« Nous continuerons à soutenir la construction neuve », Jean-Philippe Dugoin-Clément, région Île-de-France

ENTRETIEN. Le logement, l'aménagement dit durable et le verdissement du schéma directeur régional constituent les nouvelles missions du maire (UDI) de Mennecy (Essonne) Jean-Philippe Dugoin-Clément au conseil régional. Ce dernier confirme à La Tribune qu'il s'apprête à prendre la présidence de l'Etablissement public foncier d’Île-de-France et de Grand Paris Aménagement.
César Armand

7 mn

L'opposition s'interroge sur la réelle volonté du vice-président (UDI) du conseil régional francilien (photo) de financer la création de logements sociaux pour les plus pauvres de la même manière qu'elle considère que la région fonctionne « à deux vitesses où les classes moyennes et les smicards sont renvoyés toujours plus loin ».
L'opposition s'interroge sur la réelle volonté du vice-président (UDI) du conseil régional francilien (photo) de financer la création de logements sociaux pour les plus pauvres de la même manière qu'elle considère que la région fonctionne « à deux vitesses où les classes moyennes et les smicards sont renvoyés toujours plus loin ». (Crédits : Amandine Vallée / Mairie de Mennecy)

Un écart de 1 à 10. Dans la région-capitale, sur 745.000 demandeurs de logement social, moins de 10% se voient attribuer, chaque année, un habitat. Face à cette pénurie, la présidente-candidate du conseil régional Valérie Pécresse a promis de faire accéder 200.000 Franciliens à un logement social ou à un logement rénové. Réélue, elle vient de confier cette politique à Jean-Philippe Dugoin-Clément, maire (UDI) de Mennecy (Essonne) et premier vice-président de l'association des maires d'Île-de-France (AMIF).

Très attendu par l'opposition, ce dernier aura la main sur trois puissants outils: le schéma directeur régional (SDRIF) qui vise à corriger les disparités spatiales, sociales et économiques, à coordonner l'offre de déplacement et à préserver les zones rurales et naturelles. Mais aussi l'établissement public foncier d'Île-de-France (EPFIF) dont la mission consiste à accroître l'offre de logements et à soutenir le développement économique. Ou encore Grand Paris Aménagement, un acteur spécialisé dans la fabrique de la ville, de la rénovation urbaine à l'aménagement de quartiers.

LA TRIBUNE - Après vous être occupé de l'Écologie et du Développement durable, vous voici vice-président du conseil régional francilien chargé du Logement, de l'Aménagement durable et du schéma directeur régional de l'Île-de-France (SDRIF) désormais régional et « environnemental ». Quelle est votre feuille de route ?

JEAN-PHILIPPE DUGOIN-CLEMENT - Depuis les années 1970, l'Île-de-France est en croissance économique et démographique permanente. Nous gagnons chaque année 50.000 habitants sans compter les 10.000 que nous héritons de Paris. Le logement et l'aménagement ne font qu'un et constituent la condition essentielle de la transition écologique de l'Île-de-France. De la même manière que nous avons l'ambition de réviser le schéma directeur régional de l'Île-de-France (SDRIF) en SDRIFE pour « environnemental », comme vous l'avez rappelé. Le document dont nous avons hérité de la présidence Huchon en décembre 2015 n'est plus adapté aux enjeux environnementaux comme l'adaptation et la résilience du bâtiment et encore moins au zéro artificialisation nette des sols, au zéro émission nette ou au zéro déchet.

L'opposition s'interroge sur votre réelle volonté de financer la création de logements sociaux pour les plus pauvres de la même manière qu'elle considère que la région fonctionne « à deux vitesses où les classes moyennes et les smicards sont renvoyés toujours plus loin ». Que lui répondez-vous ?

La région paie l'incurie de la ville de Paris. D'une part, une partie se gentrifie. D'autre part, la capitale se dégrade et est laissée à l'abandon. Les classes moyennes et populaires la fuient pour trouver un nouveau cadre de vie, y compris des services publics. Nous n'allons donc pas geler l'aménagement et encore moins la construction. Nous devons au contraire pouvoir accueillir tous ces Parisiens qui ne peuvent ou ne veulent plus y vivre, qui quittent Paris pour la banlieue. Nous continuerons donc à soutenir la production de logement social et à rénover le logement privé.

Nous disposons de deux outils dont je m'apprête à prendre la présidence : l'établissement public foncier d'Île-de-France (EPFIF) et Grand Paris Aménagement. L'EPFIF permet d'aider les communes, de les suppléer et de porter financièrement leurs projets. Nous avons une capacité d'investissement de 500 millions d'euros par an pour les aider à acquérir, dépolluer, déconstruire et rebâtir. A Versailles, va être requalifiée une ancienne caserne militaire d'où vont sortir 600 logements. Sans les 12,5 millions d'euros d'avance de trésorerie de l'établissement public, la ville aurait eu les plus grandes difficultés à mener à bien à projet.

