Et un pic de pollution de plus... « Morituri te Salutant »

Carlos Moreno

Carlos Moreno
Voilà donc ce qu'il est convenu d'appeler un nouvel épisode de pollution de l'air urbain qui a touché plusieurs villes de France, dont Paris. Une nouvelle fois, des mesures d'urgence ont été prises pour faire face : circulation alternée -qui a été mise en place difficilement à Paris-, gratuité des transports publics, du stationnement résidentiel... De nouveau, les images chocs circulent qui montrent l'épaisse couche de « smog » où l'on cherche derrière désespérément un coucher de soleil d'automne ou la Tour Eiffel.
Chacun de nous est touché directement dans son quotidien par cette évidence : nous nous asphyxions dans nos villes, nous mourons lentement mais sûrement, étouffés par notre propre activité humaine, laquelle est devenue la pire ennemie de notre santé.
Ce n'est pas un phénomène uniquement parisien ou qui ne toucherait que les grandes villes. Des villes moyennes sont aussi atteintes car il s'agit d'une situation qui a des racines très profondes qui touchent nos choix de vie, de société, de prise en considération de notre manière d'agir passée, et donc, engage notre futur.
Année après année, les rapports scientifiques se succèdent avec la même constatation, qui à chaque fois s'aggrave. Le 27 septembre 2016, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) annonce formellement dans sa nouvelle étude :
La santé des urbains et celle des nouvelles générations est sérieusement menacée. Inutile de rappeler la longue liste des conséquences sur notre organisme liées à la pollution. Nous cumulons sur ce sujet les articles, textes, publications depuis de longues années.
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Cet automne, l'OMS lancera une campagne de communication mondiale, BreatheLife, dont l'objectif est de sensibiliser le public au problème de la pollution de l'air en tant que risque majeur pour la santé et le climat. Hébergée par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), cette campagne est dirigée par l'OMS, en partenariat avec la Coalition pour le climat et l'air pur pour réduire les polluants atmosphériques de courte durée de vie .
Le débat se focalise sur le trafic automobile à moteur thermique (diesel ou essence) et les conséquences néfastes pour la qualité de l'air et la santé urbaine. C'est une aberration de vouloir encore se cacher derrière des arguments d'opportunité pour s'opposer à des mesures radicales qui doivent être prises à cet effet. Avec courage, depuis 13 ans, une mégalopole mondiale comme Tokyo a pris des mesures fortes interdisant le diesel et se traduisant par une diminution de particules fines de 50% en dix ans. Donc, assez d'incuries alors que c'est le bien commun - l'air que nous respirons et notre vitalité - qui est en danger.
Gardons en tête un chiffre du DataLab du gouvernement français publié il y a quelques jours dans le « Bilan énergétique de la France pour 2015 » pour mesurer le chemin à parcourir concernant l'impact du transport dans son ensemble au niveau du bouquet énergétique français :
Mais il faut aussi prendre conscience de l'impact pour notre santé urbaine que représentent les bâtiments et la production de chaleur qui contribuent chaque jour à cette dégradation. Pour une contribution urbaine de 76% d'émissions de gaz à effet de serre, la part cumulée du logement et du tertiaire est de 31%. Rien qu'en France, 2/3 de la chaleur est produite pour le chauffage et l'eau chaude de logements et de bureaux : la moitié de 150 millions de tonnes de pétrole annuelles du pays !
En France, à l'horizon de 15 ans, le bâtiment devra réduire de plus de la moitié ses émission de gaz à effet de serre produites aujourd'hui et, à court terme, en quelques années elle devra les baisser de 30% !
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Compte tenu de l'impact urbain dans nos modes de vie, avec les 4/5es de la population française qui habite dans un espace urbain, ce qui correspond à peine à 20% du territoire, le pari est de taille. Il y a donc urgence vitale à prendre à bras le corps ce futur immédiat. Végétaliser, récupérer la bio diversité, régénérer les bâtiments pour leur apporter la multi fonctionnalité, transformer les usages, donner du sens à la vie urbaine moins consommatrice de ressources, développer d'autres circuits d'approvisionnement énergétique, favoriser les économies urbaines de partage, sont des urgences urbaines.
La menace climatique avec nos villes irrespirables, rend incertain notre futur. Il faut agir radicalement, ici et maintenant !
Carlos Moreno