Le Grand-Est peaufine ses outils de relance économique

Le Conseil régional du Grand-Est assure depuis cinq mois la promotion de son "Business Act", un programme de relance économique élaboré en partenariat avec l'Etat. Les premiers projets structurants ont été lancés. Pour les premiers bénéfices, il faudra attendre jusqu'en 2021.
Nancy et les autres métropoles du Grand-Est (Strasbourg et Metz) vont bénéficier du programme de relance économique du Conseil régional.
Nancy et les autres métropoles du Grand-Est (Strasbourg et Metz) vont bénéficier du programme de relance économique du Conseil régional. (Crédits : Olivier Mirguet)

83 actions et 213 millions d'euros engagés au profit de la transition énergétique, de la transformation numérique et de l'industrie. Engagé dans la dynamique des outils de relance imaginés par le ministère de l'Economie et des Finances, le "Business Act" conçu par la région Grand-Est est entré dans sa première phase opérationnelle. "Nous sommes en ordre de bataille", a résumé Josiane Chevalier, préfète de la région Grand-Est, à l'issue du premier comité de pilotage de ce programme de relance qui se veut collégial : l'opération consiste à réunir l'ensemble des services décentralisés de l'Etat (Ademe, Directte, agences de l'eau...) susceptibles d'intervenir dans l'action économique. "La mise en oeuvre du Business Act a démarré sur les chapeaux de roues le 9 juillet, le jour où ce projet a été voté par la Région", indique Lilla Merabet, vice-présidente du Conseil régional du Grand-Est en charge de la compétitivité, de l'innovation et du numérique. "Sur 83 opérations décidées, 56 sont déjà opérationnelles. La collectivité a engagé 143 millions d'euros sur l'économie et l'attractivité, 9 millions d'euros sur les mobilités, 2 millions d'euros sur la transition énergétique, 22 millions d'euros sur l'aménagement du territoire et 37 millions d'euros sur la formation", détaille l'élue.

Obligations convertibles

La partie du "Business Act" qui se veut la plus originale n'est pas encore opérationnelle. Ce dispositif inédit permettrait aux pouvoirs publics de s'engager en fonds propres ou en quasi-fonds propres dans des entreprises de la région, PME ou ETI mises en difficulté par la crise. Les élus ont notamment pensé au secteur du tourisme. Mais les modalités ne sont pas encore finalisées. "Nous travaillons encore sur cette notion de fonds participatifs", confirme Jean Rottner, président (LR) du Conseil régional du Grand-Est, "mais on n'a pas atteint l'effet levier dont nous rêvions". Reste à définir le cadre juridique de ces prises de participation qui pourraient même, sous certaines conditions, dépasser le seuil majoritaire. Une telle situation n'est pas prévue avec les fonds d'intervention actuels des collectivités. "Nous étudions avec Bercy des outils qui permettraient de contourner cet écueil, autour d'une notion d'obligations convertibles pour consolider des hauts de bilan sur la durée. Ces obligations aideraient des ETI familiales à passer ce cap extrêmement difficile", propose Jean Rottner. "On a encore un peu de temps, compte tenu des outils nationaux qui existent et qui permettent de tenir à travers des PGE, des mesures de chômage partiel et des prêts rebonds. Il faut qu'on invente le meilleur outil possible". La Région vise entre 400 millions et 500 millions d'euros de levées potentielles. Elle entend emmener les banques dans son projet. Mais les groupes bancaires nationaux se sont jusqu'à présent montrés réticents.

Des audits pour relocaliser les approvisionnements

Sans attendre le feu vert à ce vecteur d'investissement inédit, le Grand-Est s'est attelé à plusieurs projets sectoriels de soutien à l'économie. En réponse à la crise de la sylviculture dans le massif vosgien, la collectivité a participé à la création de deux plates-formes pour le stockage du bois affecté par les scolytes (964 000 euros). Afin de favoriser la relocalisation des approvisionnements dans l'industrie, elle a proposé de financer des audits réalisés par le cabinet PwC. "On propose aux PME d'analyser leur stratégie d'achats et leurs fournisseurs. Sur les dix premières entreprises auditées cet été, nous avons pu ramener 42 millions d'euros de chiffre d'affaires dans le Grand-Est", calcule Lilla Merabet. La région intègre également dans son "Business Act" un programme d'installation de 1000 bornes de recharge pour les voitures électriques, qu'elle répartira dès le printemps 2021 sur son territoire.

Le Grand-Est entend aussi démontrer sa capacité d'accompagnement de projets de croissance endogène et d'accueil de nouveaux investisseurs. "Personne ne rêve d'un retour glorieux et poétique de nos industries parties en Chine, où elles produisent désormais à faible valeur ajoutée. La mondialisation des échanges ne va pas se trouver bouleversée à ce point", reconnaît Patirck François, directeur régional de la Banque des Territoires. "Nous opérons un passage au peigne fin des projets dans des secteurs industriels qui représentent nos points forts. Il y a un tissu scientifique de premier ordre dans la pharmacie. Nous n'avons jamais été autant sollicités par des équipes de recherche qui veulent passer au stade de la production. En attendant, le Business Act permet déjà d'installer des mesures d'accompagnement dans l'urgence. Il donnera sa pleine mesure à partir de 2021", prévoit Patrick François.

Parmi les projets à grande échelle, l'industriel norvégien REC Solar envisage d'investir 681 millions d'euros à Hambach (Moselle) pour créer une unité de production de panneaux photovoltaïques. Huawei pourrait annoncer prochainement la création d'une unité de 600 salariés en périphérie de Strasbourg, spécialisée dans les équipements de la 5G.

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