Et un pic de pollution de plus... « Morituri te Salutant »

 |   |  894  mots
La pollution de l'air est responsable de 1 décès sur 8. C'est la plus grande catastrophe sanitaire et environnementale que nous ayons à affronter, dixit le site Breathelife, campagne du World Heath Organization (hébergé par les Nations Unies). Selon l'OMS, la santé des urbains et celle des nouvelles générations est sérieusement menacée.
"La pollution de l'air est responsable de 1 décès sur 8. C'est la plus grande catastrophe sanitaire et environnementale que nous ayons à affronter", dixit le site Breathelife, campagne du World Heath Organization (hébergé par les Nations Unies). Selon l'OMS, la santé des urbains et celle des nouvelles générations est sérieusement menacée. (Crédits : REUTERS/Philippe Wojazer)
"Ceux qui vont mourir te saluent ! " : cette célèbre locution latine clamée par les gladiateurs avant de combattre et succomber dans l'arène, les citadins asphyxiés pourraient se l'approprier tant la pollution de l'air des villes est devenue un risque majeur pour la santé. Par le professeur Carlos Moreno.

Voilà donc ce qu'il est convenu d'appeler un nouvel épisode de pollution de l'air urbain qui a touché plusieurs villes de France, dont Paris. Une nouvelle fois, des mesures d'urgence ont été prises pour faire face : circulation alternée -qui a été mise en place difficilement à Paris-, gratuité des transports publics, du stationnement résidentiel... De nouveau, les images chocs circulent qui montrent l'épaisse couche de « smog » où l'on cherche derrière désespérément un coucher de soleil d'automne ou la Tour Eiffel.

Chacun de nous est touché directement dans son quotidien par cette évidence : nous nous asphyxions dans nos villes, nous mourons lentement mais sûrement, étouffés par notre propre activité humaine, laquelle est devenue la pire ennemie de notre santé.

Ce n'est pas un phénomène uniquement parisien ou qui ne toucherait que les grandes villes. Des villes moyennes sont aussi atteintes car il s'agit d'une situation qui a des racines très profondes qui touchent nos choix de vie, de société, de prise en considération de notre manière d'agir passée, et donc, engage notre futur.

Les rapports se succèdent, mais la situation s'aggrave inexorablement

Année après année, les rapports scientifiques se succèdent avec la même constatation, qui à chaque fois s'aggrave. Le 27 septembre 2016, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) annonce formellement dans sa nouvelle étude :

« 92% de la population respire un air trop pollué. »

La santé des urbains et celle des nouvelles générations est sérieusement menacée. Inutile de rappeler la longue liste des conséquences sur notre organisme liées à la pollution. Nous cumulons sur ce sujet les articles, textes, publications depuis de longues années.

Cet automne, l'OMS lancera une campagne de communication mondiale, BreatheLife, dont l'objectif est de sensibiliser le public au problème de la pollution de l'air en tant que risque majeur pour la santé et le climat. Hébergée par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), cette campagne est dirigée par l'OMS, en partenariat avec la Coalition pour le climat et l'air pur pour réduire les polluants atmosphériques de courte durée de vie .

« Elle mettra en évidence les mesures politiques pratiques que les villes peuvent mettre en œuvre (par exemple, de meilleurs logements, transports, systèmes énergétiques et de gestion des déchets) et les mesures que les gens peuvent prendre en tant que communauté ou individu (par exemple, mettre un terme à la combustion des déchets, promouvoir les espaces verts, la marche et le vélo) pour améliorer la qualité de l'air. »

Diesel : Tokyo a réussi à réduire les particules fines de... 50% !

Le débat se focalise sur le trafic automobile à moteur thermique (diesel ou essence) et les conséquences néfastes pour la  qualité de l'air et la santé urbaine. C'est une aberration de vouloir encore se cacher derrière des arguments d'opportunité pour s'opposer à des mesures radicales qui doivent être prises à cet effet. Avec courage, depuis 13 ans, une mégalopole mondiale comme Tokyo a pris des mesures fortes interdisant le diesel et se traduisant par une diminution de particules fines de 50% en dix ans. Donc, assez d'incuries alors que c'est le bien commun - l'air que nous respirons et notre vitalité - qui est en danger.

Gardons en tête un chiffre du DataLab du gouvernement français publié il y a quelques jours dans le « Bilan énergétique de la France pour 2015 » pour mesurer le chemin à parcourir concernant l'impact du transport dans son ensemble au niveau du bouquet énergétique français :

« 92% pour les produits pétroliers, 6% pour les énergies renouvelables (biocarburants) et 2% pour l'électricité. Avec 41% des émissions directes de CO2, la consommation de carburants pétroliers est responsable de la quasi-totalité des émissions de ce secteur.»

L'énorme part du chauffage des logements et des bureaux

Mais il faut aussi prendre conscience de l'impact pour notre santé urbaine que représentent les bâtiments et la production de chaleur qui contribuent chaque jour à cette dégradation. Pour une contribution urbaine de 76% d'émissions de gaz à effet de serre, la part cumulée du logement et du tertiaire est de 31%. Rien qu'en France, 2/3 de la chaleur est produite pour le chauffage et l'eau chaude de logements et de bureaux : la moitié de 150 millions de tonnes de pétrole annuelles du pays !

