réagir et définir une approche commune. Le Forum sur la gouvernance de l'internet (IGF), qui rassemble les acteurs de l'internet sous l'égide des Nations unis, et qui s'est ouvert cette semaine à Paris, intervient à un moment crucial et est une opportunité unique pour lancer ce chantier.

Renforcer l'IGF

Très attachée à la nature « multipartite du forum, je souhaite en effet que l'IGF soit au cœur de la gouvernance de l'Internet de demain. Mais pour le faire, ce forum, qui a été conçu d'abord comme un lieu de dialogue, doit évoluer et être renforcé de manière à devenir un instrument de décision opérationnel.

A cet égard, des propositions concrètes pourraient être mises en avant.

Premièrement, pour être plus efficace, l'IGF doit se concentrer sur un petit nombre de priorités qui sont essentielles pour chacun de nous -par exemple la protection de la vie privée, la cyber-sécurité, la circulation des données, l'IA, la blockchain et la régulation des plates-formes. Sur chacun de ces sujets, nous avons besoin d'un IGF plus efficace qui puisse faire émerger des analyses, et des approches communes, sur la bases desquelles il puisse formuler des propositions de recommandation ou de standards communs.

Cela suppose aussi, deuxièmement, que le rôle des gouvernements soit repensé au sein de l'IGF afin de refléter la réalité de l'importance de la sphère publique dans la gestion des usages de l'internet. L'objectif n'est pas de renforcer un quelconque contrôle gouvernemental, mais plutôt de reconnaitre le rôle des pouvoirs publics dans la vie et la gouvernance de l'internet et de les associer comme des interlocuteurs à part entière.

Troisièmement, nous devons collectivement mieux unir nos forces pour dégager les pistes d'avenir sur les sujets prioritaires que j'ai mentionnés précédemment. Il s'agit d'abord de stimuler et de valoriser les contributions locales via les instances régionales et nationales du Forum. Ensuite, nous pourrions associer plus étroitement les forces vives des communautés des startups en organisant des "hackathons" qui feraient émerger des solutions concrètes.

De Paris à Berlin

Dans un monde qui va vite et qui ne nous attendra pas, il faut agir dès à présent. C'est pourquoi la réunion de Paris pourrait constituer un point de départ et une impulsion permettant à l'IGF de trouver sa voie pour se réformer. L'idéal serait de disposer de propositions concrètes dans les mois à venir et de les discuter lors de la prochaine réunion en 2019 à Berlin. Toutes les énergies devraient être mobilisées pour le faire, y compris le Groupe consultatif multiparties. La Commission européenne sera bien évidemment prête à prendre toute sa part dans ce débat et à s'engager sur la base des valeurs européennes et de son expérience.

C'est la responsabilité de l'IGF de se transformer et de renforcer le modèle multipartite pour lui garder sa pertinence dans un monde numérique qui innove et se développe sans cesse. Faisons lui confiance et saisissons cette opportunité !

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Commentaires
a écrit le 14/11/2018 à 16:18 :
Internet c’est arme donné aux politiques pour détruire la démocratie

Exemple : les mesures sociales pondues par formules et data...
La plus domination de l’histoire des hommes.
Contrôler pour détruire
a écrit le 14/11/2018 à 10:53 :
"Travaillons ensemble à renforcer la gouvernance de l'internet" c'est transformer l'unité de mesure qui est la relation entre les individus en unité monétaire comme le fait l'UE de Bruxelles! La monnaie avant les peuples!

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