Egalement opérateur région-Etat, Grand Paris Aménagement recherche, lui, l'excellence par rapport aux objectifs environnementaux.

C'est-à-dire ?

Nous continuerons à soutenir la construction neuve en aidant les maires et les communes avec des aides contractuelles, car aujourd'hui dès qu'un maire construit, il est accusé par les soi-disant écologistes d'être non pas d'être un maire bâtisseur mais un maire-bétonneur quasiment menacé de délit d'écocide. Depuis dix ans, au niveau national, nous souffrons d'un manque d'ambition et de moyens pour la politique du logement amplifiée par les coupes sombres budgétaires imposées aux communes.

Si vous faites référence à la suppression de la taxe d'habitation, elle est pourtant compensée par la taxe foncière que percevaient les départements...

Personne ne saura vous dire si ce sera encore le cas dans deux ou trois ans, alors que tout le modèle de développement urbain français s'est fait sur la taxe d'habitation. C'était une recette dynamique qui permettait d'améliorer la vie des habitants grâce à l'arrivée de nouveaux logements. Certes il nous reste la taxe foncière, mais elle ne couvre pas à elle seule les nouvelles dépenses liées aux nouveaux habitants.

Et l'aide aux maires densificateurs de 350 millions d'euros de France Relance ?

Nous sommes là sur des aides ponctuelles qui ne garantissent pas une visibilité dans le temps. La durée de vie d'un logement excède celle d'une d'une prime ou d'une subvention ponctuelle. Il faut recréer un lien dynamique et durable entre l'arrivée de nouveaux logements et les recettes des communes.

Revenons aux objectifs environnementaux de Grand Paris Aménagement. Va-t-il permettre l'aider la construction des filières de matériaux biosourcés et géosourcés pour appliquer, au 1er janvier 2022 et dans les règles de l'art, la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments neufs dite « RE2020 » ?

La construction de filières ne se fait pas du jour au lendemain. Nous avons des filières comme le chanvre, à la fois en Seine-et-Marne qui vit et qui peut croître et en Essonne qui a survécu grâce à des investissements de l'Etat et du conseil régional. Cela constitue en outre un moyen d'accélérer la transition d'activité du monde agricole.

Faut-il davantage de contractualisation ?

La région n'est pas maître d'ouvrage, sauf sur les lycées, mais peut accompagner le financement de rénovation de logements HLM ou privés.

Quelle urbanisation enfin pour le triangle de Gonesse et le plateau de Saclay au cours de la prochaine mandature après avoir fait l'objet de vifs débats pendant la dernière campagne électorale ?

Une partie de la gauche a une vision dévoyée, rétrograde et antisociale de l'environnement. Après avoir porté une vision généreuse qui disait que l'homme était au centre de tout, la même veut tout bloquer. Sauf que ne pas construire, c'est faire exploser les prix du foncier ou plus concrètement oblige des gens à vivre dans des logements insalubres ou en suroccupation voire à cohabiter alors qu'ils ont divorcé.

C'est pourquoi il faut accepter la densification. Alors que le précédent schéma directeur autorisait d'artificialiser 1.200 hectares de terres agricoles chaque année, nous l'avons baissé à moins de 600 hectares. Nous comptons en outre 5.000 hectares de friches que nous requalifions et réutilisons, afin de systématiser leur évolutivité, c'est-à-dire leur changement d'usage dans le temps.

Tout cela pour vous dire que la question sur la ZAC de Gonesse relève du procès d'intention. Cette dernière a été autorisée par l'équipe d'Huchon et une partie est toujours prévue en aménagement malgré l'abandon d'Europacity. C'est une nécessité sociale sur un territoire où la misère est colossale et où nous assistons à une montée de l'exclusion.

Quant à Saclay, tout est parti. C'est un combat d'arrière-garde. Quand elle était ministre, Valérie Pécresse a fait beaucoup plus pour la sanctuarisation des terres.

César Armand

7 mn

Banque des Territoires | Partenaires

Les territoires qui se renouvellent face à la crise

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 4
à écrit le 08/09/2021 à 22:52
Signaler
Comment bâtir pour 700000 personnes sans toucher un cheveu des terres agricoles, et parties boisées? M'estt avis que l'écologie réelle c'est la région d'à côté!

à écrit le 08/09/2021 à 20:34
Signaler
En France, le déficit de logements sociaux pénitentiers est criant mais peut être que les effets dévastateurs de l'immobilier commercial permettra de limiter la spéculation foncière pour lancer de nouveaux chantiers. Par ailleurs, le gouverneme...

à écrit le 08/09/2021 à 11:56
Signaler
C'est en lisant le CV de cette personne que l'on mesure l'inconsistance de nos fonctionnaires ... Après avoir été en charge du "développement durable", cette personne nous explique qu'elle va bétonner à tout va ... Nous sommes très mal "barrés" !

à écrit le 08/09/2021 à 10:41
Signaler
Génial, on va continuer à bétonner, densifier, pour que toute la pauvreté du monde soit concentrée en Ile-de-France

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.