En France, à l'horizon de 15 ans, le bâtiment devra réduire de plus de la moitié ses émission de gaz à effet de serre produites aujourd'hui et, à court terme, en quelques années elle devra les baisser de 30% !

Il faut se dépêcher d'agir

Compte tenu de l'impact urbain dans nos modes de vie, avec les 4/5es de la population française qui habite dans un espace urbain, ce qui correspond à peine à 20%  du territoire, le pari est de taille. Il y a donc urgence vitale à prendre à bras le corps ce futur immédiat. Végétaliser, récupérer la bio diversité, régénérer les bâtiments pour leur apporter la multi fonctionnalité, transformer les usages, donner du sens à la vie urbaine moins consommatrice de ressources, développer d'autres circuits d'approvisionnement énergétique, favoriser les économies urbaines de partage, sont des urgences urbaines.

La menace climatique avec nos villes irrespirables, rend incertain notre futur. Il faut agir radicalement, ici et maintenant !

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 20/12/2016 à 8:48 :
l'humanité a grand besoin d'etre éclaircie en nombre que ce soit par les guerres , les épidémies ou ..... la pollution !
Dans le derniers cas c'est de l'auto -régulation !
a écrit le 17/12/2016 à 11:50 :
On oublie un peu trop facilement que les nombreux réacteurs nucléaires arrêtés cet hiver par EDF, nous obligent à recourir à des centrales au fioul qui sont très polluante et qui sont situées au cœurs de nos villes d’où une augmentation très nette de la pollution aux particules. Mais il y a un blackout totale sur cette information.
Pire notre fourniture électrique contractuelle à l'Allemagne est temporairement suspendue puisque trp de réacteurs sont arrêtés ce qui les poussent eux même à recourir à leurs centrales à Charbon.
Malheureusement les conditions climatiques n'ont pas permis de dissiper cette pollution, pire les rejets des centrales des pays de l4est (Allemagne et Pologne principalement) se sont évacués par l'Atlantique en passant par la France à cause d'une météo exécrable en terme de vent et de précipitations.
Ensuite ne nous leurrons pas la pollution automobile représente un peu moins d'un tiers de la pollution atmosphérique en France. Il conviendrait de mettre en place une prime à la casse de tous les véhicules sortis avant 2005 pour se débarrasser définitivement de ces véhicules d'un autre temps.
Pour le reste il faut absolument réduire massivement les rejets industriels en équipant nos tuyères de filtres à particules beaucoup plus performant mais cela fait trente ans que les industriels bloquent la mesure et menacent de s'expatrier. Il faudrait donc que cette mesure soit européenne à minima.
Enfin les rejets agricole sont une catastrophe, le labourage, technique d'un autre temps, est générateur de CO² et la pratique ne change pas alors que l'INRA a reconnu que l'agroécologie était un mode viable de culture et pertinent économiquement. Le rétablissement des jachères et la suppression de 90% des pesticides permettrait de réintroduire des barrières végétales autour des champs afin de compenser les émissions de CO² et surtout permettrait d'avoir un environnement de vie pour les insectes luttant contre les nuisibles. Bref toute l'agriculture française est à réinventer surtout concernant le bétail dont l'alimentation devra être modifiée pour limiter les rejets de méthane.
En dernier lieu les décharges même enterrées sont génératrice de méthane et consomment des terres arables. Il faudrait mettre en place un plan décennal anti-décharge en France afin de réduire de 90% la pollution ménagère et industrielle. Cela créerait de l'emploi, mais également des concertations et des synergies avec l'industrie cosmétique et agroalimentaire afin de passer au emballages 100% recyclable et durables.
Réponse de le 20/12/2016 à 8:50 :
Merci professeur Marousan ! On est ébahis par tant de connaissances ......
a écrit le 14/12/2016 à 15:00 :
Deux remarques. La première est qu'il faut éviter de sombrer dans le catastrophisme. Les métropoles occidentales, en général, et françaises en particulier, sont de moins en moins polluées. Il suffit pour s'en rendre compte de se replonger dans les chiffres de pollution des années 90 (Airparif par exemple). On constatera que tous les polluants ont diminué (certains, comme le plomb ont même totalement disparu). Si l'on parle beaucoup d'alertes de pollution aujourd'hui, c'est d'abord parce que le seuil de déclenchement a été revu à la baisse !... Deuxième remarque : Tokyo a effectivement interdit le diesel. Mais ça c'était avant. Depuis les nouvelles générations de diesel (équipés de FAP), le Japon considère désormais que ces véhicules sont propres. Interdire les vieux diesels avait un sens. Pas interdire les plus récents, qui émettent moins de particules fines que les essences modernes.
a écrit le 14/12/2016 à 11:18 :
Baisse de pouvoir d'achat des ménages, fonds publics amputés à cause des politiques d'austérité alors yaka faucon ok mais avec quoi ?

Et ceux qui possèdent les capitaux ne veulent pas réinjecter leurs dizaine de milliers de milliards dans l'économie, on est cuit oui.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :