« Un cochon n’est pas un violeur » (Alain Jakubowicz, avocat, ancien président de la LICRA)

Anna Cabana
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L'ancien président de la LICRA, Alain Jakubowicz.
© Stéphane le Tellec/ABACAPRESS

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LA TRIBUNE DIMANCHE - Emmanuel Macron est-il allé trop loin dans son soutien à Gérard Depardieu ?
ALAIN JAKUBOWICZ - Je ne suis pas une groupie du président Macron mais, mercredi soir sur France 5, j'ai vu un homme courageux qui était complètement dans son rôle en dénonçant la chasse à l'homme. Car c'en est une. Si Emmanuel Macron est allé un peu trop loin, c'est uniquement sur le sujet de la Légion d'honneur. C'est une erreur de dire que la Légion d'honneur n'a rien à voir avec la morale...
Est-ce à dire qu'il faudrait lui retirer sa Légion d'honneur ?
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Évidemment non ! C'est du jamais-vu ! J'ai remarqué que beaucoup citent le cas de Maurice Papon. Eh bien, même Maurice Papon ne s'est pas vu enlever sa Légion d'honneur avant sa condamnation définitive ! En rappelant comme il l'a fait la présomption d'innocence, Emmanuel Macron a rappelé un principe qui est bafoué tous les jours par ces émissions de télévision qui essaient de transformer des propos en preuves d'actes. Parce que c'est cela que Complément d'enquête a fait. Le vrai sujet, c'est de savoir s'il appartient au service public de concurrencer les télévisions poubelles sur ce type de reportages. Je suis très en colère, parce que je considère que cette surenchère n'est pas digne du service public. Et pas digne de ce que faisait Benoît Duquesne quand il était à la tête de Complément d'enquête. Il doit se retourner dans sa tombe. Ce que cette émission a voulu mettre dans la tête de nos concitoyens, c'est que Gérard Depardieu était un violeur parce que c'est un gros dégueulasse. Non ! C'est un gros cochon, assurément, mais ça ne fait pas de lui un violeur. On peut, comme il l'a fait, tenir des propos extrêmement choquants et ne pas être coupable de viol. Ce que l'on reproche pénalement à Gérard Depardieu, ce ne sont pas des mots, ce sont des actes, et des actes terribles : des viols, rien de moins. Est-ce que les propos tenus sont la preuve que les accusations qui sont portées contre lui sont exactes ? Bien sûr que non ! Ce qui heurte dans ce reportage, ce n'est pas ce qu'il a fait, c'est ce qu'il a dit. On a le droit d'être un gros cochon dans sa tête, au même titre que l'on a le droit d'avoir des pensées racistes ; ce que l'on n'a pas le droit de faire, c'est de les exprimer. C'est une différence majeure. Si quelqu'un veut tapisser son intérieur de photos de Hitler et de croix gammées, il en a le droit. Mais il n'a pas le droit d'aller dans la rue en disant « vive Hitler » et de se promener en arborant une croix gammée. Dans l'ordre de la sexualité, c'est exactement pareil : on n'a pas le droit de passer à l'acte, mais on a le droit de tenir des propos hors de la sphère publique. Là, les propos ont été rendus publics mais ils n'étaient pas destinés à l'être. Leur finalité n'était pas d'être diffusés.
Anna Cabana